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Full text of "Collection "Pour Comprendre" 42 livres, Abbé Théophile Moreux"

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Abbe TH.MOREUX 


LA SCIENCE 
MYSTÉRIEUSE 
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LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE 
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LA 


SCIENCE MYSTÉRIEUSE 
DES PHARAONS 


PAR 


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Tous äroits réservés. Copyright by G. Doin et C'e, 1949 
Imprimé en France (Printed in France). 


LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE 
DES PHARAONS 


CHAPITRE PREMIER 


LE SECRET DU SPHINX 


ΠῚ peut paraitre prétentieux de la part d’un as- 
tronome de venir opérer sur un terrain réservé aux 
archéologues. L'Égyptologie, l’Assyriologie, le dé- 
chiffrement des hiéroglyphes et des textes cunéi- 
formes sont maintenant véritables sciences ct 
domaine réservé à de rares initiés. Les profanes, 
dont nous sommes, n’ont pas le droit, semble-t-l, 
de franchir la porte du temple. Soit, mais, en ma- 
tière de critique ou d'interprétation, le temps n’est 
plus où chacun se contentait du Magisier dixit. 
[8 Science, dans ses conclusions tout an moins, 
apparlient à tous, et tous nous éprouvons ce be- 
soin de savoir et de contrôler, bien caractéristique 
de notre époque sceptique et incrédule. 


6 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PIIARAONS 


Autrefois, les mœurs, les coutumes, les hauts 
faits de rois antiques, aussi bien que les récits de la 
Bible, passaient pour de belles légendes ; les Ency- 
clopédistes les tenaient pour telles ; les savants, 
contemporains des Champollion, étaient du même 
avis ; quant aux philosophes, aux poètes et aux 
httérateurs, mettant à profit l'ignorance commune 
pour « pêcher en eau trouble », un grand nombre 
d’entre eux avaient imaginé des chronologies, des 
généalogies, des histoires fantaisistes destinées à 
nous faire admettre l’antiquité fabuleuse des Chi: 
nois et des Hindous. Dans ces contrées de rêve, 
presque inconnues, avalent pris naissance, nous 
répétait-on, les dogmes de nos religions modernes. 

Or, la vérité vint précisément du côté où per- 
sonne ne l’attendait : l’Astronomie est la plus 
Jointaine des sciences ; tous les peuples l’ont culti- 
vée ; dès l’origine, le ciel étoilé, le mouvement des 
astres, les phénomènes relatifs au Soleil οὖ à la 
Lune frappèrent l'imagination des hommes ; l’his- 
toire du ciel fut enregistrée parallèlement à celle 
de la Terre ct, en dernière analyse, l’archéologue 
moderne se voit réduit à consulter l’astronome 
pour fixer les dates des événements d’un lointain 
passé. 

C’est ainsi que les légendes chinoises ou hindoues 
se réclamant de nombreux millénaires avant l’ère 


LE SECRET DU SPLHINX À 


chrétienne, n’ont pu résister à une critique serrée 
et sans pitié. Les éclipses non douteuses enregis- 
trées par les savants de la Chine, ne remontent cer- 
tainement pas à plus de 4 400 ans; quant aux 
Tables astronomiques des Hindous, nous savons 
maintenant qu’elles ont été formulées après coup 
et mal calculées ; le livre des Védas dont toutes les 
versions diffèrent et qu’on n’a pu recueillir dans 
son intégrité, est postérieur à Moïse qui vécut vers 
1340 avant J.-C. (1). 

Quant au recueil scientifique Surya-Siddantha 
que les brahmanes faisaient remonter à des mil- 
liers d’années et qui aurait, en tout cas, constitué 
le plus ancien manuscrit du monde, il paraît bien 
postérieur à l'introduction de l’Astronomie grecque 
dans l’Inde et daterait tout au plus du xre siècle 
après J.-C. La Jégende même de Christina n’est 
qu’un grossier pastiche de l’Ævangile, et ceux qui 
voient dans les livres sacrés de l’Inde la source do 
notre morale ou de nos Livres saints, pourraient 
tout aussi bien faire dériver ces derniers du cé- 
lèbre Coran écrit par Mahomet ! 

À l'heure actuelle, personne ne le contesbe, c’est 
du côté de l'Égypte qu’il faut chercher, gravés sur 


(1) C’est la date adoptée par AnrHurR WEIGALL dans son 
{listoire de l'Equpte ancienne (cf. pp. 151, 152,) 


ὃ LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


la pierre, les plus lointains témoignages d’une pen- 
sée écrite. 

Probablement vers l’an 4 000 avant J.-C. cette 
partie de l’ancien Monde fut envahie par des tribus 
errantes qui se fixèrent sur les bords du Nil. D’où 
venaient ies nouveaux arrivanis ? Bien des lusto- 
riens, après les Grecs, leur ont attribué une origine 
africaine, mais depuis les travaux de Maspero, on 
leur accorderait plutôt une descendance sémite. 
D'accord avec le récit biblique, la critique moderne 


les ferait donc venir d’Asie, berceau des peuples 


primitifs ; des descendants de Sem ont, en effet, 
occupé l’Assyrie et auraient bien pu passer de là en 
Chaldée, puis en Égypte. Cela nous expliquerait 
comment certaines traditions astronomiques, sur 
lesquelles nous reviendrons, ont dû parvenir dans 
l'empire des Pharaons. ; 

Ajoutons toutefois que d’après les égyptologues 
les plus sérieux, les races ayant peuplé prirnitive- 
ment l'Égypte résultaient déjà d’un certain mé- 
lange. Aux Sémites s'étaient sans doute adjoints 
des Chamnites venus des côtes de l'Océan Indien 
et du territoire adjacent à la Babylonie. En fait, 
la vallée du ΝῊ était appelée Chem et les inscrip- 
tions assyriennes nomment les Égyptiens Musri. 
deux noms qui rappellent Cham et son fils Mis- 
rain. 


LÉ SECRET DU SPHINX 0 


Je m'excuse de donner ici tous ces débails ; ils 
sont cependant nécessaires pour comprendre la 
suite. Le grand public qui a paru s'intéresser pro- 
digieusement aux recherches opérées dans la val- 
lée des Rois, confond souvent les Pharaons dont on 
lui parle ; 1 ignore généralement que les dynasties 
de ces grands d’autrefois s’étagent sur près de 
30 siècles. 

Les dix premières dynasties, avec celle de Ménès 
en tête, régnèrent à Memphis dans la basse Égypte: 
les dix suivantes à Thèbes, beaucoup plus au sud. 
La Vallée des Rois dont on parle tant, fut la nécro- 
pole de Ia XIXe Dynastie ; c’est là que Séti Ter eut 
son tombeau, trouée immense qui s'enfonce à plus 
de cent mètres dans les flancs des rochers. L’em- 
pire des Pharaons devait durer mille années encore 
οὐ c’est seulement lors de la XX VIe Dynastie que 
Cambyse, roi des Perses, conquit l'Égypte (525 av. 
J.-C.). 

On comprendra mieux maintenant pourquoi les 
vrais égyptologues réservent toute leur attention 
aux bombes royales les plus antiques, contempo- 
raines d’une époque où la civilisation n’avait pas 
encore eu le temps d’altérerlestraditions primitives. 

De Ménès (1), le premier Pharaon qui fit, pré- 


(1) Ménès régna vers 3400 av. J.-C. Les découvertes ré- 
contes ont beaucoup réduit les chiffres rolatifs à l'antiquité 


10 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


tendent les historiens, l’unité de la nation égyp- 
tienne, nous ignorons à peu près tout ; l’intérêt 
ne commence qu’à l’arrivée des rois de la IVe Dy- 
nastie : Khéops, Képhren et Mykérinos. C’est de 
cette époque lointaine, située vers l’année 2 500 
avant l’ère chrétienne, que datent Iles Grandes 
Pyramides. 

La plus grande, celle de Khéops, le Khoufou, 
des inscriptions hiéroglyphiques, attire immédia- 
tement lattention par ses proportions fantas- 
tiques. Devant ceb entassement colossal de blocs 
amoncelés par des milliers d'hommes, l'esprit est 
saisi de terreur et l’on songe involontairement au 
but que poursuivaient les Pharaons ct les prêtres 
égyptiens en accumulant ces énormes rochers 
taillés régulièrement sur toutes leurs faces et dis- 
posés sous une forme géométrique définie. 

Les guides, qui ne manquent point dans la con- 
trée, les livres que vous pourrez consulter en la 
circonstance, les archéologues qui déchiffrent à la 
loupe les inscriptions hiéroglyphiques, vous diront 


que les Pyramides ne sont que les stèles funéraires, 


ou, mieux, les tombeaux des rois puissants de ces 


époques lointaines. Que de luxe, que d'efforts, 


des premières dynasties. Cf. Dr ConNrEeNau, La Civilisation 
Assyro-Babylonienne, et Arraur WerGai, Histoire de l'Egypte 
ancienne (Payot, éd. Paris). 


MNT (4 


STATUE DE NLETISRT (1115 Dynastie) 
(Musée de Boulaq). 


Cette statue montre que l’art égyptien 

était déjà très développé avant l’époque 

de la construction de la Grande Pyra- 
mide de Khéops. 


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19 LA SCIENCE MYST£RILUSE DES PfHAÏtAONS 


4 


que de vies d’hommes employés à perpétuer le 
souvenir des dynasties égyptiennes ! 

On comprend les temples gigantesques élevés 
aux Bouddhas indiens, les sanctuaires ruinés de 
Memphis et de Lougsor ; ceux qui viendront après 
nous, lorsque nos civilisations modernes auront 
disparu, comprendront tout aulant les restes de 
nos cathédrales gothiques élevané leurs forêts de 
piliers vers le ciel. Il y a là un hommage rendu à la 
divinité, lexpression d’un culte que nous retrou 
vons partout où l’homme a véen, à toutes les pé- 
riodes de l’histoire et même de la préhistoire. 

Mais qu’on entasse des milliers de mètres cubes 
de rocs géométriquement taillés pour honorer wa 
roi de la Terre, pour ensevelir une momie ficelée, 
embaumée et desséchée, 1{ semble qu’il y aït là un 
prodige d’aberration de l’orgueil humain, et la rai. 
son, qui cherche la cause véritable des grandes 
entreprises, ne se tient pas pour satisfaite lorsqu'un 
archéologue, fût-il le plus érudit des savants, vient 
nous affirmer que les Pyramides ne sont que 168 
tombeaux des Pharaons. 

Et cependant les faits paraissent donner à lhy- 
pothèse une réelle vraisemblance. 

Chaque Pyramide comprenait des couloirs, des 
antichambres, des chambres funéraires dont les 
entrées étaient habilement dissimulées par les ar- 


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14 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


chitectes : on assurait ainsi, pensait-on, jusqu’à 
un certain point, l’inviolabilité du tombeau. 

Le monument devait être orienté suivant les 
quatre points cardinaux, mais, soit néglisence, soit 
maladresse, cette orientation n’est pas plus pré- 
cise que celle de nos cathédrales et de nos sanc- 
tuaires actuels, dont le chevet devrait par tradi- 
tion être constamment tourné vers l'Est. 

Des hiéroglyphes, déchiffrés par les Champollion, 
couvraient les revêtements intérieurs des cou- 
loirs ou des chambres. C’étaient les récits enthou- 
siastes des hauts faits du défunt ; tout en perpé- 
tuant sa mémoire à travers les siècles à venir, ces 
glorieux récits du passé devaient assurer à son 
double et à son âme une nourriture suffisante pour 
la vie future. 

Et, de fait, certaines Pyramides conservent en- 
core dans leurs chambres funèbres les momies 
royales déposées là depuis des siècles. 

Mais ces Pyramides ont-elles été construites 
dans lo but unique de servir de tombeau ? En 
l’affirmant, nos archéologues modernes pourraient 
bien commettre une erreur aussi grossière que les 
savants qui, dans soixante siècles, en fouillant les 
ruines et les cryptes de nos cathédrales, découvri- 
raient les tombeaux de nos évêques ou de nos rois, 
et conciuraient de ces intéressantes trouvailles, 


ABBÉ MOREUX 


Science myslérieuse des Pharaons 


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PLANCHE I 
LA GRANDE PYRAMIDE ET LE SPHINX 


G. Doin et Cie, Éditeurs Paris. 


(Photo Liener Bela.} 


Page 14. 


Auté MonEux 


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PB NCA 11 


PORTIQOUE D'ENTRÉE DE 


. Doin et Cle, fditeurs, Paris, 


LA CiRANDIE 


La Science mystérieuse des Pharaons 


P'YIRAMIDI 


LE SECRET DU SPHINX 45 


que nos merveilleux monuments avaient été. éle- 
vés en l’honneur de leurs restes. 

De ce que les Pyramides égyptiennes aient le 
plus souvent servi de licu de sépulture, au point 
que de son vivant chaque Pharaon faisait élever 
la sienne, il ne faut pas conclure que certaines 
idées d’un autre ordre n’aient pas présidé à leur 
construction. 

Au surplus, ce qui pourrait le démontrer, c’est 
précisément l’existence de la plus grande d’entre 
elles, celle de Khéops, monarque de la IVe Dy- 
nastie qui monta sur le trône l’an 2 789 avant l’êre 
chrétienne. 

La construction en est extrêmement soignée, 
mais on n’y ἃ découvert presque aucune trace 
d'inscriptions. 

Jusqu'à la conquête arabe, elle garda un revè- 
tement de pierres de couleurs diverses si habile- 
ment assemblées qu’on eût dit un seul bloc du pied 
au sommet. 

On mit longtemps à découvrir l'entrée des cou- 
loirs aboutissant aux chambres intérieures. Ces 
chambres, au nombre de trois, ont reçu des dénomi- 
nations fantaisistes : Chambre du Roi, Chambre de la 
lieine, Chambre souterraine. Elles ne portent aucune 
trace de décoration, aucune indication de nature à 
aous renseigner sur l’objet auquel on les destinait. 

2 


46 LA SCIENCE MYSTÉRI£EUSE DEC PIIARAONS 


À la place du sarcophage, dans la Chambre du Ror, 
se dresseuneaugeen picrremerveilleuscment taillée. 

La Grande Pyramide n’est donc pas un tom- 
beau. Alors dans quel but l’a-t-on élevée ? Mystère. 

Les prêtres égyptiens, ces merveilleux savants 
de l’antiquité, ont-ils voulu fixer en un monument 
impérissable les données précises qu’ils avaient 
accumulées sur la science des astres, et les notions 
scientifiques de leur époque ? Pourquoi non ? 

Mais alors nous nous glorifions de découvertes 
connues depuis cinq mille ans! 

Autre question : Comment les savants de ces 
temps lointains étaient-1ls parvenus à connaître la 
forme de la Terre, à mesurer notre planète, à la 
peser ; quels moyens avaient-ils à leur disposition 
pour scruter les profondeurs du ciel, pour avoir une 
idée de la distance du Soleil à la Terre ? Car, nous 
le verrons, toutes ces données paraissent résulter 
des mensurations de la Grande Pyramide. 

Et puis, le mécanisme importe peu ; les faits sont 
là ; devant les constatations troublantes, devant 
les révélations numériques de cet impérissable 
monument, devant les indications et les enseigne- 
ments qu'il nous donne sur la science égyptienne, 


on comprend l'attitude du Sphinx monstrueux 
qui, les regards tournés vers le lointain horizon, 
devait garder les secrets des prêtres antiques. 


CIAPITRE 11] 


COMMENT FUT CONSTRUITE 
LA GRANDE PYRAMIDE 


Les anciens considéraient la Grande Pyramide 
comme une des sept merveilles du monde. Avec sa 
hauteur de près de 150 mètres, sa base de plus de 
5 hectares, 1l est certain qu’elle n’est comparable à 
aucun édifice élevé par la main des hommes ct 
c’est encore un étonnement pour les architectes οὗ 
les ingénicurs modernes de penser aux moyens 
employés pour amonceler une telle montagne de 
pierres. 

11 est extrêmement probable qu’au fur et à me: 
sure de la construction, on surélevait de larges 
chaussées aboutissant en pente inclinée jusqu’à la 
hauteur où l’on travaillait. C’est du moins ce que 
lon est en droit de conclure des indications que le 
temps n’a pas encore détruites. 

Dans son enquête en Égypte, l’historien gree 


18 LA SCIÈNCE MYSYÉRIEUSE DES PIIARAONS 


liérodote eut l’occasion de recucilür les traditions 
relatives à la construction de Ia Grande Pyramide, 


mais tout n’est pas à retenir dans ses récits. À sa 
suite, on plaignit les milliers d'esclaves voués à un 


dur et incessant labeur, imposé par un Pharaon 
cruel. La vérité est tout autre. Les Egyptiens 
étaient essentiellement agriculteurs et ils tiraient 
leur principale richesse des alluvions qui fertili- 
gaicnt leurs terres après les inondations du Nil, qui 
duraient trois mois. Au cours de cette période, les 
paysans étaient donc réduits au chômage et ce fut 
pour éviter cet inconvénient que les Pharaons en- 
treprirent ce que nous appelons une série de 
« grands travaux » au cours desquels les ouvriers 
étaient vêtus et nourris, peut-être même payés 
pour faire vivre leur famille. 

On employa une centaine de milliers d'hommes 
pendant trois mois de chaque année pour édifier la 
Grande Pyramide, et les travaux durèrent vingt 
ans, au dire d’'Hérodote. Pour donner au lecteur 
une idée de la façon dont fut construit ce monu- 
ment unique au monde, je me permeltrai de rap- 
porter ici ce qu’en dit M. A. Weigall dans son 
[istoire de l'Egypte ancienne (pp. 39, 40) : 

Sur « un haut plateau de calcaire blanc d’où la 
vue s’étendait sur tous les environs... on délimita 
un carré dont chacun des côtés avait 230 mètres et 


CONSTRUCTION DE LA GRANDE PYRAMIDE 49 


dont la surface totale mesurait environ 54 000 mè- 
tres carrés. Sur cette base, on édifia la Pyramide 
dont la hauteur atteignit 146 mètres et dont Îc: 
2 millions de blocs calcaires qui entrèrent dans sa 
construction représentaient un volume de 2 mil- 
lions 500 000 mètres cubes. Dans les couches infé- 
rieures, la plupart des blocs pesaient 2 tonnes et 
plus (1) ; ces blocs devaient être transportés par 
vole d’eau des carrières situées sur l’autre rive du 
fleuve, jusqu’au pied du plateau et cela à l’époque 
des inondations, lorsque la vallée ne formait qu’un 
lac ; puis il fallait les hisser sur le plateau et les 
mettre en tas pour la construction ». 

En adoptant les chiffres d’Hérodote : 100 000 ou 
vriers travaillant 3 mois chaque année, pen 
dant 20 ans, on voit qu’il fallait 1 200 blocs en 
moyenne par chaque journée de travail. 

« Les blocs étaient hissés sur des traîneaux le 
long de rampes en zigzag, construites temporaire- 
ment en briques séchées au soleil sur la face exté- 
rieure de la Pyramide, une trentaine d'hommes 
sans doute ayant à s'occuper d’un seul bloc; si 
chaque équipe avait besoin de deux jours en 
moyenne pour mettre en place un bloc, les 1 200 


(1) Δ. MoreT cite un bloc do granit, remarqué dans le 
temple funéraire précédant la Pyramido do Iéphren, qui 
dépassait 170 mètres cubes et pesait plus de 470 tonnes. 


20 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


blocs qu’on édifiait chaque jour requéraient les ser- 
vices de 70 000 hommes, 17 à 18 mille ouvriers étant 
occupés sur chacun des quatre côtés de la Pyra- 
mide. « Il y avait probablement 18 à 20 rampes en 
zigzag sur chaque face et tous les jours, au plus 
fort du travail, 30 équipes environ se succédaient 
ls unes aux autres sur le sentier en pente, chacune 
hâlant un bloc sur son traîneau dont les patins 
avançaient facilement sur la surface qu’on avait 
rendue glissante en l’arrosant d’eau. » J’ajouterai 
que ces sortes de routes en pente étaient recouver- 
tes de terre glaise qui, mouillée, favorisait le glisse- 
ment des traîneaux. 

« Les Égyptiens chantaient toujours en chœur 
durant le travail ; le rythme de leurs chants, qu'ils 
marquaient encore, quand 115 le pouvaient, des 
pieds ou des mains, non seulement facilitait le 
tâche en donnant de l’unité aux mouvements, mais 
encore créait chez les ouvriers une certaine excita- 
tion qui rendait le travail presque agréable. Ceux 
qui ont vu à l’œuvre les paysans d'Égypte, qui ont 
entendu leurs chants et leurs rires et regardé les 
surveillants faire tournoyer leur fouet sans inten- 
tion malveillante comprendront que la construction 
d’une pyramide n’était pas une corvée abominable 
pour ces hommes dont les services étaient requis 
chaque année durant trois mois seulement. » 


CONSTRUCTION DE LA GRANDE PYRAMIDE 21 


« La création de cette montagne de pierres était 
un miracle d'organisation, ajoute M. Weigail, ct 
le revêtement final des côtés de la Pyramide au 
moyen de blocs polis et parfaitement ajustés cons- 
tituait un chef-d'œuvre de technique. » 

D'une façon générale d’ailleurs les pierres sont 
si exactement ajustées, οὗ certaines offrent 10 mè- 
tres de longueur, qu’on peut promener une lame de 
canif sur leur surface sans découvrir le joint qui les 
sépare, bien qu’elles ne soient pas assemblées au 
mortier. De nos jours, ainsi que le faisait remarquer 
un des principaux entrepreneurs carriers des Etats- 
Unis, nous ne possédons aucune machine assez 
perfectionnée qui puisse réaliser deux surfaces de 
10 mètres de long s’assemblant aussi parfaitement 
que les pierres de la Grande Pyramide. 

L'ensemble de la construction pèse environ 
6 millions de tonnes ; c’est-à-dire qu'il faudrait 
6 000 locomotives tirant chacune mille tonnes pour 
la transporter ; la richesse actuclle de l'Égypte ne 
suffirait pas pour payer les ouvriers chargés de la 
démolir. Son architecte, quel qu'il fût, avait donc 
en vue un monument durable. 

En fait, personne n’a encore égalé l’audace des 
constructeurs de la Grande Pyramide. Songez que 
cette masse de pierres dépasse de 40 mètres le 
dôme des Invalides, de 66 mètres le Panthéon et de 


22 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PILARAONS 


77 mètres les tours de Notre-Dame de Paris. Si la 
Pyramide était complètement creuse, l’église Saint- 
Pierre de Rome, la plus grande basilique du monde 
disparaîtrait complètement avec ses colonnades et 
sa coupole à l’intérieur du monument de Khéops. 

Pour donner une idée de cette masse colossale de 
pierres, 1] me suffira de rappeler deux comparai- 
sons qui font image. Pendant son expédition 
d'Égypte, Bonaparte avait calculé que si, avec les 
pierres des trois Grandes Pyramides, on construi- 
sait un raur de 1 τη. 50 de hauteur, sur 1 mètre de 
largeur, cette muraille scrait assez longue pour en- 
tourer toute la France. Et le mathématicien Monge 
consulté, déclara, après vérification, le calcul par- 
faitement exact. 

À Pinstar de Bonaparte, M. l'Abbé Vazeux a pu 
montrer que la Pyramide contenait assez de maté- 
riaux pour bâtir une muraille de 50 centimètres 
d'épaisseur et de 2 mètres de hauteur, qui traverse- 
rait toute l’Europe occidentale de Lisbonne à Var- 
SOVIC. 

Jusqu'ici, je n’ai donné que des mesures appro- 
chées de la Pyramide ; pour comprendre la suite de 
set ouvrage, 1l est nécessaire de préciser ses dimen- 
sions. Ainsi que je l’ai fait remarquer, le revête- 
ment a été à peu près détruit au cours des siècles, 
mais plus particulièrement après la conquête 


CONSTRUCTION DE LA GRANDE PYRAMIDE 25 


arabe. Les dimensions primitives en ont été forcé- 
ment, altérées, mais il est facile de les rectifier, ainsi 
que l’a fait Piazzi-Smith dans les temps modernes. 

D’après cet astronome, auquel nous devons des 
travaux de premier ordre sur cet antique monu- 
ment, la Pyramide de Khéops avait pour base un 
carré de 232 m. 805 de côté et une hauteur de 
148 m. 208. Ne nous étonnons pas des décimales 
exprimées en millièmes : le fait provient de ce que 
les architectes de l’époque ont calculé toutes [08 
dimensions avec leurs unités de mesure, pouces οὐ 
coudées. 


Serpent mordant sa queue. 
(Svimbole égyplien de l'Univers ct de l’éternilé). 


CHAPITRE III 
LES RÉVÉLATIONS NUMÉRIQUES 
DE LA GRANDE PYRAMIDE 


Les premières révélations sur la Grande Pyra- 
mide remontent à la fin du xvrrie siècle. 

Lorsque les savants de l’expédition de Bona- 
parte résolurent d'effectuer la triangulation de 
l'Égypte, la Grande Pyramide leur servit de point 
de départ d’un méridien central qu’ils prirent pour 
origine des longitudes dans la région. Or quel ne fut 
pas leur étonnement lorsqu'ils constatèrent que les 
diagonales prolongées du monument renferment 
très exactement le Delta formé par le Nil à son em- 
bouchure ; que le méridien, c’est-à-dire la ligne 
Nord-Sud, passant par le sommet divise ce même 
Delta en deux secteurs rigoureusement égaux. 

Evidemment, 6601 ne peut être dû au hasard ; ce 


renferment exactement 
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le Delta du 


pessant par le sommet divise ce De 


Les diagonales de la Grande P 


| a ᾿ ἡ} νῷ, PA40f/ 


25 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PIIARAONS 


constructeurs de cet immense monument étaient 
des géomètres de première force. 

Pure coïncidence, aflirmera-t-on. Peut-être ; 
avouez toutefois que la constatation est assez trou- 
blante. 

Nous avons déjà fait allusion à l’orientation des 
Pyramides dont les faces devaient regarder les 
points cardinaux. Dans tous les cas — la Pyramide 
de Khéops exceptée — cette condition est loin 
d’être réalisée : c’est qu’il y a là une véritable diffi- 
culté à laquelle se sont de tout temps heurtés les 
meilleurs architectes. Nous avons bien la boussole, 
mais tout [6 monde sait que l’aiguille aimantée n’in- 
dique en réalité que le Nord magnétique : pour 
chaque lieu et pour chaque année, pour chaque 
jour même, nous devons user de corrections. 

Reste la méthode astronomique : le Nord indiqué 
par l'étoile polaire ; encore une donnée imprécise 
et voici pourquoi. L'étoile polaire, qui suffit pour 
s'orienter pratiquement, n’occupe pas du tout le 
pôle céleste ; actuellement, elle décrit autour de ce 
point idéal, marquant dans le ciel la trace de l’axe 
terrestre prolongé, une petite circonférence de 108? 
de rayon ; ce qui veut dire en bon français qu'entre 
la Polaire et le pôle vrai il y a place pour deux 
pleines Lunes. De plus, l’étoïle que nous décorons 
du nom de Polaire ne méritait pas cette appella- 


RÉVÉLATIONS DE LA CRANDE PYRAMIDE 27 


tion il y ἃ 4 000 ans. En raison du balancement de 
la Terre, l’axe de notre globe pointe successive- 
ment vers des endroits différents et 1] faut un inter- 
valle de 25 800 ans pour le ramener à sa même po- 
sition. Dans 13 000 ans, la Polaire sera Véga, le 
beau solcil bleu de la Lyre, et, à l’époque où la 
Grande Pyramide fut construite, la qualité de 
Polaire revenait à une étoile de la constellation du 
Dragon. 

Pour déterminer le pôle céleste, 1] faut donc re- 
courir à d’autres artifices. Or, les anciens astrono- 
mes élaient loin de posséder des instruments aussi 
précis que les nôtres. ISt c’est ainsi que le fameux 
Tycho Brahé, lorsqu'il voulut orienter son célèbre 
Observatoire d'Urianenbourg, malgré toutes ses 
précautions, n’en commil pas moins une erreur de 
18 minutes d'arc... et notez que cela se passait en 
4577, il y a trois siècles et demi à peine. 

Soit négligence ou maladresse, PObservatoire de 
Paris n’est pas micux orienté... et 1] ἃ été construit 
en 1666 ! Or, quel ne fut pas encore le saisissement 
des astronomes lorsqu'ils s’aperçurent que l’orien- 
tation de la Grande Pyramide était exacte à moins 
de 5 minutes près, l’erreur étant de 435” exacte- 
ment. 

Cette fois, le système des coïncidences paraît bien 
inadmissible et 1] faut avoucr que 108 constructeurs 


98 [Λλ SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES ΓΡΠΑΠΑΌΝΒ 


égyptiens, contemporains de la Grande Pyramide, 

cbaient beaucoup plus forts que Tycho Brahé. 
Les méthodes de fixation du pôle céleste durent 

80 perdre peu après, car l'orientation des Pyrami- 


Du. 
- 


Pierre © 


HERCULE 


Déplacement du pôle céleste en 26.000 annéos environ. 
Les nombres indiquent los dales avant ou après Père 
chrétlicune. 


des postérieures est très mauvaise ; les Grecs cux- 
mêmes paraissent n’avoir pas élé très renseignés à 
cet égard ct ce fut Pythéas de Marseille qui, l'an 
339 avant notre ère, reconnu le premier l'écart en- 
tre la Polaire et le pôle céleste. 

Tout ce que nous venons de constater ne suppose 
que des observations sur place. A la rigueur on 


RÉVÉLATIONS DE LA GRANDE PYRAMIDE 29 


peut admettre que les architectes de la Grande 
Pyramide avaient arpenté le Delta du ΝῊ ct en 
avaient fixé les dimensions, mais la suite s’expli- 
que moins facilement. 

Nous avons aujourd’hui parcouru la Terre dans 
tous les sens ; les savants de toutes les nations civi- 
lisées ont, depuis des siècles, rompu des lances pour 
trouver un méridien origine des longitudes. Après 
avoir longtemps hésité, notre choix s’est fixé sur 
celui de Paris où s’effectuèrent pour la première 
fois les mesures d’un arc de un degré ; l’Angleterre, 
toujours jalouse, nous en a dépouillé au profit du 
méridien de Greenwich et voilà que maintenant 
nous nous apcrcevons, trop tard hélas ! qu’en fait, 
le méridien idéal est celui de la Grande Pyramide. 

Pourquoi ce privilège ? Parce que tout d’abord 
il est celui qui traverse le plus de continents et le 
moins de mers. Il est d’ailleurs exclusivement océa- 
nique à partir du détroit de Becbring ct, circons- 
tance plus extraordinaire encore, si l’on calcule 
exactement l'étendue des terres que l’homme peut 
habiter, il se trouve que ce fameux méridien les 
partage en deux portions rigoureusement égales. 

J'avais donc raison de le qualifier d’idéal, puis- 
que c’est le seul qui soit fondé sur la nature des 


choses, le seul par conséquent qui ait une véritable 
raison d’être. 


30 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


Les constructeurs de la Grande Pyramide au- 
raient-1ls donc parcouru la Terre et dressé des car- 
tes géographiques du globe ? 

Ce n’est pas tout : menons un parallèle par le 
30€ degré de latitude Nord, que constatons-nous ? 
Un examen même superficiel nous montre que ce 
cercle tracé autour de la Terre est celui qui ren- 
ferme le plus d’étendue continentale. Or, c’est pré- 
cisément sur ce parallèle qu’est construite la 
Grande Pyramide. 

La position du monument par rapport à ce 30€ 
parallèle n’est, je dois le dire, qu'approximative et 
quelques esprits timorés en sont revenus au 508- 
tème des coïncidences. D’autres ont conclu à une 
petite erreur de détermination ; ces deux points de 
vue, à mor. avis, ne tiennent pas devant les faits ; 
la position constatée de 2905854”, au lieu de 300 
exactement, me paraît voulue et en voici la preuve : 
Si l'architecte avait calculé la place du monument 
de façon qu’un observateur placé au picd de lédi- 
fice vit le pôle du ciel à une hauteur de 30 degrés 
exuctement, 11 aurait dû précisément tenir compte 
d’un phénomène connu sous le nom de réfraction 
atmosphérique. ln raison de la densité des cou- 
ches d’air, un rayou lumineux entrant dans notre 
atinosphère est dévié de sa route; nous ne le 
voyons donc pas à son emplacement réel. Or, dans 


an 


C 


UE — EE, 


90° 


6® ὅσο 


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60° 


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qui traverse le plus de continents 
uest en deux parties de superficie é 


e est celui 


gées à l'Est et à l’O 


Ca 


Le Méridien de la Grande Pvramid 


il divise aussi les terres émer 


32 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DÉS PIIARAONS 


le cas qui nous occupe, le calcul montre que le 
milieu de la Pyramide doit être théoriquement à 
2905851” et 22 centièmes. 

Les deux chiffres sont donc absolument identi- 
ques à 22 centièmes de seconde près ; l’écart est 
insignifiant et la concordance ne peut être plus 
parfaite. 

En supposant que nous soyons en présence de 
coïincidences fortuites, il faut avouer qu’elles sont 


du moins très remarquables, et nous sommes loin 


de les avoir épuisées. 


Si nous passons en eflet à un autre ordre d'idées, 
toutes spéculatives cette fois, nous allons faire 
d'aussi curieuses constatations. 

Hérodote rapporte que les prêtres écyptiens lui 
avaient enseigné que les proportions établies pour 
la Grande Pyramide entre le côté de la base et la 
hauteur, étaient telles que le carré construit sur la 
hauteur verticale égalait exactement la surface de 
chacune des Jaces triangulatres οὐ c’est bien en effet 
ce qu'ont vérifié les mesures modernes. 

Cette indication montre au reste que de tout 
temps la Pyramide de Khéops a passé pour être, 
non un tombeau, mais un monument dont les pro- 
portions ont été calculées de manière à matériali- 
ser pour ainsi dire, des notions numériques οὗ des 


RÉVÉLATIONS DE LA GRANDE PYRAMIDE 33 


rapports mathématiques dignes d’être conservés. 

Tout, d’ailleurs, dans ce monument, rappelle des 
relations de nombre : la Pyramide a 4 côtés à sa 
base (2 X 2) ; 4 arêtes à sa masse ; 5 faces, 5 angles. 
Or ces nombres 2 et 5, deux fois répétés, sont ca- 
ractéristiques du système décimal, qui est en effet le 


Figure montrant que le carré (à gauche) construit sur la 
hauteur verticale égale exactement la surface d’une des 
faces (à droite) triangulaires de la Grande Pyramide. 


système numérique de la Pyramide. On y trouve en 
outre que les nombres ὃ ct 7 y jouent un rôle assez 
significatif. 

Mais 1} y ἃ mieux : tout le monde a entendu plus 
ou moins parler de la quadrature du cercle que 
cherchent encore quelques esprits saugrenus. 
L'idée en est fort ancienne et vaut d’être précisée 
10]. 

On apprend en Géométrie à construire des sur- 


JÆ LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PIIARAONS 


faces équivalentes, par exemple, à transformer un 
rectangle en un triangle équivalent, c’est-à-dire 
ayant même surface que le triangle ; ou encore, 
on calcule le côté du carré équivalent en surface à: 


une figure donnée. Cela revient donc, dans ce cas, 


à évaluer la surface de la figure et à en prendre la 
racine carrée. | 

Or le problème se posa de bonne heure pour le 
cercle : Etant donné un cercle quelconque, cons- 
truire au moyen de la règle et du compas, un carré 
de surface équivalente, en d’autres termes « quar- 
rer un cercle » ou « trouver sa quadrature » comme 
disaient les anciens. 

La solution de ce problème suppose au préalable 
qu’on sait calculer la surface du cercle ; or celle-ci 
dépend de sa circonférence dont la valeur est liée 
au diamètre. Quel rapport existe-t-1l entre ces 
deux grandeurs ? Toute la question est là. Au pre- 
mier abord, le problème paraît simple : un fil en- 
roulé autour d’un cylindre montre immédiatement 
que la longueur de la circonférence vaut plus de 
3 fois, tout en restant moindre que 4 fois, celle du 
diamètre, mais la difficulté apparaît dès qu’il 
s'agit de préciser le nombre intermédiaire entre 
3 οὐ 4. 

Tel quel, ce problème passionna toute l’anti- 
auilé. L’Histoire nous ἃ conservé les noms de ceux 


RÉVÉLATIONS UE LA GRANDE PYRAMIDE 935 


que tentèrent la quadrature du cercle ; et parmi 
ceux nous trouvons celui de Méton, l’auteur du 
fameux cycle connu dans notre calendrier sous la 
dénomination de Nombre d’or. 1] faut croire que les 
calculs du savant attirèrent l’attention du public, 
puisque nous voyons Aristophane lui-même trans- 
porter le mathématicien sur la scène. Voici un 
fragment du dialogue entre Méton et un certain 
Pisthétéros qui lui donne la réplique dans la Comé- 
die des Oiseaux : 
MÉTON 
Je viens chez vous pour. 
PISTILÉTÉROS 


En voici d’un autre. Que venez-vous faire ici vous ? 
Quel est votre dessein ? 


MÉTON 


Jo voux mesurer le ciel et vous le partager en arpents, 


PISTHÉTÉROS 
Ohé, qui donc êtes-vous, de par tous les dieux ? 
MÉTON 


Jo suis le fameux Méton, connu dans toute la Grèce, 
comme à Colonne même. 


PISTHÉTÉROS 
Mais diles-moi, quels instruments avez-vous là ? 
MÉTON 


Ce sont des règles pour mesurer le ciel. Car vous saurez 
d’abord que lo ciel est absolument fait comme un four. 


dE 


36 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


C'est pourquoi, appliquant par en haut cette règle courbe, 
puis posant le compas... Vous comprenez bien ? 
PISTHÉTÉROS 
Moi ! je n’y entends goutte... 
MÉTON 
J’appliquerai une règle droite et je prendrai si bien mes 
dimensions que je ferai d’un cercle un carré et que je tra- 
cerai le Forum au centre. À cette place aboutiront de 
toutes parts des rues droites semblables aux rayons du 
Soleil (rayon du cercle) qui est rond lui-même. 
PISTIÉTÉROS 


À ce que je vois, cel homme est un second Thalès. 
Méton.… 
MÉTON 


Hé bien, qu’est-ce ? 
PISTIHÉTÉROS 

Vous saurez si je vous aime. Croyez-rnoi, reliroz-vous 
au plus vite. 

Cela se passait dans la seconde moïtié du ve siè- 
cle avant l’ère chrétienne. Deux siècles plus tard, 
Archimède fit faire un pas à la question en démon- 
trant que le rapport entre la circonférence et le 
diamètre est compris entre 

10 10 
- Ah οἱ, 9 pri 
3 + 70 + 71 

En s’arrêlant à la première valeur, on trouve 
3,1428 qui est exacte pour les deux premières dé- 
cimales, 


RÉVÉLATIONS DE LA GRANDE PYRAMIDE 37 


l'outefois, le problème ἃ perdu de son intérêt 
d'puis que les mathématiciens modernes ont dé- 
nontré que Île rapport de la circonférence au dia- 
mètre (représenté par la lettre grecque x ou Pi) »st 
incommensurable (1), c’est-à-dire que les deux 
grandeurs ne peuvent avoir de commune mesure. 
On peut aujourd’hui calculer ce nombre avec 
autant de décimales que l’on désire et déjà, au 
xvi£ siècle, Adrien Romain (2) en donnait 15 cxac, 
tes. Ainsi, la quadraturce du cercle est impossible 
mais on peut admettre pour valeur très approchée 
du rapport de la circonférence au diamètre : 
3,1415926 et pratiquement 3,1416 qu’on trouve 
dans toutes les Géométries. 

Les méthodes employées pour arriver à ce résul- 
tat ont été inconnues de l’antiquité classique ; elles 
reposent sur des considérations toutes modernes ; 
οὐ cependant nous allons voir que cette constante π 
cherchée pendant tant de siècles, se trouve matéria- 
lhisée pour ainsi dire dans la Grande Pyramide. 

Additionnons en effet les quatre côtés de la base 


(1) La lettre grocque x, équivalant à P, a été adoptée pour 
désignor le rapport constant de la circonférence au diamètre, 
parco qu'elle est l’initialo do peripheria qui signifie on grec, 
circonférence. Voir dans : Pour comprendre l’Algèbre ot Pour 
comprendre la Géomélrie plane (par l'Abbé ‘Th. MouEux, 
Doin, éditeur, Paris) la significalion du mot incommen- 
surable. 

(2) VAN ROOMEN, connu sous le nom d’ADRIEN LOMAIN, est 
né en 1561, à Louvain, où il enseigna les Mathématiques, 


πος - -«--π Ὡναν».---.- 


38 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


du monument dont la valeur était primitivement 
de 232 m. 805; nous aurons pour le périmètre 
931 m. 22 : 
Soit : 
4 X 232,805 — 931,22. 
Divisons maintenant la longueur de ce périmètre 
par 2 fois la hauteur de Ja Pyramide qui était à 


on ] 
J‘igure montrant que si Pon trace une circonférence de 
rayon égal à la hauteur de Ja Grande Pyramide, cette cir- 


conférence à Ja même longueur que le pérhnètre de la base 
du monument. 


l’époque de sa construction de 148 m. 208, nous 
trouverons la valeur de 7x. 
En effet : 
931,22 
2 x 148,208 


Notez que ce résultat ne sauraït être accidentel, 


— 31416. 


RÉVÉLATIONS ΠῚ LA GRANDE PYRAMIDÉ 39 


‘car d’après la loi formulée par Hérodote et que 


nous avons mentionnée, l’angle des faces aurait dû 
être de 5104% ; or, cet angle est en réalité de 51051? 
ct il en résulte que le rapport du périmètre ou de la 
somme des 4 côtés de La base rectangulaire à la 
hauteur verticale est égal à 3,1416 X 2, c’est-à-dire 
au rapport de la circonférence d’un cercle à son 
rayon ; de telle sorte que ce monument unique au 
monde est bien la consécration matérielle d’une va- 
leur importante pour laquelle esprit humain ἃ 
dépensé des efforts inimaginables. 

À quelle source les constructeurs avaient-ils 
puisé cette notion ? Mystère toujours ! 

Au reste, depuis ces premières constatations on 
a trouvé que ce nombre joue encore un rôle vrai- 
ment remarquable dans Île tracé des tranchées 
faites sous divers azimuts dans la masse de la mon- 
tagne sur laquelle la Pyramide est construite, pour 
assurer son orientation ; οὗ Saint-John Vincent 
Day a fait remarquer aussi que l’aire de Ia section 
méridienne de la Pyramide est à l’aire de sa base 
dans 16 rapport de 1 à x! Tout cela est déconcer- 
tant et nous n’avons pas fini. 


ss - ——— 
oo 0 0 ἡμα. τεισααα δια αι αε βαρ ---ὶ -πττααρ τεσσ αι 


CHAPITRE IV 


LES RÉVÉLATIONS GÉODÉSIQUES 
DE LA GRANDE PYRAMIDE 


« Que nul entre ici s’il n’est géomètre » avaït 
écrit Platon sur le péristyle de sa demeure. Nous 
pourrions paraphraser ici la sentence platonicienne 
et écrire en têle de ce chapitre : « Que nul ne lise 
ces pages s’il n’est astronome. » Heureusement, 1] 
est avec le ciel quelques accommodements. Sans 
viser à faire un cours d’Astronomie, j'espère arriver 
à donner au lecteur une idée nette des questions 
que nous allons aborder : ce sera mon excuse pour 
les digressions étrangères en apparence aux su jets 
traités. | 

Que certains peuples de l'antiquité aient été très 
avancés en Astronomie, qu'ils aient eu des idées 
nettes sur la forme du globe terrestre, c’est une 
question que nous cxaininerons plus tard, mais en 
ce qui concerne les Égyptiens la réponse ne fait 


νὰν 


RÉVÉLATIONS GÉODÉSIQUES DE LA PYRAMIDE 41 


aucun doute ; à en juger par les inscriptions hiéro- 
glyphiques, leur science était peu avancée; à 
moins que les prêtres, caste privilégiée, n'aient tenu 
secrètes les conclusions auxquelles 118 étaient arri- 
vés. L'hypothèse n’est évidemment pas invraisem- 
blable, mais elle se heurte à plus d’une difficulté. 
Mesurer le slobe terrestre, par exemple, suppose 
des voyages ; or il apparaît bien que, dans les an- 
ciennes dynasties, les Égyptiens ne quittèrent 
point leur contrée. 

La connaissance approfondie de notre planète en 
tant que forme et dimensions est une conquête 
toute moderne, et dont les péripéties fourniraient 
matière à plusieurs volumes. Contentons-nous d’en 
rappeler ici les principales étapes. 

Dès qu’on eut acquis la conviction que la Terre 
ressemblait à une boule lancée dans l’espace, 
comme Mars, la Lune ou Jupiter, 1] vint à l’idée 
des savants de mesurer une portion du Globe pour 
en déduire sa grosseur réelle. 

Un méridien est un grand cercle passant par Îles 
pôles : il contient donc 360 degrés. Or, si nous 
avions la valeur de un degré, une simple multipli- 
cation nous dirait la longueur de la circonférence 
entière. 

Mais alors, comment savoir qu’on a parcouru un 
degré en allant du Nord au Sud ? Ici, astronome 


42 LA SCIENCE MYSTÉRI£EUSE DES PIHARAONS 


intervient : toutes les fois que nous montons vers 
le Nord, un cxamen, même superficiel, de la voûte 
céleste indique à l’observateur que son pôle monte 
dans le ciel. Dans les régions septentrionales, 
l'étoile polaire est presque au-dessus de nos têtes, 
et, tout compte fait, le pôle céleste monte de un 
degré dans le ciel lorsque nous avons parcouru un 
degré sur la Terre (1). 

Tel est le principe de la méthode. Les applica- 
üons ne furent cependant pas sans difficultés. 
Quelle était la marche à suivre pour mesurer un 
degré ? 

Au xvi® siècle, un médecin nommé Fernel, s’était 
amusé à compter le nombre de tours qu’avaient 
fait les roues de sa voiture en allant de Paris à 
Amiens. Le procédé était au moins ingénieux, 
mais 1] ne pouvait être susceptible d’une grande 
précision ; et cependant Fernel étaib arrivé ainsi à 
ébablir, pour la valeur du degré, 57 070 toises ou 
111 532 τὴ. 43, et ce n’évait déjà pas si mal, ainsi 
que nous «allons le voir. 

Peu après, on appliqua des méthodes plus scien- 
tifiques : on mesura soigneusement la base d’un 
triangle, et au moyen d'instruments ressemblant 
au graphomètre, on put trouver la distance de cettc 


(1) Voir pour comprendre l’Astroncmie par l’abbé ΜΟΠΕῸΧ 
(Doin, éd. Paris). 


RÉVÉLATIONS GÉODÉSIQUES DE LA PYRAMIDE 43 


base à un point éloigné ; de proche en proche, on en 
vint à mesurer un arc de méridien en différents en- 
droits. Mais hélas ! aucun d’eux ne concordait, les 
résultats étaient de plus en plus disparates. 

L'Académie des Sciences, émue d’une telle dis- 
cordance, chargea, vers la fin du xvii® siècle, 
Pabbé Picard, célèbre géomètre français, de mesu- 
rer le côté d’un triangle entre Malvoisine et Amiens. 
Et l'abbé Picard, avec ses méthodes précises, 
trouva presque la même valeur que Fernel avait 
obtenue avec sa voiture : l’arc de un degré différait 
de dix toises seulement. 


La science ne vécut pas longtemps sur 168 résul- 
tats de l’abbé Picard : on s’apcrçut bien vibe d’un 
autre fait qui mettait les géodésiens dans Pobliga- 
tion de tout recommencer. La pesanteur qui fait 
marcher nos balancicrs de pendule, n’agissait pas 
sur toute la Terre avec la même intensité. 

Lorsque votre horloge retarde, vous savez qu'il 
vous suit de raccourcir son balancier ; vous ob- 
tiendriez le même résultat en le transportant vers 
les pôles. C’est ainsi qu’un pendule battant la se- 
conde à Paris retarde par jour de 2 minutes 28 se- 
condes si nous le transportons à l’équateur. 

Or, ce simple fait prouvait que les pôles et l'équa- 
teur r’étaient pas à la même distance du centre de 


[AA LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


la Terre, qui, en réalité, attire le pendule. Dons, la 
‘Ferre était aplatie aux pôles (1). 

On se remit au travail, et des missions furent 
envoyées un peu partout. Ὁ l’on trouva, en effet, 
que les arcs de méridien différaient entre eux ; 
mais hélas ! les résultats n’étaient pas du tout ceux 
qu’on attendait : 115 prouvaient que la Terre était 
aplatie à l’équateur ! 

Les savants se divisèrent alors en deux camps, 
et la lutte fut chaude. Cette fois, on prit des pré-' 
cautions minutieuses, οὗ la victoire fut du côté de 
la théorie. La Terre était bel et bien aplatie aux 
pôles et renflée à l’équateur ; depuis, la formule n’a 
pas varié. 

ourvint la Révolution ; on rêva d'égalité οὐ 
d’unité, ei on résolut de changer le système des 
poids οὐ mesures. En 1790, l’Assemblée Consti- 
tuanf£e décréta que l’Académie des Sciences serait 
chargée de chercher une unité de mesure fonda- 
mentale naturelle qui serait invariable et toujours 
facile à trouver. 

Ce fut alors qu’on décida d'adopter le mètre, qui 
représenta$ la dix-millionième partie du quart du 
méridien ; il valait en toises : Ὁ toise, 513 074. 

(1) F est bon d'ajouter que la force centrifuge due à Ia 


rotation de la Terre, entre pour une part dans la diminution 
de la pesanteur à l'équateur. 


RÉVÉLATIONS GÉODÉSIQUES DE LA PYRAMIDE 45 


Mais les savants conlinuaient toujours leurs tra- 
vaux, et en 1841, on s’aperçut que notremètre ébait 
trop court de 2 dixièmes de millimètre environ. 

Fallait-il changer la base du système métrique ? 
Non, et voici pourquoi. 

Nous sommes sûrs maintenant d’un résultat 
extrêémement important; c’est quelaprétention dela 
Révolution française est irréalisable. La Terre 
n’est pas du tout régulière. Chaque méridien a pour 
ainsi dire sa forme spéciale. Alors, lequel choisir ? 

L’équateur Iur-même n’est pas régulier, οὐ les 
résultats seront autrement discordants lorsqu’on 
aura fait des mesures dans l'hémisphère austral, au 
pôle Sud en particuher. Cependant, à chaque ins- 
tant, les astronomes ont besoin du rayon terrestre 
pour Îours calculs ; ce rayon leur sert, en eflet, 
d’unilé de mesure ; il ἃ donc fallu tabler sur des 
moyennes, et c’est leur valeur qui, récemment éba- 
blie, sera utilisée désormais. 

11 résulte, en eflet, de toutes les discussions ré- 
centes, qu'on ne commet pas une grosse erreur en 
adoptant comme distance du pôle au centre de fa 
Terre le chiffre de : 


6 356 700 mètres ; 


et pour rayon équabortal, le nombre de : 
6 378 300 mètres. 


40 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PIARAONS 


Tout cela est parfait mais ne nous donne pas une 
unité de mesure. Nous venons de voir qu’en fait, 
notre mètre reste encore une unité de pure conven- 
tion fondée sur un principe manifestement faux. 
Puisque tous les méridiens diffèrent entre eux, 1l est 
bien évident qu’une unité de longueur ne peut être 
basée sur leur grandeur variable elle-même. 

Il y aurait eu un moyen de mettre tout le monde 
d'accord ; mais personne n’y a songé et ce moyen 
le voici : prendre comme grandeur linéaire l’axe 
terrestre lui-même, ce fameux rayon polaire qui, 
lui, est invariable, tout au moins pendant des mil- 


. lions d’années. Il est vrai qu’au temps de la Révo- 


lution, nul savant n’était à même de délermimer la 
valeur du rayon polaire de notre globe, constanto 
qui dépend de l’aplatissement du sphéroïde ter- 
restre. 

Au x1x° siècle, cet aplatissement était évalué à 
1/292 ; plus tard, Pastronome Clarke montra qu’il 
fallait le porter à 1/298,3 ; cela donnait pour lo 
rayon polaire 6 356 521 mètres ; mais de nouvelles 
déterminations ont indiqué un aplatissement com- 
pris entre 1/297 et 1.208 et le rayon polaire serait 
très voisin de 6 356 700 mètres. 

Conclusion : à l’heure actuelle nous pourrions 
posséder une unité de longueur precise οὐ inva- 
riable, basée sur la valeur du rayon potare. 


ES τον 


Re en ««ὐ----ς.----. 


RÉVÉLATIONS GÉODÉCIQUES DE LA FYRAMIDE 47 


Eh vien, cette unité, nous la trouvons à la baso 
même de la construction de la Grande Pyramide et 
nous aflons voir comment. 

Les lgyptiens comptaient les longueurs en 
pouces et en coudées, mais 1] y avait deux systèmes 
de mesure ; Les mesures ordinaires pour le peuple et 
les mesures sacrées, employées seulement par les 
prêtres. C’est la coudée sacrée qui a servi aux cons- 
tructeurs de la Pyramide de Khéops ; on la dé- 
signe souvent aussi sous le nom de coudée pyrami- 
dale et l’on sait qu’elle était divisée elle-même en 
25 pouces pyramidaux. 

Or, chose étrange, le pouce pyramidal était très 
voisin du pouce anglais, puisqu'il faut 999 pouces 
pyramidaux pour faire 1 000 pouces anglais. Ceci 
nous donne pour le pouce pyramidal : 25 mm. 4 264 
et pour la coudée pyramidale ou sacrée : 


25,4264 χ 25 — 0 m. 635660. 


La coudéc sacrée qui a servi aux architectes 
égyptiens dans la construction de la Grande Pyra 
mide valait donc 635mm 660. 

Multipliez maintenant cette coudée par 10 mil- 
lions ct vous trouverez 6.356.600 mètres : c’est pré- 
cisément la valeur que notre science actuelle assigne 
ἃ la longueur du rayon polaire de la Terre ; le 
nombre des kilomètres est exact ; l'écart ne porte 

4 


48 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PIARAONS 


que sur le chiffre suivant 6 au lieu de 7, mais nos 
mesures actuelles comportent encore une incerti- 
tude du mème ordre de grandeur (1). 

Ainsi, la coudée sacrée représenterait la dix- 
millionième partie du rayon polaire de la Terre et 
cela avec une valeur exacte à un centième de milli- 
mètre près ! 

Appeler à son aide toutes les sciences, dépenser 
pendant une longuc série de siècles une somme de 
travaux ct d'efforts convergents ; améliorer sans 
cesse nos méthodes d'observation ; perfectionner 
notre technique ; continuer avec une lente persévé- 
rance la tâche de nos devanciers ; pousser à un 
point inimaginable la précision des calculs et abou- 
tir finalement à une découverte vieille de 4 000 ans, 
n'est-ce pas la plus décevante pensée qui puisse 
hanter l’esprit d’un homme de science ? 

Et cependant, aussi incroyable que cela nous 
apparaisse, le résultat est là sous nos yeux, tan- 
gible, brutal comme un fait, tellement évident 
qu'il faudrait être franpé d’aveuglement pour ne le 
point apercevoir. Cette fois, plus de rapports cachés, 
rien d’'hypothétique ni d’arüficicl, le fait seul ex- 
posé au grand jour, mis en pleine lumière. 


(1) Tout récemment l'Association géodésique internationale 
a admis 1/298 pour l’aplatissement du géoïde. 

Mais le problème osl d'autant plus complexe quo cot apla- 
ässoment n’est pas le mémo dans les deux hémisphères. 


RÉVÉLATIONS GÉODÉSIQUÉS DE LA PYRAMIDE 49 


Passons maintenant aux données relatives au 
calendrier, nous allons faire d’aussi intéressantes 
constatations. 

Nous savons par la mesure des degrés du méri- 
dien et par les oscillations du pendule que la Terre 
est aplatie aux pôles et renflée à léquateur, et 
notre planète offre un axe penché sur le plan de 
notre orbite ; cette inclinaison qui se transmet à 
l'équateur terrestre, fait que le bourrelct équato- 
rial de la Terre se présente obliquement au Soleil. 
Ce dernier tend donc sans cesse à incliner ce renîle- 
ment de son côté et le résultat final se traduit par 
un déplacement continu de l’axe terrestre qui 
oscille autour d’une position moyenne, et décrit, 
semblable à une toupie gigantesque, un cône dans 
l’espace : tel est en gros le phénomène de la préces- 
sion dont nous avons déjà parlé. 

Le déplacement est oxtrêmement lent, de 50,25 
suivant Newcomb qui l’a calculé d’après toutes les 
données récentes. Un tel mouvement, quoique 
faible, s’accumule avec les années, si bien qu’en 
25 800 ans à peu près, le pôle céleste revient à la 
même place dans le ciel, ou plutôt l’axe de la Terro 
pointe au même endroit. 

Ce phénomène a été découvert par Hipparque 
vers 130 avant f.-C. : les historiens sont unanimes 
à le reconnaître. Eh bien ! le nouinbre des années de 


δ0 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PILARAONS 


la précession se trouve implicitement dans la 
Grande Pyramide. Pour lobtenir 1] suffit d’addi- 
tionner le nombre de pouces pyramidaux contenus 
dans les deux diagonales de la base : le calcul donne 
25 800 avec une approximation aussi grande que 
celle qui résulte de nos recherches actuelles. 

Au temps d’'Hipparque, le Soleil apparaissait à 
léquinoxe de printemps dans la constellation du 
Bélier, tandis qu’il coïncide aujourd’hui avec celle 
des Poissons. L’équinoxe de printemps s’est done 
déplacé en avançant en sens contraire du mouve- 
ment annuel du Soleil, d'environ 270 depuis Hip- 
parque, soit de 50” par an, c’est-à-dire en rétro- 
gradant : c’est la rétrogradation des équinoxes, 
conséquence nécessaire de la précession qui déplace 
l'équateur terrestre aussi bien que le pôle. Mais 10] 
le résultat est plus grave ; il raccourcit un peu 
notre année, en ce sens qu'entre deux équinoxes de 
printemps consécutifs (année tropique), l'intervalle 
n’est pas le même qu'entre deux retours du Soleil 
devant la même étoile, temps de révolution de la 
Terre sur son orbite (année sidérale). 

L'année tropique seule peut servir pour le ca- 
lendrier, puisque notre année doit être telle qu’elle 
ramène les mêmes saisons aux mêmes Jours. 

L’antiquité a-t-elle connu cette durée autrement 
que d’une manière approximative ? C'est ce que 


— = = 


RÉVÉLATIONS GÉODÉSIQUES DE LA PYRAMIDE 54 


nous discutcrons plus tard. In tout cas, si nous 
multiplions par 3,1416 la longucur de l’antichambre 
précédant la Chambre du roi dans la Grande Pyra- 
mide, après l’avoir évaluée en pouces pyramidaux, 
nous trouvons 365,242 nombre des jours fixant 
très exactement la durée de l’année, que ni les 
Grecs, ni les Romains n’avaient su calculer. Quant 
à la longueur de l’année bissextile, nous la retrou- 
vons dans chaque côté de la base du monument, où 
elle est exprimée en coudées pyramidales ou sa- 
crées. 

Calculons maintenant le volume de Ia Pyramide 
et multiplion:-le par 2,06 densité moyenne des 
pierres qui ia composent : les 3 premiers chiffres 
nous donnent la densité de la Terre que des expé- 
rlences récentes portent à 5,52. 

Si maintenant nous prenons cosnrne unité de 
poids, celui d’une coudéc cube ayant la densité 
moyenne de la Terre, nous trouvons que le poids 
de la Pyramide, dans ce cas, serait au poids entier 
du globe terrestre dans le rapport très simple de 
1 à 1075 ou 1 à 105, encore une coïncidence étrange. 

Piazzi-Smith s’est aussi demandé s’il n’y aurait 
pas un rapport simple entre Ia température 
moyenne annuelle de l’intéricure de la Grande Py- 
ramide, température d’ailleurs assez constante, et 
la température du parallèle de 309 sur lequel elle 


52 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


est bâtie ; re calcul indiqua d’abord pour la Grande 
Pyramide un chiffre trop élevé de 4° centigrades, 
mais une discussion plus approfondie a réduit à 
moins de 19 la différence entre la température 
réelle et la température théorique : toutes deux se- 
raient de 20° centigrades ! 

Nous avons vu qu’au centre de la masse de la 
Grande Pyramide se trouve une pièce assez vaste 
appelée Chambre du roi ; c’est là que les construc- 
teurs ont déposé ce qui, suivant certains auteurs, 
constituait le Tombeau du Pharaon. Étrange sar- 
cophage d’ailleurs, et qui ne ressemble en rien à 
ceux que l’on ἃ exhumés. Imaginez une auge en 
oranit rouge merveilleusement poli et taillé à 
angles droits, sorte de coffre sans couvercle, sonore 
comme une cloche et vous aurez une idée de ce sin- 
œulier tombeau, n'ayant jamais reçu de restes hu- 
mains ! Alors comment expliquer sa présence ἢ 
Ceux qui l'ont étudié y voient, non sans raison 
peut-être, une œuvre de géométrie et de science 


avancée. 

Le parallélépipède rectangle formant lPintérieur 
offre environ 1 m. 97 de long sur 0 m. 68 de large 
ovec une profondeur de 0 m. 85. Si c'était un sarco- 
phage, il serait de beaucoup le plus profond que 
nous connaissions. Détail remarquable et certaine- 
ment intentionnel, le volume extérieur est exacte- 


RÉVÉLATIONS GÉODÉSIQUES DE LA PYRAMIDE 53 


ment le double de la capacité intérieure. Plein et 
fermé, il n’aurait pu être introduit dans {a chambre 
royale parce que l'entrée de la Grande Pyramide 
était certainement trop basse. Il a donc été mis en 
place, vide et sans couvercle et rien n’indique qu’il 
ait servi de sépulcre. Tout, au contraire, tend à 
montrer qu’il est essentiellement géométrique et 
métrique. Son volume intérieur est sensiblement 
égal à 69 000 pouces cubes pyramidaux. Or si nous 
prenons pour densité moyenne de la Terre 5,52, 
l'unité de poids étant celui de l’eau à 200C., que 
nous prenions le cube de 50 pouces pyramidaux, 
soit une fraction de l’axe entier de la Terre, repré- 
senté par 1/107, nous trouvons que le contenu en- 
tier du coffre est donné par ecclte égalité : 


503 x 5,52 


10 — 69 000. 


Ce volume intérieur du coffre serait donc une 
mesure de capacité intentionnelle. Le poids de son 
volume d’eau, à 200C. et à la pression barométrique 
de 760 millimètres représenterait l'unité de poids 
dans l'échelle de Ja Grande Pyramide ; le quotient 
de 69 000 par la densité moyenne de la Terre, ou 
12 500, serait le nombre de pouces cubes pyrami- 
daux de matière égale en densité à celui de la masse 
entière de la Terre ; ct ces 12 500 pouces cubes pè- 


| 


54 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PIIARAONS 


seraient autant que le contenu du coffre en eau. 

Divisons maintenant le grand étalon de poids de 
la Pyramide en 2 500 parties, nous restons tou- 
jours dans Île système des nombres pyramidaux, 


2 et 5; qu'obtenons-nous ἢ À très peu de chose 


près, la livre anglaise ordinaire qui pèse 453 gr. 59. 
F'aut-il encore ne voir I qu’une coïncidence ou 
bien la livre anglaïse serait-elle dérivée tradition- 
nellement de la grande unité de poids de la Pyra- 
mide ἢ Quelque conclusion qu’on adopte, 1] est 
certain que cette dernière, fondéo à la fois sur la 
densité du globe et sur une fraction de l’axe polaire 
terrestre, constitue le meilleur prototype interna- 
tional qu’on puisse proposer aux peuples civilisés. 

Enfin, dernière et curieuse remarque, 51 l’on 
prend le quart du volume du coffre intérieur, on 
retrouve de nouveau une mesure anglaise, celle de 
capacité nommée quarter et qui vaut 2 hect. 90. 

Voilà qui est de nature à enchanter nos amis bri- 
tanniques οὗ... à nons plonger dans un abime do 
réflexions. 


Cartouche du nom de Khéops, 


CHAPITRE V 


LES RÉVÉLATIONS ASTRONOMIQUES 


DE LA GRANDE PYRAMIDE 


L'évaluation précise de la distance de la Terro 
au Soleil constitue, à vrai dire, le problème capi‘al 
de toute l’astronom.e moderne. Son importance 
apparaîtra sous son vrai Jour, ΕἸ nous d'sons que 
de sa solution dépendent non seulement les vraies 
dimensions du système solaire, maïs encore celle 
de l'Univers que nous conn::ssons. 

La distance du Soleil à la Terre sert en effel à 
l’astronome d'unité de mesure, si bien qu’une 
erreur dans l'évaluation de cette grandeur 50 trans- 
met dons toutes les directions, affectant auss: 
bien les distances qui nous sévarent des planètes 
de notre propre système que celles des asbres [08 
plus voisins, ou celles des étoiles composant les 
plages étincelantes de la Voie lactée. | 

TUn’est pas jusqu’au caleul des masses qui ne soit 


50 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


affecté par cette évaluation : la quantité de ma- 
tière contenue dans un corps céleste est déterminée 
effectivement à l’aide de la distance, d’après les 
immortelles lois de Newton, et comme la distance 
entre généralement dans les équations à la troi- 
sième puissance, la moindre erreur de l’unité li- 
néaire vient troubler les résultats d’une quantité 
très forte. 

Cette unité fondamentale mieux connue nous 
permettrait aussi une évaluation plus certaine et 
plus précise du moment de tel ou tel phénomène 
astronomique. 


Ces quelques considérations sufliront pour jus- 
tifier l'opinion du grand astronome Aiïry qui sou- 
tenait que la distance du Soleil à la Terre est « le 
plus important problème astronomique (1) ». 

Mais c’est aussi l’un des plus difficiles, car les 
quantités qui entrent dans les données sont si 
faibles, que leur détermination exacte exige toutes 
les ressources de la science moderne. 


Au fond, la solution du problème repose entiè- 
remené sur la détermination de la parallaxe du 
Soleil, c’est-à-dire sur l’évaluation du demi-dia- 
mètre angulaire de la Terre vue du Soleil. 


(1) Aïnv, Monthly Notices, vol. XVII, p. 210. 


a, ET ge τ΄ 


RÉVÉLATIONS ASTRONOMIQUES DE LA PYRAMIDE  D7 


Imaginez un triangle ayant pour base un rayon 
terrestre et pour sommet le centre du disque 50- 
laire : l'angle au sommet sera ce que les astronomes 
appellent la parallaxe du Soleil. 

Au premier abord, la mesure de cet angle ne 
semble pas d’une difficulté insurmontable. On 
imagine aisément deux observateurs placés aux 
deux extrémités d’un rayon terrestre, cette der- 
nière grandeur ayant été plusieurs fois déterminée 
très exactement. Si les deux observateurs visent 
le centre du Soleil en même temps, ils pourront, 
chacun séparément, déterminer la valeur des 
angles à la base de notre triangle. L’angle au som- 
met s’en déduira par là même — ainsi que la dis- 
tance — et le problème sera réduit à une simple 
question de trironométrie élémentaire. 

Pratiquement, la somme des deux angles ainsi 
déterminés égale de bien près deux angles droits ct 
on trouve que l’angle au sommet (parallaxe) est 
très faible et voisin de 9 secondes d’arc ! Ce qui 
sionifis que la base est très petite comparée à la 
hauteur du triangle. 

Quant un géomètre sur la Terre veut mesurer la 
distance d’un point à un autre inaccessible, 1l choi- 
sit aussi une base mesurée soigneusement et 1] s’es- 
time vien peu favorisé 81 cette base n’est que le 
dixième de la distance totale, Qr l’astronome 80 


58 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


trouve dans une position autrement critique et 
difficile, car sa base d'opérations est comprise 
entre le 4/11000et 1/12 000 de la distance à mesurer. 

Notre astronome cst en tout point comparable à 


L’angle qui, du Soleil, sous-tend le diamètre terrestre, 
est Ja double parallaxe du Soleil. La parallaxe solaire 
vaut donc la moitié de cet angle, soit 8”,806. 
un arpenteur qui chercherait la distance d’un point 
éloigné de 16 000 mètres avec une base d’opéra- 

tion de 1 m. 50 environ. 
Pour donner une idée de l'erreur introduite dans 
les mesures, disons que le moindre écart, ne füt-ce 


RÉVÉLATIONS ASTRONOMIQUES DE LA PYRAMIDE δ9 


que de 1/10 de seconde, fausse la distance de 
1/100 en plus ou en moins ; or 1/10 de seconde est 
l’arc sous-tendu par un cheveu vu à 240 mètres ! 

En supposant la parallaxe égale à 8”, 80, ce qui 
est très près de la vérité, on trouve pour la dis- 
tance du Soleil : 149 741 000 kilomètres : et ce- 
pendant une variation de 1/20 de seconde donnera 
une différence de un millier de kilomètres. 

On voit qu'il importerait d’obfenir le cenfième 
de seconde, mais la méthode directe est loin d’offr:r 
un si beau résultat. 

Aussi le problème a-t-1l de tout temps été abordé 
indirectement. 

C’est l’histoire de ces méthodes indirectes de dé- 
termination, la plupart très élégantes, que nous 
allons retracer brièvement. 

Avant l’ère chrétienne, Aristarque de Samos 
avait imaginé une méthode si ingén.euse ct 81 jolie, 
qu’elle était digne de réussir. Mais les observations, 
fondées sur l'examen des phases de la Lune, ne 
comportaient pas une grande précision, surtout à 
cette époque. Aristarque avait, en effet, conclu que 
le Soleil est environ 19 fois plus éloigné que la 
Lune. 

Le nombre qu’il admettait — 8 millions de kilo- 
mètres — fut jugé exact par Ptolémée, par Coper- 
nie et aussi par Tycho Brahé. Képler porta cette 


00 LA SCIENCE MYSTÉRILUSE DES ΡΙΛΆΛΟΝΕ 


distance à 58 millions. 1] était loin de la vérité ! 
Mais on doit à ce savant la découverte des lois qui 
portent encore son nom et qui devaient nous don- 
ner des méthodes indirectes pour aborder avec 
fruit le fameux problème de la distance du Soleil. 

Grace à Képler, on parvint en eflet à dresser le 
plan exact du système solaire ; l'échelle manquait 
pour apprécier les grandeurs, mais désormais il 
sufnsait de connaître l’intervalle séparant la Terre 
d’une planète quelconque pour fixer toutes les 
autres dimensions, donc la distance du Soleil. 

. Pour la première fois la méthode fut employée 
par Cassini à Paris de concert avec Richer opérant 
à Cavenne. Mars servit de point de repère et le ré- 
sultat fut de placer le Soleil à 438 millions de kilo- 
mètres (1672). Flamsteed, à la même époque et par 
un procédé identique, arriva à 190 millions. 

Ces chiffres assez concordants ne réunirent ce- 
pendant pas tous les suffrages. L'abbé Picard ré- 
duisait ces distances à 66 millions de kilomètres, 
tandis que La Hire les portait à 219 millions, si 
bien que l’incertitude continuait à être comprise 
entre d'énormes limites. 

C’est alors que Halley, en 1676, entrevit l’utilité 
des planètes Mercure ct Vénus pour la solution tant 
désirée. Ces planètes inférieures passent en effet de 
temps en temps, mais à d’assez rares Inlervalles, 


RÉVÉLATIONS ASTRONOMIQUES DE LA PYRAMIDE 61 


entre le Soleil et la Terre ; elles se projettent alors 
comme un point noir sur Île disque solaire οὐ leur 
position se prête à des mesures astronomiques. Un 
premier passage de Mercure en 1677, donna un ré- 
sultat si proche de la vraie valeur que Halley forda 
de belles espérances sur une méthode plus ingé- 
nieuse que précise, l’indiquant pour les prochains 
passages de Vénus en 1761 et en 1769, avec prière 
à la postérité de se souvenir que l’idée venait d’un 
Anglais : toujours pratiques nos bons voisins | 
Entre temps (1752) Lacaille fixait la distanse du 
Soleil à 1432 millions de kilomètres. Il semblait 
qu’on approchôt du but. Hélas 11] n’en était rien | 
L'année 1761 approchait : on allait pouvoir re- 
prendre la méthode de Halley. De fait, rien ne fut 
négligé pour la réussite de la campagne. Poussés 
par cet héroïque dévouement dont les hommes de 
science avaient tant de fois donné lexemple, les 
astronomes s'étaient répandus sur toute la Terre. 
L'un d’eux, entre autres, Le Gentil de la Galais- 
sière, parti pour l’Inde au mois de mars 1760 et 
empêché par la guerre que nous soutenions avec [05 
Anglais, ne put débarquer ct eut le courage d'at- 
tendre pendant huit années, à Pondichéry, le pas- 
sage de 1769, perdant ainsi sa position officielle à 
l’Acadérnie des Sciences, où, faute de nouvelles sur 
son compte, on avait fini par le remplacer ; ris- 


θ2 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


quant aussi son patrimoine qu’il avait déposé entre 
des mains infidèles ; trouvant, paraît-il, sa femme 
remartiée ct pour comble de malheur, manquant le 
but de son voyage. Lors du passage de Vénus en 
4761, il n’avait pu en effet que contrôler le phéno: 
mène du pont de son navire, sans pouvoir l’ocser- 
ver, et en 1769 un ciel chargé de nuages avait 
rendu impossible toute observation. 

Cependant d’autres astronomes avaient été plus 
heureux, mais lorsque τὰ réduction de tous les tra- 
vaux fut terminée, il fallut s’avouer que la ques- 
tion n’avait pas avancé : ;e procédé comportait des 
sources d'erreurs considérables ct l’on trouva pour 
la distance cherchée, toutes les valeurs comprises 
entre 170 et 140 millions de kilomètres. 

Ce fut en vain qu'on prôna des méthodes nou- 
velles ; même après le passage de Vénus en 1874, 
il fallut s’avouer que la grande unité astronomique 
u’avait rien gagné en certitude par l'effort combiné 
des astronomes. Tout ce que l’on pouvait affirmer 
c’est que la distance du Soleil était voisine de 
148 600 000 kilomètres, avec un écart possible do 
plus de 2 millions et demi de kilomètres. 

Il fallait en revenir à la détermination de la dis- 
tance d’une planète extérieure à la Terre et c’est 
alors. qu’en 1898, on résolut d'employer à cet effet 
un des astéroïdes circulant dans le voisinage de 


ABBÉ 


: MonEux La Science muyslérieuse des Pharaons 


ou. must ir vs Ἧ 
' Se ne pe 
LS on pion ὶ % 


wi JL un." PM, ju 


ῬΕΑΝΌΝ ὩΣ 


GRANDE GALERIE INTÉRIEURE D& LA GRANDE PYRAMIDE 
Cette galerie eonduil au coffre enfermé dans la Chambre du RUE 


(δ΄. la coupe de la Pyramide, page 13.) 


&. Doin et Ce, Éditeurs, Paris, 
{Dhoto Keystone.) 


l'age 62. 


Agné MonrEutx La Science muyslériense des Pharaons 


RÉVÉLATIONS ASTRONOMIQUES DE LA PYRAMIDE θῶ 


Mars. En 1900, dix-huit observatoires prirent part 
à la nouvelle campagne ; on multiplia les elichés 
photographiques et pour la première fois enfin, on 
put fixer avec une très grande approximation cette 
fameuse distance du Solcil à la Terre pour laquelle 
les savants avaient dépensé tant d'efforts anté- 
ricurs, 

À l'heure actuelle, on admet pour cette distance 
le nombre rond de 449 400 000 kilomètres avec une 
incertitude de l’ordre de 70 000 kilomètres seule- 
ment, soit dix fois le rayon du globe terrestre. 

Eh bien, en multipliant la hauteur de la Grande 
Pyramide par un milliard, on trouve la distance du 
Soleil à la Terre en kilomètres, soit 148 208 000 ki- 
lomètres. Celte mesure n’est évidemment qu’ap- 
prochée, mais le chiffre obtenu constitue une ap- 
proximation bien supérieure à celle que présentait 
la valeur officielle de cette distance avant 1800 οὗ 
qui était d’un peu plus de 154 millions de kilo- 
mètres. 

Ainsi, alors que, pendant des siècles, les nations 
civilisées dépensaient des sommes fabuleuses, que 
des savants n’hésitaient pas à risquer leur vie dans 
des expéditions lointaines pour résoudre « le plus 
important problème astronomique », n'est-il pas 
extraordinaire de penser que cette solution était 
symbolisée et monumentalisée pour aïnsi dire dans 

Ὁ 


PL'AMNCRLLE LT 


LA GRANDE PYRAMIDE VUE SUIVANT UNE DE SES ARÈTES 


6. Don et Ce, Fditeurs, Paris, (l'hoto reproduite avec autorisation 
de Office du ‘Tourisme de FEtnt 
Lerv ptet.) 


64 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PIARAONS 


λλ Grande Pyramide depuis des milliers d'années ; 
qu'il eût suffit à nos astronomes modernes de savoir 
lire les symboles cachés dans ces dimensions et que 
les constructeurs de ce grand édifice étaient arrivés 
à une approximation dont nous aurions été fiers à 
bon droit à la fin du xix° siècle ! 


Les astronomes égyptiens ne paraissent pas avoir 
borné là leurs calculs. Si nous multplions, en effet, 
le pouce pyramidal par 100 milliards, nous obte- 
nons la longueur du parcours de la Terre sur son 
orbite en un jour de 24 heures, et cela avec une 
approximation plus grande que ne pourraient le 
permeltre nos unilés actuelles, le yard ou le mètre 
français. 

Enfin, dernière constatation à laquelle je suis ar- 
rivé en reprenant récemment tous les calculs, 8] 
. on exprime en coudées pyramidales cet arc décrit 
par notre planète en un jour de 24 heures solaires 
moyennes, on trouve un nombre qui est un mul- 
tiple de 3,1416 onu mieux de 27, expression qui 
joue un rôle si important en mathématiques. 

Qu'on ne dise pas encore une fois que tout cela 
est dû au hasard ; que les Égyptiens étaient igno- 
rants des conquêtes de l’Astronomic, les faits se- 
ratent là pour indiquer le contraire. 

C'est ainsi que le passage d’entrée de la Grande 


RÉVÉLATIONS ASTRONUMIQUES DE LA PYRAMIDE ΟΡ 


Pyramide regardait l'étoile polaire de l’époque 
dont on pouvait suivre les digressions à n’importe 
quelle heure de la journée. Les travaux de Sir 
John Herschel et de Piazzi-Smith ne laissent au- 
cun doute à cet égard : les constatations de ces 
deux astronomes sont un peu trop techniques pour 
que je les rapporte ici, mais elles sont presque aussi 
troublantes que les coïncidences énoncées au cours 
de ces pages. 

Quoiqu'il soit, ces révélations sont d'autant plus 
mystérieuses que jusqu'ici les historiens sont una- 
nimes dans l’affirmation des faits suivants : 

Les anciens Égyptiens n’ont fait aucune allu- 
sion au rapporté de la circonférence au diamètre, 
ni au nombre τὸ ; on ne voit nulle part qu’ils aient 
fait un usage exclusif, comme mulliplication ou 
comme division, des nombres 2, 3, 5, 7 cssentielle- 
ment pyramidaux ; rien ne nous laisse supposer 
qu’ils connaissaient les rapports de la latitude avec 
la hauteur du pôle, ni qu’ils aient eu une idée nette 
de la réfraction due aux couches d’air ; ils igno- 
raient sans doute la grosseur de la Terre ; ils n’em- 
ployaient pas habituellement la coudée sacrée οὐ ils 
étaient loin de peuser peut-être que cette coudée 
représente une fraction exacte du rayon polaire de 
notre Globe ; à plus forte raison n’avaient-ils pu 
évaluer en coudées pyramidales le chemin par- 


66 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PIHARAONS 


couru par la Terre dans sa révolution autour du 
Soleil ; ils n’avaient pas arpenté le sphéroïde ter- 
rcstre ni mesuré la distance de la Terre au Solcil ; 
Ie poids de la Terre et de sa température moyenne 


étaient en dehors de leur pensée ; leurs mesures de 


capacité et de poids n’avaient pas été déduites des 
données pyramidales ; ils ne font jamais mention 
de la Polaire, ni des années de la précess'on,etc., etc. 

Or, que toutes ces conquêtes de la scicnce mo- 
derne soient dans la Grande Pyramide, à l’état 
de grandeurs naturelles, mesurécs et toujours me- 
surables, ayant seulement besoin, pour se montrer 
au grand jour, de la signification métrique qu’elles 
portent avec elles, c’est évidemment incxplicable 
d’après nos données sur la civilisation antique, 
mais c’est un fait qu’on essayerait vainement do 
révoquer en doute et qui plonge les savants actuels 
dans la plus grande stupélaction. 


Le croissant de la Lune ct la lumière cendrée 
(d’après le papyrus de Nebhopit). 


CHAPITRE VI 


À TRAVERS LA SCIENCE ANTIQUE 


ΠῚ y ἃ quelque quarante ans, on trouvait beau- 
coup d'hommes de science enclins à enseigner la 


descendance animale de l’homme : nos ancêtres se 


seraient rapprochés des singes aux périodes anté- 


rieures de la préhistoire. On était alors sous l’in- 
fluence des idées de Darwin et de Lamarck. L’Alle- 


mand, Ernest Hæckel ne contribua pas peu à 


répandre et à vulgariser cctte étrange doctrine en 
des livres qui s’imprimèrent à des millions d’exem- 


plaires. Succès bien éphémère d’ailleurs. La théorie 
de la descendance simienne a subi le sort de toutes 


les hypothèses ; car c’est un fait, et on peut le vé- 
rificr en étudiant l’histoire de nos acquisitions, 


qu’une théorie scientifique ne tient guère la science 
pendant plus d’un demi-siècle. 
Aujourd’hui, tout est changé : 1] est évident que 


68 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


depuis les premiers âges de la Terre, nous consta- 
ons dans les organismes un véritable progrès ; il 
y à évolution, mais le mécanisme de cette évolu- 
tion nous échappe ct ses plus farouches partisans 
ne sont pas loin de renier les idées chères à Darwin 
et aux transformistes ; on se rallie de plus en plus 
à la doctrine des mutations, c’est-à-dire des chan- 
gements brusques. 

Appliquée à l’homme, la nouvelle théorie est 
simplement la négation de la descendance simienne 
et, scientifiquement parlant, l’origine de l’espèce 
humaine nous apparaît de plus en plus mysté- 
rieuse (1). 


Les recherches des géologues et des préhisto» 
riens ont été impuissantes jusqu à ce moment à 
élucider le mot de l'énigme. Sans doute a-t-on 
exhumé çà et là des crânes aux caractéristiques 
extraordinaires, mais le Pithécanthrope dont on 
annonce périodiquement la découverte, semble de 
plus en plus un mythe fabuleux, hochet qu’on 
agite devant [a foule naïve, pour lui faire croire à 
Pinfaillibilité de la Science. 

Ce n’est pas le lieu d'engager un débat sur ces 
passionnants sujets, mais avant d’aborder la ques- 


(1) Voir sur ces questions Les confins de la science οἱ de la 
foi (Tome IT), par l'abbé Moreux (Doin, éd., Paris). 


A TRAVERS LA SCIENCE ANTIQUE 69 


tion de la science antique, je voudrais énoncer ici 
quelques pensées dont ne tiennent pas toujours 
compte nos modernes prélistoriens. 

Aussi loin que nous remontions dans le passé, 
Phomme nous apparaît toujours avec le même 
degré d'intelligence et de religiosité. Sans doute, 
encore une fois, nous sommes en progrès sur l’épo- 
que de homme des cavernes, mais le progrès pour- 
rait bien ne porter que sur les acquisitions intellec- 
tuelles, matérielles et industriclles. Je m'explique : 
il faut distinguer entre la puissance et l’acte, entre 
l'intelligence et l’application que nous en faisons. 
La première est une faculté de fait, la seconde 
n’est que la manifestation de cette puissance, le 
résultat de son entraînement. Un rustre ignorant 
est souvent plus intelligent qu’un savant ; en tout 
cas enstruit et intelligent n’ont jamais, que je sache, 
été synonymes. 

Que des hommes livrés à eux-mêmes, obligés à 
lutter pour leur vie matériclle contre une nature 
hostile, aient pu former ces peuplades dont nous 
voyons les restes au seuil des cavernes préhisto- 
riques ; qu'ils nous aient laissé les traces d’une 
industrie et d’une science rudimentaire, cela ne 
prouve absolument rien pour ou contre leur imtel- 


ligence. Mais d'autre part nous sommes assurés que 
la capacité cranienne de ces races inférieures n’a 


0. LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


rien à envier à la nôtre ; qu’à ces époques reculées, 
ces types rappelant les sauvages actuels de la Méla- 
nésle, possédaient parmi eux des artistes ne le 
cédant aucunement à ceux que nous rencontrons 
dans nos écoles modernes : dessins habilement 
exécutés, statuettes finement modelées sont là 
pour atlester la véracité de mes assertions. 

Alors, de deux choses l’une : ou bien les hommes 
se sont élevés de l’état sauvage à la civilisation ; ou 
bien nous avons affaire à des races dégradées. 

De ce dilemme dont on ne saurait sortir, la plu- 
part de nos historiens choisissent le premier terme. 
Pourquoi ? Parce que bien peu de savants sont en 
même temps des philosophes, et que d’une façon 
æénérale, en science comme ailleurs, en vertu de la 
loi du moindre effort, chacun tend à répéter une 
leçon apprise. Les modernes se rient des anciens 
qui ne juraient que par Aristote, mais si nous re- 
gardons de près, la mode n’est point changée. 

Reste à se demander pourquoi les préhistoriens 
d'autrefois ont aiguillé leur science vers le premier 
terme de notre dilemme, au lieu de choisir le second. 
Oh ! la réponse est très simple : parce que depuis 
les Encyclopédistes, 1l ἃ été de bon ton d’opposer 
ce que l’on appelle la Science (avec une majuscule) 
à la croyance religicuse. 

Toutes les religions dérivées du Christianisme, 


À TRAVERS LA SCIENCE ANTIQUE 71 


y compris la religion Judaïque, ont enseigné que 
l’homme avait été créé par Dieu dans un état de 
perfection, donc de civilisation avancée ; prendre 
en défaut cet enseignement traditionnel et doctri- 
nal ἃ toujours paru à certains scientistes une tâcho 
digne de leurs eflorts. 

Ainsi, au lieu de se borner à rechercher les faits 
et leurs causes, la Science abandonnant son vrai 
rôle, est devenue l’appui de vaines hypothèses et 
de doctrines préconçues. 

Toute question de foi mise à part, 1] paraît aussi 
naturel de considérer les hommes de l’âge de pierre 
comme de véritables dégradés que de croire à leur 
état sauvage primitif. Une science qui se respecte 
devrait tenir a priori pour aussi vraisemblables 
lune et l’autre hypothèse, mais à mon avis, la se- 
conde ne résiste pas devant les faits. Un exemple 
va préciser ma pensée : nous connaissons des peu- 
plades de la Polynésie qui n’offrent pas un état 
plus avancé que les races de Cro-Magnon ou des 
Eyzies. C’est même là-bas que nos préhistoriens 
ont pu se documenter sur la façon dont l’homme 
des cavernes utilisait ses silex variés : outillage 
rudimentaire identique, mêmes moyens de dé- 
fense, mêmes signes plus où moins atrophiés de 
religiosilé, de superstition, de sorcellerie, de ma- 
aie. et de coquetteric. Or, en plus d’un cas, géo- 


72 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


graphes et historiens ont pu rétablir pour ces peu- 
ples, le passé de leurs migrations. Détachés par 
hasard de la souche originelle, ces anciens civilisés 
sont tombés peu à peu dans la dégradation. 

L'âge de pierre est donc de toutes les époques ct 
l’on voil à quelles erreurs se trouveront exposés 
les préhistoriens qui, dans quelques millénaires, 
iront fouiller ces îles lointaines, en exhumeront 
leurs restes et concluront, non sans quelque appa- 
rence de raison, que l’homme n’a pas évolué depuis 
l’époque chelléenne jusqu’à la fin de la période 
quaternaire, celle dans laquelle nous vivons. 

Voilà le genre de sottises que commettent cer 
tains hommes de science lorsqu'ils sortent de leur 
rôle. La préhistoire est encore dans l’enfance : ses 
recherches sont de date récente ; elles n’ont porté, 
au surplus, que sur une petite portion des terres 
émergées ; nous connaissons à peu près rien des 
lois qui amènent les modifications du squelobte, les 
variations lentes où brusques des races : souvent 
la chmatologie ancienne des contrées étudiées nous 
échappe ; le parallélisme des stratifications opérées 
en des endroits différents demeure presque tou- 
jours un problème insoluble ; nous ne possédons 
aucun chronomètre de uabure à nous révéler la 
soudaincté ou la lenteur des sédimentations et avec 
ce peu de données nous aurions la prétention d’édi- 


A TRAVERS LA SCIENCE ANTIQUE 79 


fier une histoire authentique de l'espèce humaine 
répandue à la surface de notre planète ! Ce serait 
Jà une amère plaisanterie et s1 les naïfs se laissent 
prendre à ces puérilités, 1l est du devoir de tout 
esprit sérieux de réagir énergiquement contre de 
tels procédés, dignes tout au plus de défrayer la 
chronique des journaux yankees, toujours en quête 
de nouvelles sensationnelles. 

Au moment où j’écrivais ces lignes, pour la pre- 
mière édition de cet ouvrage, me parvenait un 
rapport qui venait d’être présenté à la Société 
Géologique de Londres. Ce travail portait sur les 
variations du niveau des mers pendant le quater- 
naire et s’appuyait en grande partie sur les tra- 
vaux du Professeur Dépéret de Lyon et du Profes- 
seur Gignoux, son élève. Voici quelques citations 
que j'y ai relevées : 

« L'âge quaternaire ἃ été loin d’être aussi calme 


: qu’on l’a généralement admis : 1l a présenté des 


mouvements de la croûte terrestre ayant affecté de 
grandes étendues sur une vaste échelle ; et ccei 
résulte des travaux récents de Bosworth au Pérou 
ct de Molengraäff dans l’Inde orientale. »: 

« Cette constatation complique énormément les 
problèmes (relatifs à l'histoire de l’homme) que le 
Professeur Dépéret a esquissés d’une manière re- 
marquablement hardie, Mettre les choses au poinb 


74 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PIHARAO!NS 


constitue une tâche difficile et qui demandera les 
travaux de quelques générations de géologucs. » 

Qu’une déformation générale du Globe se soit 
produite et ait progressé durant le Tertiaire et le 
Quaternaire, cela résulte vraisemblablement des 
travaux entrepris sur les niveaux côtiers au nord 
et au sud de l'équateur, où l’on a constaté des déni- 
vellations périodiques avec une amplitude de plus 
en plus restreinte, comprise entre 300 et 18 mètre: 
et il apparaît nettement « que la contraction de la 
Terre s’est accomplie par de véritables pulsations » 
par des sortes d’à-coups brusques. En Géologie, 
comme ailleurs, c’est la doctrine des mutations qui 
se substitue à celle de l’évolution lente et conti- 
nue (1). 

Après avoir décrit les différentes phases de la 
chronologie de l’homme, depuis le Red Crag (ter- 
tiaire supérieur) où M. Red Moir pense avoir trouvé 
des traces d'industrie humaine, jusqu'aux terrains 
franchement récents, l’auteur ajoute cette ré- 
flexion qui corrobore ce que j'ai avancé à maintes 
reprises : « L'interprétation (que nous en donnons) 
semble représenter l’état actuel de nos recherches, 
mais elle ne va pas sans difficultés. » 

Les alternatives de chaud et de iroid dans le cli- 


(1) CE Th. Monsux : Vies nouvelles sur l’Evolulion pla- 
nélaire, dans J/iev. du Ciel, uv. 1921. 


ἜΝ ς 


À TRAVERS LA SCIENCE ANTIQUE 75 


mat de nos contrées aux épaques contemporaines 
de l’homme restent encore un grand sujet de per- 
plexité pour nos géologues. Ces changements ont 
dû amener des précipitations atmosphériques 
d’une telle ampleur que nous ne pouvons évaluer 
Ja durée nécessaire pour opérer les variations cons- 
tatées sur les continents pendant ces périodes. 

Non, mille fois non ! et je le répète à dessein, la 
préhistoire, à l'heure actuelle ne peut dater d’une 
façon absolue aucune de secs découvertes : il faut 
attentre (1); pas davantage «ile est à même de 
nous renseigner sur nos origines, sur l’état social 
de l’homme à son apparition sur la Terre. 

Ce long préambule était nécessaire pour côm- 
prendre l’état d'esprit dans lequel se ‘ont trouvés 
ceux qui jadis étudièrent la Pyramide de Khéops. 

L'un d'eux, le célèbre astronome Piazzi-Smith, 
qui lui ἃ consacré une partie de sa vie, en était 
arrivé aux conclusions suivantes : ou bien les cons- 
tructours de ce monument unique au monde pos- 
sédaient une science aussi avancée que la nôtre, 
ce qui est extravagant et presque incroyable ; ou 
bien, gardiens d’une tradition remontant aux pre- 
micrs àges, is avaient voulu fixer sur la pierre, dcs 
données déposées par fa Révélation dans l'esprit 


(1) Cf. Ch. Drrérer : Classification des temps quater:- 
naires. Dans la ρου. Gén. des Sc., 15 mars 1923. 


16 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


du premier homme ; et je dois ajouter que Piazzi- 
Smith, croyant à la Bible en sa qualité de protes- 
tant convaincu, penchait pour la dernière hypo- 
thèse. 

Aïnsi s’expliquerait, pensat-il, comment Îcs 
secrets relatifs à des données scientifiques brutes 
se seraient transmis d'âge en âge, au moyen de 
castes priviléciées. Telle serait Porigine, par l'in- 
termédiaire des prêtres égyptiens, de ce que j'ai 
appelé « la science mystérieuse des Pharaons ». 

Si tout s'était passé comme l’imaginait Piazzi- 
Smith, il ne serait pas invraisemblable de croire 
qu'une partie tout au moins de cette science hiéra- 
tique ait transsudé dans les inscriptions hérogly- 
phiques de ces époques lointaines. 

En Égypte comme en Chaldée, lAstronomie 
tenait une place d'honneur parmi les acquisitions 
intellectuelles. Mages et prêtres la cultivaient pour 
les besoins de la nation. À défaut du mécanisme 
des calculs auxquels se livraient les adeptes de la 
science, peut-être les résultats gravés sur 10 granit 
ou sur les briques trouvées par centaines seraient 
de nature à nous renseigner. La question vaut la 
peine d’être étudiée : de sa solution dépend netre 
choix entre les deux termes du dilemme précé- 


demment posé. 
Les plus anciens monuments du monde ont 5té 


A TRAVERS LA SCIENCE ANTIQUE 77 


jusqu’à présent découverts en Loypte ; ils sont 
antérieurs à la première dynaslie et datent d’envi- 
ron 4 000 ans avant J.-C. (1); malheureusement 


SPÉCIMEN D'ÉCRITURE 
IINÉROGLYPIHIQUE, 


Chaque imago correspond à 
la lettre initiale de l’objol re 
présonté, Ici : 


I ou JIÈ —.2 fouilles de roscau 
OÙ = j’oiscau, 
D) = mai ouverte. 


Les 5 caractères du Las 
disent HAMLK, ce qui nous 
donne : 


Joud μα Ἐν, 
Juda 16 roi. 


(Figure extraite de La Bible ef les 
découvertes nodernes, par ΤῸ VI- 
GOUROUX). 


nous n’y trouvons aucune allusion à des faits scien- 
üfiques ; ceux de Chaldée sont plus récents relati- 
vement et nous reportent sans doute à ὃ 800 ans 


(1) ous les chiffres au delà do 3009 ans av. J.-C. sont très 
contestables ; ils ne sont mis duns lu texte quo pour fixer los 
idées. 


78 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PAIARAONS 


avant J.-C. À partir do cette époque, nous 
sommes renseignés sur beaucoup de points inté- 
ressants, aussi bien pour l'Égypte que pour la 
Chaldée. 

D’après la Bible, Chaldéens et Égyptiens au- 
raient une commune origine et cette assertion, mise 
en doute autrefois par les archéologues, est plu- 
tôt confirmée par les recherches modernes. Ce- 
pendant, à en juger par les textes cunéiformes et 
les hiéroglyphes, l’Astronomie des Chaldéens au- 
rait été beaucoup plus avancée que celle des 
Égyptiens ; tout au moins pendant les dynasties 
postérieures à celle de Khéops. Des notions com- 
munes aux uns et aux autres ont pu subir des ré- 
gressions chez les deux peuples que nous étudie- 
rons simultanément (1). 


Nous avons vu que les Pyramides d'Égypte 
étaient orientées ; 1] en cst de même des monur- 
ments de la Basse-Chaldée, mais 101 ce sont les 
angles qui regardent les points cardinaux. C'est ce 
que l’on peut voir encore en examinant les ruines, 
fouillées récemment, du temple d'Éridou, dédié 
au dieu-poisson En-Ki et dont ia construction 

(1) Beaucoup d'auteurs emploient sans distinction ls 
termes Chaldéens ou Babyloniens, bien que les premiers 


désignont plus particulièrement les populations habitant la 
“égion arroséo par le Tigre ct l'Euphrate. 


A YRAVERS LA SCIERGE ANTIQUE 70 


Poe ΕΞΙΙ aies ἡ ἥν 
Kiru mah-hu. tan - 511 Ha 
Nemus variegalum SiCut mons 


EE Ne MENT a τε Ἢ 


| mani Ssa-gi -mir. hi-bi is- 


Amanus qui (contincl} amnes arbores 


| 4er ES ἡ ἘΠῚ SET ΕἸ 


ti hat - ti. Puluk. sade.naphar-su un 
Syriæ plantas montium universas 


D LOI SL EI ΕΤ ΣΞΞῚ ENT 


Ki-rib-su. hu-ru-su. va ab- ta 
| in ca plantatum fuit et con feci 


Ὦ»-......... Die "»---. δα..... 
ni. 1 - ta - tus, 
superficicm jus, 


SPÉCIMEN D'ÉCRITURE CUNÉIFONME, 


Au début, l'écriture cunéiformo fut hiéroglyphique, mais 
pou à peu on simplifia l’image dont les traits principaux furent 
indiqués sur la brique à l’aide d’un stylet en forme de coin 
(cuneusY, La traduction du texte ci-dessus est donnée eu latin. 


G 


90 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


remonte au delà de l’an 3 000 avant J.-C. Orien- 
tation identique au palais de Lagash datant de la 
même époque; à Ourouk, dont Iles monuments 
furent l’œuvre des Sumériens (1). Cette pratique 
remonte encore plus haut, puisque nous trouvons 
les 4 points cardinaux mentionnés dans un traité 
d’astrologie dont la compilation date de Sargon 1er 
(3 800 av. J.-C. environ). Déjà, à cette époque, le 
pôle céleste était donc connu et pouvait servir aux 
voyageurs dans leurs déplacements. 


Cette orientation exacte avait aussi un autre 
usage, probablement ; elle devait servir à la déter- 
mination des points équinoxiaux, si nécessaire à 
celle de l’année. En fait, malgré l’état de détério- 
ration de la Grande Pyramide, Mariette, suivant 
les conscils de Biot, put, à l’aide de l’une des faces 
du menument, déterminer à 30 heures près, le 
moment de l’équinoxe de printemps de l’année 
1853. 

Cependant les Égyptiens ne paraissent pas avoir 
employé ce moyen pour calculer le nombre de 
jours de l’année. Chez eux, années civiles ct reli- 
gieuses étaient ofliciellement de 360 jours, mais il 
n’y ἃ aucun doute qu’ils n’aient connu la valeur de 


(1) Sumériens, race non Sémite, habitant la Mésopotamie 
on ménhie tomps que les Sémites. 


À TRAVERS LA SCIENCT ANTIQUE 9) 


l’année d’une façon plus exacte au moyen du lever 
de Sirius appelé Sothis. Aussi, de très bonne heure 
ajoutèrent-ils 5 jours supplémentaires, comme on 
a pu le constater d’après des documents datant de 
la XIIe Dynastie, soit environ 2 000 ans av. J.-C. 

Toutefois, l’année n’est pas de 365 jours 1/4 
exactement ; en lui donnant cette valeur, on tombe 
dans l’erreur du calendrier Julien ; on la fait trop 
longue de 11 minutes à peu près, ce qui au bout 
d’un certain nombre d’années amène un décalage 
dans les saisons. Or, ni les Égyptiens, ni les Chal- 
déens ne paraissent avoir eu connaissance d’une 
telle particularité ; pour les premiers, le lever hé- 
laque, c’est-à-dire par rapport au soleil, d'étoiles 
déterminées, leur servaient à diviser les mois en 
décades de dix jours. Quant aux Chaldéens, ils 
avaient adopté un calendrier Jluni-solaire ; leur 
année comprenait 12 Ilunaisons, ce qui donnait 
354 jours auxquels on ajoutait, s’il y avait lieu, une 
13e lune intercalaire notifiée par un décret royal. 
Les textes cunéiformes nous ont transinis une 
ordonnance de cette sorte prise par Hammourabi 
(vers 2 000 av. J.-C.). Evidemment, le roi consul- 
tait les astrologues de la cour qui reccvaient pour 
mission de calculer à l’avance s’il y avait lieu de 
faire intervenir cette 13€ lunaison. 

Les règles sur lesquelles on se basait nous 


982: LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PifARAONS 


sont connucs par des tablettes de l'époque. 

« Lorsque le premier jour de Nisannu, lisons- 
nous sur l’une d’elles, la constellation Mulmul (les 
Pléiades) et la Lune se trouvent ensemble, l’année 
sera commune. Lorsque le troisième jour de Niïi- 
sannu, Mulmul et la Lune seront ensemble, l’année 
sera pleine. » 

Et la méthode était d’une exactitude très suffi- 
sante. 

Les planètes furent connues des Chaldéens beau- 
coup mieux que des premiers Grecs et même des 
Romains. [l est vrai que le ciel de Babylone et des 
régions avoisinantes était d’une pureté remarquable 
ef attirait l’attention des observateurs. On recon- 
nut donc très vite que parmi les astres illuminant la 
vole céleste, certains d’entre eux, au lieu de con- 
server leurs posilions relatives, changeaient cons- 
tamment de place dans le ciel, les uns par rapport 
aux autres : c’étaicnt des étoiles errantes cb non 
{1xes, en un mot des planètes (1). 

Celles qu’on peut voir à l'œil nu sont au nombre 
de einq : Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. 
Beaucoup de peuples anciens en comptaient sept.: 
car Mercure ct Vénus, tantôt astres du matin, 
tantôt astres du soir, furent pris pendant long- 


(7) Le mot plunêle vint du grec planétès au signife astre 
@rrant, 


À TRAVERS LA SCIENCE ANTIQUE 83 


temps pour des astres distincts. En fait, les monu- 
ments Chaldéens donnent en bien des cas l’image 
de 7 planètes, maïs il est vraisemblable que les 
astronomes de cette époque ne s’y trompaicnt pas, 
car souvent, comme dans un bas-relief d’Assar- 
Haddon, les 7 astres mineurs sculptés d’abord 
sont réduits à 5. 

On sait que la marche des planèles vue de la . 
Terre est assez compliquée pour cette raison que 
notre habitat tourne également autour du Soleil : 
les Chaldéens avaient fort bien remarqué cette par- 
ticularité et ils comparaient ces astres à des mou: 
tons capricieux échappés de l'immense troupeau 
des étoiles pour aller paître dans une large prairie, 
dont ils n'avaient garde d’ailleurs de s’écarter. La 
prairie, c’ébait la zone zodiacale où nous sommes 
toujours assurés de les rencontrer. Au reste, malgré 
des randonnées dictées par leur apparente humeur 
vagabonde, les planètes n’échappaicnt pas à l’œil 
vigilant de leurs pasteurs et les Chaldéens prédi- 
paient exactement, semble-t-il, la route de ces astres 
et Jeurs méandres capricieux. 

« Mars à sa plus grande puissance, devint splen- 
dide et resta ainsi plusieurs semaines saccessives : 
puis, pendant autant de semaines, 1] devint rétro- 
grade pour reprendre son cours habituel et il par- 
courut ainsi deux ou trois fois la même route. La 


54 Δ SCIENCE MYSTÉURIEUSE DES PHARAONS 


grandeur de la rétrogradation ainsi parcourue trois 
fois (deux dans un sens et une dans l’autre) fut de 
20 Kasbu (20 degrés). » | 

Si le mot Kasbu n’était arrivé d’une manière 
très opportune à la fin de la phrase, je gage que 
plus d’un lecteur aurait vu, dans ce passage, la 
copie d’un Annuaire astronomique moderne ; et 
cependant ces lienes ont été écrites par un astro- 
logue vivant bien avant la chute de Ninive, sur 
une tablette que vous pouvez admirer au British 
Museum de Londres ; et ce qu'il y a de plus extra- 
ordinaire, c’est que ce récit donne la traduction 
très exacte des faits. 


À chaque instant nous nous glorifions de notre ci- 
vilisation, de nos acquisitions intellectuelles, de nos 
progrès scientifiques, et cependant je suis certain 
de n'être pas au-dessous de la vérité er: affirmant, 
que sur mille personnes instruites : magistrats, 
ecclésiastiques, docteurs en médecine, professeurs 
et docteurs en droit, 11 n’en existe pas cin- 
quante pouvant assurer avoir vu Mars ou Sa- 
turne dans le ciel ; encore moins qui soient à même 
de comprendre le mécanisme de la rétrogradation, 
des stations et des mouvements divers des planètes 
décrit par l’astronome chaldéen ! Il est vrai, si l’on 
en croit la légende. que Copernic lui-même, le 


A TRAVERS LA SCIENCE ANTIQUE 85 


grand Copernic n’aurait jamais aperçu Mercure ; 
ajoutons toutelois pour sa défense que ce savant 
observait sous le ciel embrumé des bords de la 
Vistule. 


Nous savons par les tablettes écrites en caractè- 


res cunéiformes que les moindres détails de l’atmos- 
phère et du firmament étaient notés par les Chal- 


δον À τών Miles À jé ohl.e Mot nd qodugr ph chmhhedé euh prions ynthdttislamgi ἑκα» ὐ ganath les mémmiééinitiaiabmtebiahennsrnt st ἢ à ve à πὰ πα sodrmtpdhont à vd o ] 


| 
( 
me anne Pare 40 amd pepe - (4 


Trajectoire apparente d’une planète dans lo cel, montrant 
les stations et los rétrogradalions. 
déens ; halos ou conjonctions de planètes étaient 
matière à pronostics et fournissatent des thèmes 
aux astrologues. Les éclipses durent donc de bonne 
heure attirer leur attention, et en fait, ces phéno- 
mènes étaient prédits avec une assez grande pré- 
CISION. 
Voici quelques exemples de textes intéressants : 
« Une éclipse de Lune aura heu le 14 Adaru. 
Quand le 14 Adaru [ἃ Tune s’échpse dans la pre- 


66 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PIIARAONS 


mière heure de la nuit, une décision sera prise. 
Malheur au pays d’Elam et de Syrie, mais félicité 
au roi. Le rot sera tranquille. Vénus ne sera pas 
visible, mais je dis à mon maître qu’il y aura une 
éclipse. » 


& Irrasilu l’ancien, serviteur d. roi! 


« Au roi, mon maître, j'ai écrit : une éclipse aura 
leu. Maintenant elle a eu lieu en effet. C’est un 
signe de paix pour le roi mon maître... » 

Comment et par quels procédés, les astronomes 
de cette époque parvenaient-ils à calculer les éeclip- 
ses ? On a fait à ce sujet beaucoup d’hypothèses, 
mais en réalité nous ignorons à peu près tout des 
moyens employés. Suivant une habitude chère aux 
Chaldéens et aux prêtres égyptiens, les tablettes 
ne contiennent que les résultats bruts et le méca- 
nisme nous échappe (1). À mon avis, les savants de 

ces époques lointaines, devaient garder jalousc- 
ment leurs méthodes et celles-ci n'étaient trans- 
mises qu’au moyen d’enscignements oraux $e per- 


(1) Tous les jours, los tablottos cunéiformes qu’on déchiffre 
nous on offrent une preuve. πὶ récemment, M. TrrurEAU- 
DANaIN ἃ donné la traduction d’une tablelte qui prouve que 
les Babyloniens savaient fort bion résoudre les équations du 
second degré οἵ même les équations bicarrées. Leur procédé 
était le même 6110 [ὁ nôtre, maïs le toxte ne donne pas la raison 
des opérations à offectuer. L’invention de l’algèbro n’est donc 
pas de dato récente ! 


A TRAVERS LA SCIENCE ANTIQUE 37 


pétuant d'âge en âge au sein de castes privilégiées. 

Sous ce rapport l’Astrologie dut faire faire de 
très grands progrès à l’Astronomie et l’on sait que 
les Chaldéens étaient si bien passés maîtres dans la 
science des horoscopes que plus tard, en Grèce, 
l’épithète de Chaldéen était synonyme d’Astro- 
logue. 

:Aïnsi, plus de 3 000 ans avant l’ère chrétienne, 
les devins et 105 « diseurs de bonne aventure » 
exploitaient déjà la crédulité publique ; croyaient- 
ils à une correspondance mystérieuse entre la vie 
des mortels et le cours des astres ? Il est permis d’en 
douter; j’inclinerais plutôt à penser qu'il y avait là 
pour eux un moyen efficace de se faire respecter et 
de se livrer à leurs études favorites. 

Qu'on ne se récrie pas sur une supposition aussi 
vraisemblable ; il n’y a rien de nouveau sous Île 
soleil ; la plupart des hommes n’estiment la science 
qu’à proportion des services qu'elle cst censée leur 
rendre. ΠΠ a fallu la guerre de 1914 pour décider 
l’État français à organiser chez nous un servico 
météorologique, et si l’on ne fait rien (ou à peu 
près) en France pour la Chimie, par contre, cette 
science ἃ pris depuis longtemps, chez nos voisins 
d’outre-Rhin, un développement considérable, 


En tout cas, l’Astronomic n’a jamais préoccupé 
nos gouvernants et 105 Observatoires se meurent, 


88 [LA SCIENCE MYSTÉRIGQUSE DES PHARAONS 


dans une indigence assez voisine de la misère. Il 
en ἃ toujours été ainsi, mais autrefois, les grands 
de ce monde croyaient à l’Astrologie et l’Astrono- 
mie savait en tirer parti, témoin la conduite de 
Képler, l’un des plus grands génies du xvui® siècle. 


L’auteur des lois immortelies qui portent son 
nom avait grand-peine à vivre ; la pension promise 
par [6 roi tombait rarement dans son escarcelle, si 
bien que le savant en était réduit, pour nourrir sa 
famille, à tirer des horoscopes. On le lui reprocha 
plus d’une fois : « Mais de quoi vous plaignez-vous, 
philosophes délicats, répliquait-il, si une fille que 
vous jugez folle (l’Astrologie) soutient une mère 
sage mais pauvre (l’Astronomie); si cette mère n’est 
soufferte parmi les hommes plus fous encore qu’en 
considération de ces mêmes folies ? Si l’on n'avait 
eu le crédule espoir de lire l’avenir dans le ciel, 
auricz-vous jamais été assez sages pour étudier 
l’Astronomie pour elle-même. » | 

Aüïnsi en était-il, probablement, il y a cinquante 
siècles ! Quoi qu’il en soit, la pratique de lAstrolo- 
gle, qui réclame des précisions sur la position future 
des planètes, dut inciter les Chaldéens à perfection- 
ner leurs méthodes. Ceux-ci, nous le savons par 
leurs tablettes, eurent à résoudre plusieurs problè- 


EE. σα 


A TRAVERS LA SCIENCE ANTIQUE 59 


mes délicats et que se posent encore nos modeives 
astronomes. Ne pouvant insister sur ce sujet diili- 
cile, qu'il me soit néanmoins permis de citer un 
exemple. 

Le calcul des éclipses suppose connus avec une 


Ἵ Lis PATES a its ; ᾿ 
ἢ Ξῖῖ σα Pile REA πὰ Er ΜΗῈ ] 
APE 4 4 37 4 ve ΠΡ dl 
ASE > "ET" δὸς ani li 
= »» ; 


l'ablette avoc caractères cunéiformes du palais de Sargon, 
à Khorsabad. 


assez grande approximation, les diamètres appa- 
rents de la Lune et du Soleil. Or, en 1915, ayant eu 
besoin pour mes caleuls de posséder les diamètres 
apparents maxima et minima de la Lune, et trou- 
vant dans la plupart des publications techniques, 


00 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


des données contradictoires, je m’adressai à plu- 
sieurs collègues français, anglais et américains pour 
obtenir quelques références supplémentaires. Le 
problème est d’ailleurs complexe ct les chiffres 
fournis furent des plus discordants. 

En désespoir de cause, je m’armai de patience et 
je m’astreignis à consulter jour par jour les pages 
de la « Connaissance des Temps » qui donne depuis 
près de deux siècles les diamètres de notre satellite. 

Et devinez-vous les résultats de mon enquêbe ἢ 
Eh bien, les nombres ainsi déterminés se trouvaient 
plus près de ceux qui nous sont donnés par les Chal- 
déens que les diamètres admis par les auteurs dans 
nos modernes Traités d’Astronomiec. 

Les dimensions apparentes du disque lunaire 
sont comprises sûrement cnbre : 


33447 οὗ 20᾽22᾽ d’arc, 


alors que les Babyloniens admettaient : 


3416” οὐ γ᾽. 


L'écart de 5” seulement pour le diamètre minima 
cest insignifiant et l’on ne peut retenir son étonne- 
ment en constatant un tel résultat. 

Cet étonnement se changeraït pour vous en stu- 
péfaction, si vous aviez une idée de la difficulté que 


A TRAVERS LA SCIENCE ANTIQUE 91 | 


nous éprouvons, même à l’heure actuelle, pour 
évaluer le diamètre apparent d’un astre quelcon- 
| que. L’antiquité aurait-elle donc connu nos instru- 


ὦ δι) 


κυ 


Cr à 
Acquinoltivernum, [NS 

Die Μη ον | NC 

* πο τὰν pal sort 

rampure κου}, 

Δι ρρεῖςηῖς Hora 
un, τανε οὖν 

Ῥ,» 


"δ λιπυσν  hyber δ 
ἧς Joum Dec! Die as + 
ν ἃ Hon / ἡ ᾳ 
9 2 11 © TM, 


Acquino@hium au 
| tumnale Sept: Du 


1 1816 TM. 
7 WTA. 


Fac similé d’Ephémérides éditées en 1609 
et servant à dresser les Horoscopes. 


ments d'optique ? La question vaut la peine d’être 
étudiée, et c’est précisément ce que nous allons 
faire. 


Cartouche du nom de Képhren, 


Les constellations du Zodiaque forme 


inclinée de 23° 1/2 sur l'équa 


nt une large bande 
teur céleste, 


CHAPITRE VII 


L'OPTIQUE DES ANCIENS 


Il n’est pas rare d’entendre tel ou tel savant par- 
ler de la science antique d’une façon irrévéren- 
cicuse. À croire certains hommes instruils, notre 
siècle a tout inventé. Et cependant, je l’ai déjà 
fait remarquer, il ne faudrait pas confondre la 
science avec ses applications. 

Entre 168 mains des savants, les acquisitions 
scientifiques peuvent devenir armes redoutables. 


Nous frémissons à la lecture de l’histoire an- 
cienne, où nous voyons des rois barbares, assistant 
à des supplices mouïs que seul un être doué d’in- 
telligence peut inventer. La religion chrétienne, 


cette doctrine de charité inconnue des païens, es 


94 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PIHARAONS 


enseignée chez presque tous les peuples civilisés, 
mais son esprit ne semble pas avoir profondément 
pénétré certaines races, mêmes européennes... 

Il n’y ἃ donc pas antithèse entre science et bar- 
barie, puisque cette dernière peut faire servir 
la première à ses desseins. La science, je l’admets 
volonticrs, doit améliorer les conditions matérielles 
de humanité, mais elle est impuissante par elle- 
même à en assurer le progrès moral, le seul qui 
marque vraiment l’étiage de toute civilisation. 


Il y ἃ micux, lorsqu'un peuple délaïsse Le droit 
pour la force, la barbarie, toujours latente, re- 
prend peu à peu son empire ct quelques siècles 
suflisent alors pour faire table rase des notions 
scientifiques et intellectuelles péniblement acquises. 
Du train donb nous allons, il n’est pas besoin d’être 
fort perspicace pour prédire que dans deux mille ans, 
ceux qui habiteront notre continent subiront une 
régression analogue à celle des anciens peuples 
orientaux dont la grandeur et le Juxe confondent 
cncore notre imaginallon. 

“Tout ceci pour montrer que nous avons le droit 
de nous demander si l’antiquité ἃ connu une science 
avancée, incompatible en aucune façon avec l’état 
des mocurs ct de la civilisation de ces époques 
lointaines. 


SN ns me 


L'OPTIQUE DES ANCIENS 95 


Mais ici, je le devine, mon lecteur m’arrête et 
me pose sérieusement la question suivante : Alors 
comment pouvez-vous supposer un seul instant 
que nous ne retrouvions aucune trace des instru- 
ments scientifiques ayant servi à nos ancêtres ; 
pourquoi leurs inscriptions n’en font-elles jamais 
mention ? Evidemment, l’objection vaut la peine 
d’être discutée, mais au fond, je la crois plus spé- 
cieuse que reelle. 


Raisonnons par unalogie : Six mille années tout 
au plus nous séparent des monuments chaldéens 
et pharaoniques ; or, que seront devenues nos civi- 
lisalions européennes dans 60 siècles ? Pour peu 
que les centres intellectuels se déplacent sur notre 
globe, ce qui paraît fatal à en juger par l'Histoire, 
que restera-t-il de Paris ou de Londres ? Des 
ruines au sein desquelles les archéologues de l’é- 
poque seront bien empêchés d’exhumer des traces 
de nos acquisilions scientifiques. Nos bibliothèques 
nationales ne seront qu’amas de décombres, ar- 
chives éphémères réduites en poussière par le 
temps ; la pierre calcaire de nos monuments ne 
sera elle-même que bouillie informe ; seul, le gra- 
nit de nos pierres tombules avec leurs inscriptions 
souvent grolesques, en tout cas peu scientifiques, 
offrira aux savants quelques spécimens de notre 

4 


TE ΝῊ 


GG LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


langue et de notre écriture ; sans compter que des 
obélisques comme celui de la Concorde, avec ses 
hyéroglyphes, seront bien de nature à compliquer 
les recherches et à désorienter les plus habiles. 
Œuvres immortelles (?) des Képler, des Newton, 
des Laplace, des Le Verrier, des Pasteur, où serez- 
vous alors ? Vous n’aurez même pas l’avantage 
d’avoir été écrites sur la dure argile cuite des ta- 
blettes cunéïiformes ayant bravé les injures des 
siècles | 


Que si Pon insiste sur l’absence complète des 
méthodes scientifiques parmi les nombreux docu- 
ments chaldéens ou égyptiens mis à notre disposi- 
tion, je répondrai que cela prouve à peu près 
rien. 


« L’étude des Mathématiques avait été poussée 
par les Mésopotamiens à un haut degré de perfec- 
tion, mais nous ne trouvons jamais chez eux, en 
quelque branche de l’activité scientifique que ce 
soit, un traité didactique avec explications ; c’est 
toujours une consignation sèche des conclusions 
avec parfois une allusion à ce qui y conduit ; un 
#rand enseignement oral devait accompagner 
forcément ces écrits. C’est ainsi que nous avons 
de nombreux documents mathématiques, sortes de 


L'OPTIQUR LES ANCIENS 97 


barèmes donnant mille combinaisons de chiffres, 
operations toutes faites dont le lecteur n’avait 
qu’à utiliser les résultats (1). » 

De même, à des époques plus récentes, nous 
voyons apparaître, consignées sur les tablettes, de 
véritables Æphémérides perpétuelles destinées à 
prévoir le mouvement des planètes dans le ciel. 

La conclusion s’impose : le silence sur les mé- 
thodes employées était voulu ; on y suppléait par 
les explications orales et celles-ci n'étaient don- 
nées qu'aux seuls initiés ; par là même on évitait 
de répandre dans le public une science qui réser- 
vait à une caste, respect, gloire et profit. 

Notre terrain étant ainsi déblayé, nous pouvons 
aborder le sujet qu’annonce le titre de ce Chapitre : 
Optique fut-elle connue des anciens ἢ 

Procédons par étapes et avançons prudemment 
dans ce domaine à peine exploré. Tout d’abord, il 
cest certain que les Anciens connaissaient le verre 
et, qui plus est, savaient le travailler. 

Dans un passage de ses écrits, Aristophane rap- 
porte que de son temps on vendait des boules de 
verre chez les épiciers d'Athènes. Plus tard, Pline 
raconte que l’immense théâtre élevé à Rome par 


(1) Οἵ. Dr CoNTENAU, op. j. cit, Ὁ. 138 ; voir plus haut 
également l’oxemple des opérations algébriques fanilières aux 
Babyloniens. 


95 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSÉE 05 PHARAONS 


Scaurus, gendre de Sylla, οὐ qui pouvait contenir 


quatre-vingt mille spectateurs, possédait trois 


étages, dont le second était entièrement incrusté 
d’une mosaïque de verre. 

Au VIT [ivre des /?ecognitions, le pseudo Clé- 
ment rapporte que saint Pierre étant allé dans Pile 
d’Aradus, y vit un temple dont les colonnes tout 
en verre, d’une grandeur et d’une grosseur extra- 
ordinaires, excitèrent encore plus son admiration 
que les belles statues de Phidias, dont ce temple 
était orné. 

Sénèque, dans ses Questions naturelles parle des 
phénomènes de coloration qu’on aperçoit en re- 
gardant à travers des angles saillants de verre. 
Dès cetto époque, on connaissait donc le prisme 
et la réfraction. 

Sous le règne de Néron, on se servait de coupes 
de verre blanc, qui, au dire de Pline, le dispu- 
taient en limpidité aux coupes de cristal de roche 
taillé. Les urnes lacrymales trouvées dans les tom- 
beaux sont aussi en verre, et c'était sur des globes 
de verre qu'à la même époque, on traçait les 
sphères célestes et les constellations. 

Dans son Optique, Ptolémée ἃ inséré une T'able 
des réfractions qu'éprouve un rayon lumineux en 
traversant le verre ; or les indices de réfraction 
donnés par nos Physiques modernes s’en rappro- 


L'OPTIQUE DÉS ANCIENS 99 


chent tellement qu'il faut conclure que le verre de 
celte époque différait très peu de celui que nous 
fabriquons aujourd’hui. 

Tous ces faits sont certains ; 115 ne prouvent pas, 
dira-t-on, que les savants antiques connaissaient 
les propriétés des lentilles. 

Sans doute, mais voici d’autres témoignages. 

L’émeraude à travers laquelle Néron regardait 
les objets est devenue légendaire. Ge chaton de 
bague lui servait de monocle, mais Pline n’est pas 
très explicite à ce sujet. On peut croire légitime 
ment que ce verre était taillé en forme de lentille 
concave. 

Cependant, bien avant lui, au ve siècle avant 
notre ère, Aristophane dans sa comédie des Vuées, 
rapporte une singulière plaisanterie : Strepsiade 
explique à Socrate la propriété qu'ont les boules da 
verre exposées au soleil d'allumer les corps combus 
tibles. Par ce moyen, l’ingénieux personnage entre- 
voit la façon, dit-1l, de se dispenser de payer ses 
dettes, en détruisant de loin toute espèce d’assi- 
enation dans les mains de 805 créanciers sans qu’ils 
puissent s’en apercevoir. 

Les Romains, héribiers de la science des Grecs, 
employaient pour cautériscer les ehairs, à défaut de 
la pierre infernale, des boules de verre exposées 
au soleil. Et lorsque les Vestales, par négligence, 


400 LA SCIENCE MYSTLRILUSE DES PLHARAONS 


laissaient s’éteindre le feu sacré, on devait le ral- 
lumer au moyen de la chaleur du soleil concentrée 
par des sphérules de verre. 

Les anciens connaissaient donc la propriété des 
lentilles sphériques concentrant les rayons lumi- 
neux en un seul foyer ; maïs des appareils de cette 
sorte sont bien mauvais en tant qu'instruments 
d'optique. Toutefois, habitués à travailler le verre, 
les ouvriers de l’époque ont dû être acheminés for- 
cément à fabriquer des demi-sphères rappelant nos 
lentilles pour les horlogers ou même nos oculaires 
achromatiques de lunettes et de miscroscopes. 

Pure hypothèse, direz-vous, mais nécessaire 
cependant pour expliquer des faits nombreux 
qu’on ignore généralement. 

Savez-vous qu'il existe dans notre Cabinet des 
Médailles un cachet dit de Michel-Ange, dont l’exé- 
cution remonte à une époque très reculée et sur 
lequel 15 figures ont été gravées dans un espace 
circulaire de 7 millimètres de rayon. Or ces figures 
ne sont pas toutes visibles à l’œil nu (1). 

Cicéron parle d’une Zliade d’ Homère écrite sur 
un parchemin léger qui tenait en entier dans 
une coquille de noix (2); Pline raconte que 
x Mymécide avait sculpté sur l’ivoire, un qua- 


() Cf. Durens, t. II, p. 224. 
(2) PuneE, Hist, natur., L. VII, Ch. XXI. 


L'OPTIQUÉ DES ANCIENS 101 


drige qu'une mouche couvrait de ses ailes » (1). 
« À moins de prétendre, dit Arago que la vuc de 
nos ancêtres surpassait en puissance celle des ar- 
tistes modernes les plus exercés, ce qui serait dé- 
menti par bien des observations astronomiques, 
ces faits établissent que l’on connaïssait en Grèce 
et à Rome, il y a près de vingt siècles, la propriélé 
amplificative dont jouissent les loupes (2). » 

On ἃ également à l’appui de cette thèse fait va- 
loir que Dutens ἃ vu au musée de Portici, des 
loupes anciennes qui n’avaient que 9 millimètres 
de foyer : lui-même en possédait une moins forte 
provenant des fouilles d’'Herculanum. Mais la 
vérité exige d’avouer qu'il s'agissait là de petites 
boules de verroterie employées pour leur parure, 
par les femmes peu opulentes. 

Le mieux, pour clore le débat, serait d’avoir 
entre les mains une vraie loupe dont se sont servis 
les artistes d'autrefois pour écrire ou sculpter les 
petits chefs-d’œuvre dont j'ai parlé. Eh bien, ce 
vœu a été réalisé et, à ce propos, on me permettra 
de citer une anecdote toute personnelle. 

C'était en 1905, au cours d’une mission dont 
m'avait chargé le Gouvernement pour étudier une 


(1) Prune, op. j. cit, VII, XXI ; Cf. it. Luxe, Hist., L. I, 
Ch. X VIT. 
(2) AnaGo, Astr. pop., L. ἵ, Ὁ. 166. 


102 τὰ SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


éclipse totale de Soleil, visible à Sfax. L’éclipse 
terminée, nous résolûmes, mes compagnons et 
moi, de profiter de l’occasion bien tentante pour 
visiter la Tunisie. Au retour, avant de reprendre le 
bateau qui devait nous ramener en France, un 
pèlermage à Carthage, si célèbre dans l'Histoire, 
s’imposait à notre curiosité. 

De FPancienne nécropole, 1] ne reste plus rien 
d’ailleurs qu’un village de blanches demeures, 
assis devant l’emplacement de ce qui fut autrefois, 
le port abritant les terribles vaisseaux carthagi- 
nois. C’est là que les Pères blancs ont établi leur 
séminaire et bâti la belle cathédrale dont les murs 
ensoletilés se détachent en tons crus sur le fond 
bleu du ciel. La vieille Carthage n’existe plus, 
mais des mains pieuses pour tout ce qui regarde 
Pantique civilisation disparue ont entrepris des 
fouilles et ressuscité ces temps de la lointaine his- 
toire. 

Le Père Delattre nous fit les honneurs de son 
merveilleux musée et j’avouc que cette visite ἃ 
été pour nous tous une véritable révélation. Comme 
je m'extasiais devant un camée finement oravé et 
qui représentait un cheval se grattant l’orcille, je 
n: pus m'empêcher de faire tout haut cette ré- 
flexion : 

— Les graveurs de celte époque ne pouvaient 


L'OPTIQUE DES ANCIENS 103 


avoir des yeux meilleurs que les nôtres; alors 
comment dans un si petit espace a-t-on pu repré- 
senter tant de détails, donnez-moi une loupe pour 
examiner cette crinière…. 

Et tout le monde fut forcé d'admettre que, 
même à cette époque, on connaissail le travail du 
verre et les propriétés des lentilles. 

— N'avez-vous jamais trouvé, ajoutai-Je en: 
me tournant vers le Père Delattre, quelque objet 
rappelant les loupes de nos horlogers ? 

Mais déjà le religieux avait compris et, une 
minute après il tenait à la main, une véritable 
loupe, plan-convexe, de la grandeur d’un bouton 
de pardessus. Malheureusement, la lentille était 
opaque : recueillie dans un tombeau, après des 
siècles de séjour, il n’y avait rien d'étonnant qu’un 
lent travail se fût effectué pour opaliser ce verre, 
autrefois transparent peut-être. 

L’objection eût été sérieuse cependant, si le 
Père Delattre ne nous eût montré une pièce du 
même genre, en cristal de roche cette fois, taillée 
d’une façon parfaite. Et ce fut la loupe dont nous 
nous servimes pour étudier le camée. 

J'avais donc eu en mains pour la première fois 
— du moins 10 le pensais — la preuve que les an- 


ciens connaïssaient les lentilles ct leurs propriébés. 
Tout heureux de ma trouvaille, j’en fis part, dès 


104 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PLARAONS 


mon retour, à quelques savants et quelle ne fut pas 
ma stupélaction d'apprendre qu’en 1852, au cours 
d’une réunion de l'Association britannique tenue 
à Bedford, Sir David Brewster, le célèbre physi- 
cien anglais, avait montré une lame de cristal de 
roche façonnée en forme de lentille et qu’on ve- 
nait de trouver dans les fouilles de... Ninive ! (1) 

Tant de faits convergents ne laissèrent aucun 
doute dans mon esprit ; les peuples antiques ont 
donc pu connaître les lunettes ; car, remarquez-le 
bien, une lunette astronomique n’est que l’assem- 
blage de deux lentilles convexes : l’une, la plus 
grande, nommée objectif et qui est tournée vers 
l’objet dont elle forme une image derrière elle ; 
l’autre, l’oculaire, employée comme une loupe pour 
grossir l’image fournie par la première. 

Lorsqu’au commencement du xvire siècle, John 
Lippersey inventa la lunette que devaient perfec- 
tionner Galilée et ses contemporains, il ne faisait 
que retrouver, probablement, un appareil conau 
depuis la plus haute antiquité. Je dirai même que 
la lunette de Galilée, comparée à celles des anciens, 
devait être de qualité bien inférieure ; les lentilles, 
vers lan 1610, étaient toujours biconvexes alors 
que les loupes anciennes, celles de Carthage en par- 


(1) Après une enquêle sériouso, jo pense que Sir David 
Brewsren s'était un peu mépris sur la nature de la verroteria 
apportée de Ninive. 


L'OPTIQUE DES ANCIENS 105 


ticulier, étaient plan-convexes, ce qui leur assurait 
un certain achromatisme. L'hypothèse est d’au- 
tant plus vraisemblable que si l’on refuse aux 
peuples de l’antiquité cette connaissance intéres- 
sante, il devient impossible d'expliquer bon nombre 
de leurs assertions ; je me contenterai d’un exem- 
ple emprunté à Démocrite. Ce philosophe affr- 
mait que la Voie lactée, si brillante dans la 
contrée qu’il habitait, est formée d’une quantité 
innombrable d’étoiles ; « c’est le mélange confus 
de leur lumière, dit-il, qui est la cause de sa blan- 
cheur phosphorescente ». 

Un astronome moderne ne parleraït pas mieux. 
Comment Démocrite aurait-il deviné pareille ex- 
plication, s’il n’avait regardé dans une lunette, 
alors que chez les nations de son temps, le peuple 
croyait encore à la légende des gouttes de lait 
échappées du sein de Junon ? 


À moins que les anciens ne connüûssent le téles- 
cope, cet instrument formé d’un miroir concave 
réfléchissant. Et celle supposition n’est pas plus 
invraisemblable que la première. 

Certains écrivains citent, à l’appui de cette thèse, 
les miroirs ardents qu’'Archimède employa au 
siège de Syracuse pour brûler les vaisseaux de 
Marcellus. Toutefois, il paraît bien démontré au- 


106 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSEÉ LES PHARAONS 


jourd’hui que les miroirs en question n’étaient pas 
concaves, n1 d’une seule pièce, mais formés d’un 
grand nombre de glaces renvoyant les rayons 50- 
laires au même point. 

Une telle disposition réalise la même concentra- 
tion calorifique qu’un miroir de télescope et, à 
l’aide de cent quarante-huit glaces, Buffon réussit 


Figure schémaliquo montrant la disposition des lentilles 
dans la lunette dito de Galilée (Jumelle de théâtro). 


autrefois à enflammer une planche de sapin éloi- 
gnée de quarante-neuf mètres. 

La critique toutefois s’est montrée plus prudente 
lorsqu'il s’est agi d'expliquer un fait rapporté par 
des historiens sérieux au sujet de la vision à l’aide 
d’un appareil imconnu. Ptolémée Evergîte, frère 
du roi Ptolémée Philadelphe, qui vivait au 1118 stè- 
cle avant J.-C., avait fait établir, au sommet du 
phare d'Alexandrie, un instrument avec lequel 


L'OPTIQUEÉ DES ANCIENS 407 
on découvrait de très loin les vaisseaux. Beau- 
coup d’auteurs se sont demandé s’il ne s'agissait 
pas là d’un miroir concave. 


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PTT: 


Alignements et lignes de visées tracés sur un fût de 
colonne ayant appartenu à un observatoire 
de l’ancienne ville de Méroë. 


La chose est très possible, maïs je dois ajouter 
qu'un miroir de ce genre ne suflrait pas sans le 
secours d’une lentille pour rapprocher les objets, 


1408 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONES 


et rien ne s’opposait à cetbe époque à la réalisatiui 
d’un tel système optique. 

Cela ressort évidemment de tous les témoi- 
enages. 

Quoi qu'il en soit, il est bien singulier de cons 
tater que les anciens, d’après des textes dignes de 
foi, regardaient les astres à travers des tubes. Ces 
derniers aidaient-ils les astronomes dans leurs 
moyens de visée ou bien portaient-ils des lentilles, 
nous l’ignorons, mais le fait est à rapprocher d’une 
trouvaille intéressante dont le récit vient à point 
pour clore ce chapitre. 

Au cours de fouilles opérées récemment dans 
l’ancienne cité royale de Méroë, le Professeur 
John Garstang, de Liverpool, mit à jour les fonda- 
tions d’un monument qui n’était certainement 
ni un temple, ni une habitation ordinaire. Un 
examen attentif révéla qu’on avait affaire à un 
ancien Observatoire astronomique. Sur un fût de 
colonne, dont nous donnons la représentation. 
sont tracées des droites en rapport avec la position 
du Soleil à une certaine période de l’année et avec 
la latitude de Méroë (1). 

Mais ce qu'il y a de plus étonnant, c’est le re- 
levé des inscriptions ou « graflilis » de l’époque : 


(1) Cf. Revue du Ciel, acût 1917. 


L'OPTIQUE DES ANCIENS 109 


certaines pierres sont couvertes d'équations numé- 
riques se rapportant à des phénomènes astrono- 
miques ayant eu lieu 200 ans avant l’ère chré- 
tienne ; sur l’une des murailles démantelée, se 


Αὐνάν CORALIE ὧδ 4 ent νι OU À 08 γόνον 


Croquis au crayon relevé sur un pan de muraïlle ayant 
appartenu à un observatoire de l’ancienne ville de Méroë. 


trouve un dessin encore plus suggestif, sorte de 
croquis fait à la hâte et qui représente la silhouette 
grossière de deux personnages ; l’un d’eux, assis, 
paraît occupé à relever la position des astres au 
moyen d’un « instrument des passages », rappelant 


110 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


tout à fait nos lunettes méridiennes, avec cercle et 
appareil azimutal. 


Et maintenant quelles conclusions allons-nous 


dégager de tout cet ensemble ? Rien d’absolument 


positif, mais une série de suggestions bien propres 
à nous rendre prudents dès qu'il s’agit de juger la 
science des anciens. 


Dès les temps les plus reculés, PAstronomie ἃ 
été une science cultivée et même très avancée. La 
mesure des diamètres de la Lune et du Soleil, la 
prédiction des échpses et d’autres phénomènes 
célestes, supposent que les prêtres égyptiens ou 
les astronomes chaldéens possédaient des instru- 
ments adaptés à ce genre de travaux. 


En quoi consistaient leurs appareils ? Nous ne 
possédons aucune donnée positive pour répondre 
à cette question, mais il n’est pas invraisemblable 
de penser que l’Optique y jouait un certain rôle. 

Toutefois, si la sphère céleste leur était fami- 
lière, on n’en saurait dire autant de la sphère ter- 
restre. Sans doute, les voyages auraient pu ap- 
prendre aux peuples antiques que la Terre était 
ronde et isolée dans l’espace, mais rien ne permet 
de supposer que cette idée leur fût venue à lesprit. 

Aussi loin que nous remontions, 1l faut arriver à 


— DO —_— —p 


L’OPTIQUE DES ANCIENS 111 


Anaximandre (vi siècle avant J.-C.) pour voir 
surgir à ce sujet des propositions à peu près exactes. 
Les Grecs, nous le savons, ont beaucoup emprunté 


νος ἦν “ἰς ΤΊ ΠΣ we 
Ἂς Κ᾿ a rx Fe 
. “1 { LE Ὁ, ͵ Ge ὟΝ δ} EE 
Drapeau δ τες, 


sn 4 
ΑΝ \ 


+ li, 
ὌΝ Ὁ “à h ὃ 


Empreinte d'un cylindre assyrien 
où l’on voit Saturne figuré par un anneau. 


Le Dieu assyrien Nisnocir (Saturne) qui est 
toujours représenté avec un anneau. Ces deux ἡ 
figures laissent croire que la science antique 
connaissait l’existence des anneaux de Ja pla- 
nète Saturne. 


8 


‘412 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAON! 


aux Égyptiens, mais ici, leur science paraît toute 
personnelle et ce sont eux qui semblent avoir pro- 
fessé les premiers la sphéricité de la Terre. 

Jusqu'à plus ample information, il apparaît bien 
que les constructeurs de la Grande Pyramide 
n'avaient pu mesurer, même indirectement, le 
rayon polaire du Globe, encore moins fixer la dis- 
tance du Soleil, Ia valeur de la précession, ni même 
repérer leur position par rapport à la surface en- 
tière de la Terre ; et si tout cela est contenu dans 
la Pyramide de Khéops, l’origine de ces données 
reste de plus en plus inexplicable. 

Piazzi Smith aurait-il donc eu raison et faudrait- 
il donc invoquer d’antiques traditions ? Avouez-le, 
nous sommes en plein mystère | 


LES 


Cartouche du nom de Mykérinos, 


CHAPITRE VI111 


A LA LUEUR DES ÉTOILES 


sm ms 


Par certains exemples déjà donnés, nous avons 


vu que les astronomes de l’antiquité faisaient un 


usage courant des constellations. On s’est donc de- 
mandé quelle est la véritable origine de ces grou- 
pements conventionnels d'étoiles. 

Déjà, le poète Aratus, l’an 280 avant notre ère, 
nous donne une description détaillée du ciel dans 
un poème intitulé : Les Phénomènes et les Signes, 
mais l’auteur en avait tiré la substance d’un ou- 
vrage composé par Eudoxe, un siècle avant lui. 

Il faut donc remonter beaucoup plus avant et, 
ici, nous devons faire une distinction entre ce que 
l’on appelle le Zodiaque et les constellations éparses 
sur la voûte céleste. Ces dernières étaient, pour 
ainsi dire, toutes spéculatives ; à part les constella- 
tions voisines du pôle ct qui pouvaient servir aux 
voyageurs pour leur indiquer la direction du Nord, 


414 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


les autres ne pouvaient être d’aucune utilité pra- 
tique. 


Il n’en était pas de même du Zodiaque, bande 
assez large dont le milieu est occupé par l’éclip- 
tique, ce grand cercle de la sphère, sur lequel a lieu 
le mouvement annuel et apparent du Soleil ; c’est 
là aussi que se meuvent les planètes ; les mouve- 
ments de ces astres s’écartent peu du plan de notre 
orbite ; il s'ensuit donc nécessairement que leurs 
projections apparentes sur la sphère céleste sont 
toujours au voisinage de léchptique 

La lande zodiacale ἃ élé divisée en 12 constella- 
tions faisant le tour enticr du ciel, et comme le So- 
leil 105 parcourt en une année, soit 360 degrés en 
365 jours, 1] en résulte que notre astre central effec_ 
tue à peu près 4 degré par jour dans le sens opposé 
au mouvement diurne de la sphère, soit 30 degrés 
en un mois ou à peu près. Mais 1] s’en faut de beau- 
coup que chaque constellation zodiacale ait une 
étendue exacte de 30 degrés ; ce n’est donc que 
théoriquement que le Soleil entre chaque mois 
dans une constellation différente. À f'heure ac- 
tuelle, les constellations du Zodiaque sont énon- 
cées dans les deux vers latins suivants, faciles à re- 
tenir : 


(1) Voir Les Influences astrales par l'Abbé Moreux (Doin, 
éditeur, Paris). 


À LA LUEUR DES ÉTOILES 415 


S'unt ÂAries, T'aurus, Gemini, Cancer, Leo, Virgo, 
Libraque, Scorpius, Arcitenens, Caper, Amphora, Pisces ; 


ou, en français : 


le Bélier, le Taureau; (cs Gémeaux, le Cancer, 
® Ὁ 9 
le Lion, la Vierge, la Balance, le Scorpion, 
δὲ, ἴῃ τὸ τὴ 
le Sagittaire, le Capricorne, le Verseau, les Poissons 
mn À 222 X 


Les signes conventionnels que nous donnons 
doivent être connus de nos lecteurs, car ils se trou- 
vent dans tous les AÏmanachs. 

Comme en vertu de la précession, l'intersection 
de l’équateur et de l’écliptique, marquant l’équi- 
noxe de printemps, se déplace dans le ciel, on con- 
çoit que la considération d’un Zodiaque ancien soit 
très précieuse pour un archéologue ; de son exa- 
men, on en peut déduire, en effet, l’époque sous 
laquelle ce Zodiaque a été construit. On s’explique 
ainsil’enthousiasme qu’excitala trouvaille, en 1798, 
des Zodiaques égyptiens de Dendérah ct d’Esneh. 

Ces Zodiaques placent en effet l’équinoxe de 
printemps loin de sa position actuelle et leur décou- 
verte parut tout d’abord confirmer les vucs des 
astronomes Bailly et Dupuis, réclamant pour les 
Égyptiens une antique connaissance des constella- 
tions zodiacales. 


Er τς ---.5.-- At a = mines RE  — - παν... 
om = 


416 ΤᾺ SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


Malheureusement, nous savons aujourd’hui que 
ces représentations ont été faites après coup, à 
l’époque romaine, et ont été copiées sur les Zo- 
diaques grecs. 

Tout nous prouve au contraire que les anciens 
Égyptiens n’ont pas fait usage du Zodiaque ; leurs 
12 mois lunaires de 30 jours étaient bien divisés en 
trois parties de 10 jours chacune, mais ces décaris 
n'étaient pas systématiquement rapportés à l’éclip 
tique. 

L'origine du Zodiaque est sans aucun doute 
chaldéenne. Des tablettes très anciennes en men- 
tionnent plusieurs constellations, maïs la série 
complète n’a pas encore été découverte. Quoi qu'il 
en soit, les documents les plus antiques nous révè- 
lent que 3 000 ans avant l’ère chrétienne, les astro- 
nomes chaldéens avaient noté que le printemps 
commençait au moment où le Soleil occupait le 
Taureau, symbole de Mardouk qui signifie Soleil 
du printemps. Par contre, le Scorpion correspon: 
dait à l’équinoxe d’automne ; puis venait l'hiver, 
avec ses signes aquatiques : le Verseau et les Pois- 
sons, ainsi qu'il convenait pour une saison plu- 
vieuse, 

Une autre tabletto plus récente nous apprend 
qu’au temps d’Assurbanipal (vers 670 avant J.-C.) 
le Zodiaque était sûrement complet ; le document 


A LA LUEUR DES ÉTOILES 417 


cunéiforme est divisé en 12 secteurs égaux, un pour 
chaque mois, dont le commencement, ainsi que 
celui de chaque décade, est fixé par le lever hé- 
laque d’une étoile propre. 


Un sièclo après, la pratique du Zodiaque est cou- 


PARTIS DU ZODIAQUE DE DENÉRAN. 


L'ensemble forme un véritable monument de pierre qu’on peut 
voir dans uno de nos salles du Muséo du Louvre. 
rante. Une tablette datant de la troisième année de 
Cambyse (522 avant J.-C.) porte les noms des 12 
Signes qui furent désormais employés jusqu’à notre 
ère, et ces 12 signes sont divisés en trois partjes 


118. LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


valant chacune 10 degrés. Le premier signe y est 
désigné par la syllabe Xu et comprenait le Bélier 
ou Dil-gan. 

Ainsi, non seulement nous sommes certains que 
l’origine du Zodiaque est chaldéenne, mais nous 
avons l’explication d’un fait assez étrange au pre- 
mierabord : la division du cercle en 360 degrés, 
division calquée sur la valeur approximative du 
déplacement du Soleil parmi les constellations z0- 
diacales. Peut-être est-ce là l’origine du système 
duodécimal associé de bonne heure au système 
décimal qui prévalut dans la suite pour les usages 
pratiques. 


Si de patients archéologues n'étaient parvenus 
à déchiffrer les textes de tablettes chaldéennes 
datant de 5.000 ans, nous en serions encore à nous 
demander d’où vient cette curieuse manière de 
diviser les arcs οὗ les heures en degrés, minutes ct 
secondes sexagésimales. Sans doute, on avait bien 
pensé que ces subdivisions étaient convention- 
nelles, mais une convention réside toujours sur un 
fait initial qui seul peut servir d’explication. 

Et cette constatation prouve encore ceci : c’est 
que des traditions, même scientifiques, peuvent se 
transmettre à travers 50 siècles sans subir d’altéra- 
tion, alors quo le mécanisme des méthodes, au con- 


À LA LUEUR DES ÉTOILES 119 


traire, s’efface très vite de la mémoire des hommes. 

Cette considération est d’une importance capi- 
tale pour l'Histoire et l’on ne saurait trop la mettre 
en relief, ne serait-ce que pour répondre à toute une 
école de contemporains qui méprisent les tradi- 
tions et sont portés à ne voir en elles que les fluc- 
tuations de croyances populaires s’altérant au 
cours des âges. Professer cette dernière opinion 
c’est, à mon avis, méconnaître les lois les plus essen- 
tielles de la psychologie et se mettre en désaccord 
avec toute l’histoire de la science. 

Je n’insiste pas, car les considérations suivantes 
vont être de nature à corroborer singulièrement 
mes affirmations. 

Parmi les constellations modernes qui sont au 
nombre de 80 à 100 suivant les notations, 48 d’entre 
elles figurent sur le plus ancien catalogue connu : 
celui d’'Hipparque dressé l’an 150 avant notre ère. 

Mais Hipparque n’avait fait que fixer les posi- 
tions des étoiles ; les noms avaient été empruntés à 
une nomenclature déjà connue de son temps et qui 
semble s’être transmise de génération en généra- 
tion. À cette époque, la sphère d’Eudoxe était cé- 
lèbre et elle datait déjà de deux siècles ct demi. Nul 
doute d’ailleurs que les Grecs n’aient emprunté la 
plupart de leurs constellations aux peuples orien- 
taux et surtout, peut-être, aux Égyptiens. En tout 


120 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PITARAONS 


cas, ITomère, dans l’Z/iade et l'Odyssée, mentionno 
Sirius la brillante étoile du Grand Chien, Orion, les 
Hyades et les Pléïades ; enfin l’Ourse que garde 
déjà le Bouvier. 

Les Ilébreux qui vécurent si longtemps chez les 
Égyptiens, connaissaient nos constellations. 

En parlant de la puissance de Dieu, Job s’écrie : 


« Il commande au Soleil... 

11 met un sceau sur les étoiles 

Seul, il étend les cieux, 

JT marche sur les hauteurs de la mer. 

ἢ a créé la Grande Ourse, Orion, les Pléiaëcs 
Lt los régions du ciel austral. » 


(Job, IX, 7, 8, 9. 


Plus loin, c’est le Créateur lui-mème qui répond 
à Job (XX XVIII, 4, 31) : 


« Où étais-Lu quand je posais les fondoments de la Terre ? 
Qui en ἃ déterminé les dimensions ? 

sur quoi ses bases reposent-elles, 

Ou qui en ἃ posé la pierre angulaire, 

Quand les astres du matin chantaicent en chœur... . 
Est-ce toi qui serres les liens des Pléiades, 

Ou nourrais-tu relâcher les chaînes d’Orion ? 

Est-ce toi qui fais lever les constellations en leur temps, 
Qui conduis l’Ourse avec ses petits ? 

Connais-tu les lois du Ciel ὃ» 


Dans Amos (Chap. V, 8), le prophète donne de 
aouveaux avertissements à Israël : 


« Cherchez Jéhovah οἱ vous vivrez.…. 
IT ἃ ἴα! les Pléiades et Orion.., » 


A LA LUEUR DES ÉTOILES 4921 


Or, le merveilleux poème de Job a été écrit vers 
le x€ siècle avant notre ère. Toutefois, et c’est la 
preuve que les Hébreux n’ont pas emprunté toute 
leur science aux Égyptiens, les noms des constella- 
tions en Égypte πὸ répondent pas à celles des 
peuples d'Israël. L'identification des constella- 
tions mentionnées dans [a Bible ne peut être faite 
qu'avec celles des Chaldéens et ce sont ces der- 
nières qui ont prévalu plus tard chez les Grecs, 
comme chez nous. 

Les tablettes chaldéennes postérieures au poème 
de Job mentionnent le Taureau et les Hyades 
(Gudanna) ; le Lion, connu sous le nom d’Ur-a 
dont fait partie notre Régulus et qui s’appelait 
déjà Lugal ou Sarru c’est-à-dire le Roi, etc. 

En remontant plus avant, vers le ΧΙ siècle, 
nous retrouvons notre constellation du Capricorne. 

Tout s’explique lorsqu'on sait qu’Abraham, le 
père du peuple d'Israël, était originaire de Ür, en 
Chaldée. Ainsi, nos constellations ont sûrement une 
origine chaldéenne, peut-être babylonienne. Voilà 
ce que nous dit l'Histoire, mais FAstronomie peut 
aller plus loin et nous renseigner sur l’état civil, 
heu et date de naissance des astérismes célestes. 

Nous avons vu que contrairement aux Égyp- 
tiens, les astronomes chaldéens rapportaient les 
positions des étoiles à l’écliptique, trajectoire appa- 


122 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PIIARAONS 


rente du Soleil dans le ciel ; de là était dérivé leur 
Zodiaque. Or, à une époque reculée, on disposait 
déjà de 30 étoiles fondamentales situées dans cette 
zone. Cela résulte des magnifiques travaux du 
P. Epping sur la question et nous reporte vers l’an 
3 090 avant notre ère. 

Bien que plusieurs des étoiles ou des constella- 
tions n’aient pas encore été identifiées sur les ta- 
blettes antiques, il y a tout lieu de croire que ce 
sont aussi leurs noms qui ont servi, comme les 
autres, à construire les globes et les sphères em- 
ployés plus tard par Ics Grecs. Cette hypothèse 
très plausible est en fait l’expression de la réalité. 

Prenons en effet un globe céleste et reportons sur 
la sphère les 48 constellations indiquées par Eu- 
doxe, nous allons faire immédiatement une cons- 
tatation de la plus haute importance. Toute une 
partie de notre globe se trouve dépourvue d’indica- 
tions. Rien d'étonnant puisque ce vide correspond 
précisément au pôle austral visible seulement sous 
certaines latitudes. 

Les astronomes ayant construit des globes de 
cette sorte tenaient donc leurs documents de 
peuples ayant habité une contrée située dans lhc- 
misphère boréal et le calcul indique que la latitude 
des premiers observateurs devait être comprise 
entre le 406 et le 46€ parallèle Nord. C’est là une re- 


A LA LUEUR DES ÉTOILES 123 


marque d’une importance capitale, car elle montre 
que nos constellations ne sauraient provenir de 
l'Inde ou de l'Égypte, pas même de Babylone dont 
la latitude était de 320 4/2. 

Si, d’autre part, on tient compte des déplace- 
ments du pôle, on arrive encore à la date de 3 000 
ans avant l’ère chrétienne. 

Reste à fixer la longitude des observateurs qui 
ont désigné les constellations anciennes. 

La tâche ne paraît guère plus malaisée, car nous 
remarquerons immédiatement l’absence, parmi. les 
noms des astérismes, de l’éléphant, du chameau, 
du tigre, du crocodile. Encore une fois, les constel- 
lations ne nous viennent donc mi de l’Inde ni de 
l'Égypte, et nous sommes amenés à conclure que 
ceux qui les ont inventées habitaient l’Asie Mineurc 
ct l'Arménie. 

Le Zodiaque va nous fournir d’autres indica- 
tions précieuses. Sous Ptolémée, le Bélier était 
l'origine des Signes, mais 1] n’en était pas ainsi 
lorsque les constellations prirent naissance. L’équi- 
noxe de printemps était proche d’Aldébaran, la 
belle étoile du Taureau : le solstice d’été tombait 

dans le Lion, près de Régulus ; léquinoxe d’au- 
tomne voisinait avec Antarès, le beau soleil rouge 
du Scorpion ; et le solstice d'hiver coïncidait avec 
lo Verseau, non loin de Fomalhaut. En raison de 


124 LA CSIENCE MYSTÉRIEUSE DES PIHARAONS 


leur importance relativement à la marche du 90’ 
leil, les quatre étoiles que nous venons de nommer, 
étaient connues sous l'appellation d’Æioiles royales. 
Or, tout ceci correspond encore à une époque com- 
prise entre 3 000 et 4 000 ans avant l’ère chré- 
tienne. Impossible d’assigner à nos constellations 
une plus lointaine, ni une plus proche origine. En 
ces temps reculés, le Dragon occupait le pôle cé- 
Pste et ceci explique son importance dans les an- 
ciennes mythologies. D’autre part, le peuple qui a 
inventé les constellations était déjà avancé en civi- 
lisation : 1] avait domestiqué le mouton, la chèvre, 
le chien, le bœuf, le cheval; 1l devait chasser l’ours, 
le lion, le lièvre etc., à l’aide de l’arc et de la flèche, 
puisque tous ces noms se trouvent symbolisés dans 
son ciel. 

Un tel peuple paraît avoir surtout séjourné vers 
la mer Caspienne, dans la contrée voisine du cours 
supérieur de l’Euphrate et du Tigre. 

La Géologie nous apprend que l’homme vivait 
depuis longtemps sur la Terre avant les civilisa- 
tions chaldéennes ct égyptiennes, mais la Préhis- 
toire est une science trop peu avancée pour que 
nous puissions lui demander des précisions. Les 
premiers âges de l’humanité n’auraient-ils pas été 
séparés des périodes historiques par un grand cata- 
clysme, comme 1] s’en est sûrement produit au 


A LA LUEUR DES ÉTOILÉS 125% 


cours même de l’époque quaternaire ? [)’aucuns 
le pensent, non sahs raison, et invoquent un véri- 
table déluge qui aurait englouti une partie de l’hu- 
manité. Sur toutes ces questions, la science reste ἢ 
peu près muette et les traditions seules peuvent 
être invoquées. 

Quoi qu’il en soit, 1l paraît bien maintenant que 
les plus anciennes notions astronomiques trans- 
mises par l'Histoire, nous viennent de la haute Asie 
Mineure ; de là ces notions, avec l'exode des 
peuples, seraient passées en Assyrie et en Caaldée, 
puis aux Mèdes, aux Perses, aux Hindous, aux 
Égyptiens ct aux Grecs qui nous les ont léguécs. 

Enfin, dernière remarque intéressante, lorsque 
les premiers navigateurs abordèrent l'Amérique, 
qu'ils prirent pour les Indes, ils ne furent pas peu 
surpris de voir des peuples de races fort différentes 
et qui semblaient n'avoir eu aucune relation avec 
les hommes de l’Ancien continent, désigner les 
signes célestes par les mêmes dénominations eb ro- 
trouver sous le ciel d'Amérique, la Mâchoire du 
Bœuf, les Petits de la Pouie (Poussinière οὐ 
Pléiades) etc... Il a donc existé une émigration des 
Asiatiques à une époque relativement peu éloignée 
de l’ère chrétienne (1\. 


(1) Le passage de l'Asie à l'Amérique a dû se faire assez 
facilement par le chapelct des Iles Aléouliennes et par 16 


a 


1426 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DÉS PIIARAONS 


Ainsi, les sciences se prêtent un mutuel appui et 
peut-être 16 jour n'est-il pas éloigné où le préhisto- 
rien découvrant, gravés sur la pierre, des cons- 
tellations et des zodiaques contemporains des 
hommes primitifs, demandera à l’astronome de 
fixer 108 dates exactes de ces représentations : ce 
serait, en tout cas, la meilleure manière de résoudre 
un problème qui menace de s’éterniser. 


Pour montrer toute l’importance des procédés 
astronomiques dans ce genre de solutions, je don- 
neral encore un exemple tiré de la Grande Pyra- 
mide. 

Lorsque Sir John Herschel étudia pour la pre- 
mière fois le monument, non seulement il fut frappé 
par l'orientation du passage d’entrée dans le plan 
du méridien, mais il ne tarda pas à s’apercevoir que 
l’axe de la galerie vise un point placé au-dessous du 
pôle céleste, de manière à se prêter merveilleusc- 
ment à l’observation du passage inféricur au méri- 
dien d’une étoile circumpolaire, située à une dis- 
tance déterminée du pôle. Α une certaine époque 
qu'il considérait en 1838 comme étant la date la 
plus probable de la construction de l’édifice, Hers- 


détroit de Bchring. Des aflaissements de l’écorce terrestre 
sont très vraisemblables en ces régions depuis la fin de la 
période tertiaire. 


Au MOREUXxX 


La Science mystérieuse des Pharaons 


‘y δὰ 


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PLANGAE ῪΥ 


SOMMET DE L'OBÉLISOUE DE Ninnoup (x Siècle av. J.-0) 


Les seènes représentent des ambassadeurs apportant des tributs ἃ 
Salmanasar LE dont parte la Bible. (Spécimen d'écriture ennétforme, 
Musée dit Louvre.) 


G. Doin et Ce, Éditeurs, Paris, 


l'age 126. {Cliché Maunsell.) 


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PLANCHE VI 


11 GRAND SPIHINX 


Tiullé dans un rocher de 20 mètres de hauteur sur 930 de largeur, [ὁ 
Sphinx de Giseh est an des plus anciens spécimens de l'art égyptien. 


Doin et C19, Editeurs, Paris. 


La Science mystérieuse des Pharaons 


(Photo Liener Hola.) 


À LA LUEUR DES ÉYOILES 127 


chel trouva par le calcul qu’une étoile remarquable, 
Alpha du Dragon, était située précisément à la dis- 
tance angulaire indiquée par l’axe du passage d’en- 
trée. 

De plus, dans les années où Alpha du Dragon 
était vu au méridien au-dessous du pôle, à une hau- 
teur angulaire de 26016”, précisément égale à l’angle 
que sous-tend l’axe du passage, une autre constel- 
lation brillante, celle des Pléïades, passait en mêmo 
temps au méridien, mais au-dessus du pôle céleste 
et ce méridien — ce qui n’avait eu lieu ou n’aura 
lieu pour aucune des dix mille années antérieures 
et postérieures — coïncidait alors avec le cercle 
horaire passant par le point équinoxial, origine à 
la fois du jour sidéral, du commencement de l’an- 
née astronomique et enfin de tout calcul d’ascen- 
sion droite sur la sphère céleste. 

Ainsi, par le seul choix de cet angle de 260 16, 
voici que trois grands phénomènes astronomiques 
dans le temps et dans l’espace — le passage d’Al- 
pha du Dragon au méridien, sous ce même anglo 
au-dessous du pôle, celui de la célèbre constella- 
tion des Pléiades au-dessus οὐ au même moment 
et dans le méridien équinoxial — deviennent si- 
multanés : pouvait-on, pensait Sir John Herschel, 
imaginer une combinaison plus propre à fixer à ja- 
mais une date mémorable en rapport intime avec 
9 


———_——_————_—— "© 0. 


128 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PLHARAONS 


la Grande Pyramide ? Et puisque ce triple phéno- 
mène s’est produit l'an 2170 avant l’ère chré- 
tienne ne devons-nous pas en conclure que cette 
année cst l’année de fondation de la Grande Pyra- 
mide ? 

Cette coïncidence mystérieuse fournit en outre 
une méthode chronologique incomparable de sim- 
plicité ct de grandeur, s'étendant au passé comme 
à l'avenir et dont l’élément principal est fourni par 
l'accroissement annuel de la distance du groupe des 
Pléïades au point équinoxtal, accroissement égal, 
en ascension droibe, à 3, 5 secondes. En réalité, les 
Pléiades soumises à la 101 de la précession des équi- 
noxes, qui leur fait décrire leur mouvement cy- 
clique en des milliers d'années, deviennent comme 
horloge de la Grande Pyramide ct cette horloge a 
commencé son cours, c’est-à-dire que ses aiguilles 
marquaient 0 ἢ. 0 m. Ὁ s. lorsque Alpha du Dragon 
passait pour la première fois au méridien, à la dis- 
tance du pôle marqué par le passage d’entrée de Ia 
Pyramide ou, comme le voulait déjà Sir John 
Herschel, lorsque le monument fut bâti. 

Voici donc comment les constructeurs ont signé 
leur œuvre : n’avais-jJe pas raison d'affirmer que la 
Pyramide cst un édifice métrique et scientifique 
de premier ordre ? 


& LA LUEUR DES ÉTOILES 129 


Oui, mäis Herschel, Piazzi-Smith οὐ quelques 
autres avaient compté sans les archéologues. Ceux- 
ci s’emparèrent de l'Égypte, des textes qu’elle con- 
tenait, ct, de discussions en interprétations, déci- 
dèrent que la Grande Pyramide, bâtie par Khéops 
ou sous son règne, datait de 4 000 ans au moins 


. avant l’ère chrétienne. 


Tout le monde s’inclina devant des hommes assez 
instruits pour en imposer au public et nous faire 
admettre qu’on pouvait scientifiquement, détermi- 
ner l’âge d’un monument égyptien à quelques 
siècles près, ce monumené ne portât-il aucune ins- 
cription Î 

Au surplus, les astronomes se désintéressèrent de 
Ja question ct le jugement paraissait rendu sans 
appel. 

Or, et c’est là le piquant de l’histoire, on vient 
tout récemment de s’apercevoir qu’il fallait en ra- 
battre sur l'antiquité des plus vieilles dynasties 
contemporaines des Pyramides. 

Ecoutez plutôt le Dr Contenau, l’un des maîtres 
incontestés en matière d’Assyriologie : « Si les dé- 
couvertes épigraphiques et monumentales des cin- 
quante dernières annécs ont fait justice de l’anti- 
quité fabuleuse que les anciens attribuaient aux 
monarchies d’Assur ct de Babylone nous restons 
cependant en présence, en Mésopotamie, de monu- 


130 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PIIARAONS 


ments qu’on peut dater de 3 000 ans avant notre 
ère. L'Égypte a vu, elle aussi, réduire sa chrono- 
logie ; on situe Ménès, premier roi des dynasties 
historiques, vers 3 200 ou 3 400 » (1). Or, Khéops 
appartient à la IVe Dynastie et on admettait qu’il 
s'était écoulé environ une douzaine de siècles entre 
Ménès et Khéops. 

Ménès étant rajeuni, Khéops doit l’être dans la 
même proportion, et c’est aussi l’avis de M. Arthur 
Weigall, d'accord avec la majorité des égypto- 
ogues actuels. Nous avons vu en effet que cc der- 
nier auteur a singulièrement raccourci le laps de 
temps qui s’est écoulé depuis Ménès et que, d’apr:s 
lui, la Grande Pyramide daterait d'environ 2780 ans 
avant J.-C. Cette date est en désaccord avec les 
déductions de Piazzi-Smith, mais l’astronome an- 
glais n’est pas infaillible et ce qu’il faut retenir de 
ses conclusions, c’est seulement l’ordre de grandeur 
du temps éctulé depuis la construction du monu- 
ment édifié pa les soins de Khéops. 

Les constructeurs de la Grande Pyramide avaient 
118 connaissance des traditions conservées en Chal- 
dée ? C’est d'autant plus probable que les constel- 
lations étant les mêmes en Égypte qu’en Mésopo- 
tamie, il fallait bien qu'aux temps les plus reculés, 


(1) Dr CoNTENAU, op. j. cil. Avant-propos (éd. de 1922). 


À LA LUEUR DES ÉTOILES 191 


il y ait eu communication entre ces dernières con- 
trées ct les peuples qui vivaient dans le Delta du 
Nil. 

Quelles étaient au juste ces traditions ; quelles 
traces ont-elles laissées dans tout l'Orient ἢ C’est 
ce que nous allons chercher au chapitre suivant, 


CHAPITRE ΙΧ 


TRADITIONS PHILOSOPHIQUES 
ET HISTORIQUES 


Pour qu’une tradition ne soit pas altérée, 1] faut 
qu’elle soit accessible seulement à une élite ct 
qu’elle ne soit pas répandue au sein des masses 
populaires. La division de la circonférence en 
360 degrés en est un exemple déjà cité. Il y a 
cependant des exceptions : la tradition peut rester 
intacte si 6110 est confiée à des initiés qui la conscr- 
veront comme un dépôt sacré, ou même à des chefs 
ayant pour mission de la transmettre. 

L'Histoire est là pour mettre en évidence ces 
assertions. On ἃ coutume en effet d'appliquer à 
tous les cultes, à toutes les religions, les lois d’évo- 
lution qui régissent les peuples, leurs langues, leurs 
institutions, etc. C’est là une méthode absolu- 
ment fausse, à mon avis, et qui n’est valable que 
dans certaines conditions. 


TRADITIONS PHILOSOPHIQUES ET HISTORIQUES 133 


Le Brahmanisme, comme le protestantisme, par 
exemple, sont en perpétuelle évolution. Pourquoi ? 
Parce que personne n’a la charge de garder l’en- 
semble de leurs dogmes ou la mission exclusive 
de Iles interpréter. J'entends qu’on objecte au 
catholicisme les mêmes raisons, mais ceux qui 
soutiennent cette thèse ignorent tout de notre 
théologie. 

Tout d’abord, depuis Moïse, la religion judaïque 
n’a pas varié ; elle était consignée dans l’Ancien 
Testament, règle de foi et de conduite pour les 
Israélites. La religion chrétienne n’a fait que se 
greffer sur la première et, depuis la venue du 
Christ, quoiqu’on dise, nos dogmes sont restés tels 
quels ; pour eux 1] n’y ἃ pas eu et 1] n’y aura jamais 
évolution. Quelques points de doctrine plus ou 
moins enveloppés peuvent à certaines époques être 
précisés par le successeur de Pierre, qui seul a ce 
pouvoir, mais cela n’ajoute ni ne retranche rien au 
dépôt primitif. 

Prétendre le contraire, comme sont tentés de 
l’enseigner certains philosophes ou historiens, c’est 
vouloir se mettre en contradiction avec toute la tra- 
dition apostolique, donc renier la base même do 
notre foi. Écoutez plutôt saint Paul s'adressant 
aux Galates : « Je m'étonne que vous vous laissiez 
détourner 81 vite de celui qui vous a appelés en la 


134 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


grâce du Christ pour passer à un autre Évangile (1): 
non certes qu’il y ait un autre Évangile ; seulement 
1] en est qui vous troublent et qui veulent pervertir 
l'Évangile du Christ. Mais quand nous-mêmes, 
quand un ange venu du ciel vous annoncerait un 
autre Évangile que nous avons annoncé, qu’il soit 
anathème (2). » Et dans une Épître à Timothée, le 
même apôtre ajoute, après lui avoir rappelé les 
principaux devoirs attachés à la charge pastorale : 
« Ὁ Timothée, garde le dépôt, en évitant les dis: 
cours vains ct profanes, et tout ce qu’oppose une 
science qui n’en mérite pas le nom ; quelques-uns, 
pour en avoir fait profession, ont erré dans la 
foi (3). » 

Encore une citation extraits de la fin de l'Évan- 
gile de saint Matthieu. Le Christ s'approche de ses 
disciples et leur dit : « Toute puissance m’a été 
donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc, 
enseignez toutes les nations, les baptisant au nom 
du Père, du Mils et du Saint-Esprit, leur appre- 
nant à garder tout ce que je vous ai commandé ; et 
voici que je suis avec vous jusqu'à la fin du 
monde (4). » 

Tous ces détails sont absolument nécessaires 

(1) Alluwz on à la doctrine des Judaïsants. 

(2) Ip. aux Galales, I, 6-8, 


(3) το ip. à l'imothée, VI, 20-21. 
(4) Ἐν. saint Malthiou, XX VIII, 18-20. 


TRADITIONS PHILOSOPHIQUES ET HISTORIQUES {30 


pour comprendre dans quels dédales de contra- 
dictions se perdent des historiens ignorants de la 
doctrine catholique, lorsqu'ils viennent nous affir- 
mer que nos dogmes ne sont que le développement 
naturel de croyances communes à d’autres reli- 
gions ; que nous avons emprunté ces dogmes soit 
aux Égyptiens ou aux Babyloniens, soit même aux 
écoles philosophiques 51 célèbres en Grèce. 

Que nous trouvions dans les anciennes religions 
orientales, quelques bribes éparses des vérités reli- 
gieuses admises par les Hébreux et plus tard par 
les chrétiens, cela ne prouve aucunement une déri- 
vation des unes par rapport aux autres, encore 
moins une évolution. Que diriez-vous d’un géolo- 
gue qui viendrait nous affirmer sérieusement que 
nos mammifères dérivent des insectes sous prétexte 
que les uns et les autres respirent, possèdent une 
tête et des pattes ὃ Un tel raisonnement ne se tient 
pas. 

Il reste une autre solution : si, comme nous le 
croyons, la souche humaine est unique — ce qui 
paraît de plus en plus confirmé par notre science 
actuelle — certains enscignements religieux, aussi 
bien que les faits historiques se rapportant à notre 
lointain passé, ont pu 86 transmettre de génération 
en génération ; beaucoup, avec l’exode des peuples, 
se sont perdus en route, évidemment, se sont 


136 LA SC'ENCE MYSTÉRICUSE DES PIIARAONS 


déformés au cours des siècles ; telles ces langues 
sœurs dont les radicaux seuls restent les sûrs 
garants d’une même origine. Des notions com- 
munes à plusieurs religions ne peuvent donc être 
invoquées comme marque de dérivation les unes 
par rapport aux autres, mais seulement comme des 
indices d’une même origine dans les temps les plus 
reculés. 

Méconnaître ces principes, c’est s’exposer aux 
pires erreurs et aux conclusions les plus hasardées ; 
fes appliquer, c’est entrevoir la solution de pro- 
blèmes qui intéressent au plus haut point toute 
l’histoire de nos acquisitions dans les domaines les 
plus divers. 

Jusqu'ici, rien ne nous autorisait à penser qu’à 
l’époque do la construction des Pyramides, par 
exemple, certains esprits avaient pu conserver 
intactes des vérités scientifiques peut-être révé- 
lées au premier homme et transmises par tradi- 
tion ; maïs des constatations troublantes viennent 
jeter le doute en nos âmes et placer sous nos yeux 
d’une façon plus impérieuse le fameux dilemme de 
Piazzi-Smith. Le Sphinx garde jalousement ses 
secrets, mais Œdipe vit en chacun de nous : un jour 
ou l’autre, nous aurons le mot de l'Énigme. 

Késoudre le problème, dès maintenant et d’une 
façon directe, 1l n’y faut pas songer ; mais il n’est 


TRADITIONS PHILOSOPHIQUES ET HISTORIQUES 137 


pas défendu d’en inspecter les abords et d’encer- 
cler la citadelle par des travaux d'approche. 

Nos efforts n’auront pas été vains si nous par- 
venons à faire saisir, au moyen de quelques 
exemples, par quel mécanisme se transmettent les 
traditions, parfois intactes, mais le plus souvent 
déformées. 

Les documents les plus anciens se référent 
presque tous à la religion, qui jouait dans les socié- 
tés antiques un rôle prépondérant. D'autre part, 1] 
est remarquable de constater chez les anciens peu- 
ples un sentiment unanime touchant 105 origines 
de leur culte : tous ont été convaincus que leur 
religion est d'autant plus parfaite qu’on remonte 
plus haut dans le passé. Il y a bien évolution, mais 
c’est une évolution à rebours, exactement l’opposé 
de ce que prétendent certains archéologues, plus 
soucieux de nous imposer leurs théories que de 
chercher la vérité dans les faits. Et cependant, 
cette évolution régressive, au fond, est bien natu- 
relle ; même à notre époque, si les pasteurs du 
troupeau ne réagissaient pas, les masses popu- 
laires, nous le voyons chaque jour, iraient vite 
aux superstitions. Cette constatation nous expli- 
que l’idolätrie dans laquelle sont tombés la plu- 
part des peuples orientaux, je devrais dire tous 
les peuples, y compris les Hébreux qu’une main 


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133 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DÉS PHARAONS 


ferme ne suffisait pas toujours à maintenir dans le 
culte du vrai Dieu et qui ont tour à tour adoré les 
faux dicux des nations avec lesquelles ils étaient 
en contact. 

Le polythéisme n’est donc pas du tout la forme 
initiale des religions, tant s’en faut. Sans doute, les 
Égyptiens, comme les Chaldéens, ont adoré toutes 
sortes d'animaux, mais les textes les plus anciens 
démontrent qu’au début, 1] n’en était pas ainsi. 

Certaines inscriptions des Pyramides de la 
1116 et de la IVC Dynastie, mentionnent souvent 
« Dieu, le Dicu un, le Dicu unique ». Le Livre des 
morts, qui remonte à une haute antiquité et qui fit 
autorité pendant plusieurs millénaires, était un 
recueil de prières, sorte de Rituel funéraire divisé 
en 165 chapitres ; la morale en est très élevée et 
la théodicéce beaucoup plus pure qu’aux âges plus 
récents. Voici, par exemple, le genre d’invocations 
qu’une âme doil faire à son Juge céleste, aussitôt 
après sa moré : 

« Hommage à toi, Dieu grand, Seigneur de 
Vérilé et de Justice ! Je suis venu vers toi, ὃ mon 
Maître, je me présente à toi pour contempler tes 
perfections. » 

Malheureusement le culte des ancêtres fit peu à 
peu dégénérer ces conceptions monothéistes et les 
Pharaons eux-mêmes devinrent autant de dieux 


TRADITIONS PHILOSOPHIQUES ET IISTORIQUES 139 


dérivés d’une sorte de démiurge « fabricateur des 
dieux et des hommes » ; c’est du moins ce que nous 
apprend l’Ilymne à Khnoum. Le Papyrus Prisse, 
le plus ancien livre du monde, contient le même 
enseignement et nous parle des rois-ancêtres divi- 
nisés sous le nom de Voutérou. Le premier d’entre 
eux, comme l'indique un texte plus récent de la 
Pyramide de Pépi I®*, fut Aioum (l'ancêtre), où 1] 
n’est pas très difficile de reconnaître notre Adam 
de l'Écriture. 

Mais déjà la vérité primitive est altérée, Île 
mythe s’est substitué au fait : l'Atoum des Égyp- 
tiens est devenu le père des dieux et des hommes ; 
sous la VIC Dynastie, « Atoum,nous apprennent les 
inscriptions, existait quand il n'y avait pas de 
mort ». 

Ce texte est à rapprocher de notre enseignement 
de la Bible, nous présentant la mort comme un 
châtiment de la faute adamite. 

Je sortirais du cadre de mon sujet en expliquant 
comment peu à peu les Égyptiens en vinrent à 
adorer des animaux et par quel mécanisme assez 
simple et quelque peu enfantin, ils imaginèrent la 
métempsycose, que des esprits naïfs tiennent en- 
core, de nos jours, pour une idée profonde et 
admirable. 

Si nous passons en Chaldée ou en Assyrie, con- 


140 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PLHARAONS 


trées beaucoup plus avancées en civilisation que 
l'Égypte à l’époque des Pyramides, nous consta- 
tons aussi une tradition notablement altérée : Dieu 
est à la fois un et multiple ; de là, différents noms 
qui représenteront plus tard, aux yeux du peuple, 
des divinités diverses ; mais ce qui montre bien que 
nous sommes en présence d’une déformation de 
l’unité divine, c’est que chaque Dicu porte tou- 
jours l’attribut δἰ, désignation de Dieu dans toutes 
les langues sémitiques, et voilà qui explique, soit 
dit en passant, le nom d’Élohim donné à Dieu par 
les Hébreux. Æl, en assyrien, devient souvent 71, 
Ilui, Ilani, Ilou, associé à d’autres noms : l’Zlu 
Samas est le Soleil et l’Zlu Sin, la Lune ; mais Zlu 
seul est « le père des dieux ». 

On a dit aussi que la religion primitive était sur- 
tout astrale ; rien n’autorise pareille assertion d’ar- 
chéologues en chambre ; le symbole dieu sur les 
hiéroglyphes n’est pas une étoile, mais un buste 
d'homme, la main étendue tenant tantôt un cercle, 
tantôt un arc ou une fleur ; puis le buste disparut 
et il ne resta qu’un cercle orné des plumes de la 
tête royale. 


Mais revenons à notre sujet. Ainsi, plus nous 
remontons dans le passé, plus nous sentons, 
comme le remarquait un éminent assyriologuec, la 


TRADITIONS PHILOSOPHIQUES ET HISTORIQUES 141 


notion fondamentale de l’unité divine, dernier 
veslige de la révélation primitive, mais défigurée 
par les superstitions populaires οὗ par les mons- 
trueuses rêveries du paganisme. 

De tous les peuples antiques, seuls les Hébreux 
ont suconserver le culte du vrai Dieu, et celamalgré 
des infidélités passagères que leur ont reprochées 
vertement les Prophètes. On connaît Phistoire du 
Veau d’or que le peuple fit façonner et auquel il 
rendit des adorations en l’absence de Moïse. Ne 
voilà-t-il pas la preuve, déclarent certains auteurs, 
que le peuple d’Israël n’en vint que peu à peu au 
monothéisme ? Et l’un d’eux ajoute : « Yahvé dut 
être un taureau à l’origine. » 

Π faut n’avoir jamais lu la Bible pour énoncer de 
pareilles élucubrations : le récit biblique est formel 
et nous y voyons la condamnation par Moïse d’un 
tel acte d’idolôtrie. 

La vérité est que d’Abraham à la venue du Mes- 
sie, Jéhovah fut le Dieu unique qu’on devait ado- 
rer : « Jéhovah est Dieu et 1] n’y en a pas d’autre 
que lui », lisons-nous déjà dans le Deutéronome écrit 
14 siècles avant notre ère. C’est d’ailleurs pour 
arracher le père des Israélites au milieu idolâtre de 
la Chaldée que Dieu, nous dit l’Écriture, conduisit 
Abraham dans la terre de Chanaan. Écoutez en 
effet le récit d’Achior, chef des Ammonites : « Ce 


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142 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


peuple (hébreu), dit-il à Holopherne, est de la race 
des Chaldéens ; il vint d’abord habiter en Méso- 
potamie parce qu’il ne voulait pas suivre les dieux 


de ses pères qui étaient dans le pays des Chaldéens. 


Ayant donc abandonné les rites de ses ancêtres 
(immédiats) qui rendaient honneur à plusieurs 
dieux, il adora le seul Dieu du ciel. » (Jud., V, 6-9). 

Au reste, l’origine du nom de Yahveh (ou Yahvé) 
ne fait aucun doute et n’a rien à voir avec une 
idole. Lorsque l'Éternel demande à Moïse d’an- 
noncer à son peuple qu’il le tirera de son esclavage 
vis-à-vis des Pharaons, Moïse prévoit l’accueil 
réservé à ses ouvertures ; « Le Dieu de nos pères, 
Jui objectera-t-on, quel est donc son nom ? » Et 
c’est alors que Dicu dit à Moïse : 

« Je suis Celui qui suis. C’est ainsi, que tu 
répondras aux enfants d'Israël. 11 est, le Dieu de 
vos pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu d’Isaac et 
le Dieu de Jacob, m'envoie vers vous. C’est là mon 
nom pour toujours. » (χοάς, ITI, 14, 15). 

Ainsi Yahvé dont on a fait Jéhovah, prononcia- 
tion toute de convention, ne diffère pas de Je suis : 
Jorsque Dieu parle de lui-même, 1] se nomme Je 
suis, et lorsque l’homme parle de Dieu, 1] le nomme 
IL est. 

Auparavant, Dieu s’était manifesté à son peuple 
comme Schaddaiï, c’est-à-dire en tant que Tout- 


TRADITIONS PHILOSOPIHIQUES LT HISTORIQUES 143 


Puissant (Ex., ΝΊ, 3) ; désormais, il se révélera à 
fui sous son vrai nom : Je suis Celuz qui suis, c’est- 
à-dire l'Ætre simplement, sans aucune limitation 
ni restriction ; l’Etre dans toute sa plénitude, le 
Nécessaire, l’Infini, l’Absolu. Pouvait-on deman- 
der de Dieu une définition plus philosophique, plus 
vraie, plus sublime? Dans aucune religion ancienne, 
nous ne saurions trouver une doctrine aussi pure 
et aussi élevée. Eh bien ! là encore 1] est évident 
que Moïse n’a rien inventé. Élevé à la cour des 
Pharaons, le grand prêtre d’Israël était sans doute 
au courant de toute la science égyptienne, mais 
déjà les traditions philosophiques et religieuses 
primitives s’y étaient altérées. ἃ l’époque de 
Moïse, l’idolâtrie régnait en maîtresse absolue 
dans la vallée du Nil ; on y adorait des animaux, 
on rendait un culte aux astres ; {a religion n’était 
qu’un amas de superstitions grossières et ce n’était 
certes pas le contact avec les Égyptiens qui pou- 
vait élever l’âme des Hébreux, n1 faire pénétrer en 
leur esprit la juste notion des éternelles vérités. 


Nous venons de voir comment l’idée d’un Dieu 
unique s’est peu à peu cffacée chez les peuples 1do- 
lâtres, alors qu’elle s’est conservée chez les Ié- 
breux au cours de toute leur histoire ; c’est là un 
exemple d’une tradition philosophique et reli- 


10 


144 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PIHARAONS 


gieuse. Nous allons maintenant passer à l’examen 
de faits historiques décelant, eux aussi, de longues 
traditions remontant aux origines. 

Tout le monde connaît l’histoire du péché ori- 
ginel; racontée aux premiers chapitres de la Ge- 
nèse : l’arbre de vie, la tentation, la chute. Or, 
tout cela se retrouve à l’état de déformation chez 
les anciens peuples. 

Faut-il rappeler les descriptions classiques de 
l’âge d’or, aux époques de la Grèce ou de la Rome 
antique ; « les douceurs de la paix que goûtaient 
les nations tranquilles et sans armées, au temps où, 
mi le hoyau, ni le soc n’avaient déchiré un sol 
exempt de tribut et qui donnait tout de lui- 
même » (1); les fleuves de lait et de nectar qui 
arrosaient la terre ? — Légendes, direz-vous ; mais, 
remarquons-le, cette appréciation ne tient pas 
lieu d'explication. Pourquoi retrouvons-nous 168 
mêmes traditions chez tous les peuples antiques ? 

Dans l’Inde, c’est Brahma qui forme l’homme de 
la terre et le place dans le pays de tout bien, où 
poussait un arbre dont le fruit communiquait l’im- 
mortalité. Les dieux mineurs découvrirent cet ar- 
bre, οὐ mangèrent de ses fruits pour ne pas mourir. 
Le Serpent, gardien jaloux de l’arbre de vie, répan- 


(1) Ovipe, Mélam., 1, 3. 


TRADITIONS PHILOSOPIHIQUES LT HISTORIQUES 145 


dit alors son venin sur toute la terre, la pervertit 


ει eb toute âme vivante eût péri si le Dieu Siva, 


ayant pris forme humaine, n’eût absorbé ce venin 


‘tout entier. 


La « femme au serpent » se retrouve dans les 


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A = ee (δὰ 2 
τον. A2 
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L’Arbre de vice d’après des monuments Chaldéens. 


monuments mexicains les plus antiques ; l’Égypbe 
est à peu près muctte sur le fait historique, mais 
rappelons-nous que le Serpen£ y ἃ toujours joué un 
rôle important ; le Drawon céleske placé parmi les 
constellations n’a saus doute pas d'autre origine ; 
en tout cas, l'arbre de vie csb représenté sur un 
grand nombre de stèles funéraires. 


146 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


Mais c’est sur les monuments assyriens ou baby- 
Joniens que l'arbre sacré est le plus souvent dessiné 
ou sculpté. De nombreux cylindres nous montrent 
un arbre aux rameaux étendus horizontalement ef 
d’où pendent de gros fruits devant lesquels sont 


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L’ARBRIE SACRÉ D'APRÈS DES DOCUMENTS CIALDISENS. 


(Gravure extraite de Bible et les découvertes modefnes 
de F. VIGOUROUX). 


assis face à face deux personnages, un homme et 
une femme ; derrière celle-ci se dresse un ser- 
pent (1). 

L'arbre, qui ἃ pris peu à peu des formes hiéra- 


(1) Cf. Τὸ Viaounoux, La Bible ef les découvertes modernes, 
Quelques gravures insérées dans ce volume ont été repro- 
duites d’après lPouvrage remarquable do M. l'Abbé Vigouroux 
que nous recommandons à nos lecteurs. Nous profitons de 
colte occasion pour remercier MM. Berche ct Tralin, les édi- 
teurs, de leur gracieuse autorisation concernant la reproduc- 
tion de ces illustrations. 


TRADITIONS PIIILOSOPHIQUES ET HISTORIQUES 147 


tiques et qui est associé à une haute idée religieuse, 
paraît être l’Asclepias acida, la même plante que le 
Soma sacré des anciens Aryas. 

Tradition analogue chez les Perses, les Iraniens, 
les Sabiens, etc. La communauté d’origine ne peut 
Ôtre niée ; nous sommes en présence d’une tradi- 
tion générale, plus ou moins déformée suivant les 
peuples, les régions, les climats, et nous revenons 
à la même conclusion mystérieuse : à la base de ces 
traditions, :l y ἃ un fait indéniable. 


Toutefois, la tradition universelle par excellence 
cst celle du Déluge ; nous la retrouvons partout : 
chez les Grecs, chez les Romains, dans les Indes, 
où Noé devient Manou ; en Chine où Na-Oua 
redresse le ciel οὐ Yao fait écouler l’imondation ; le 
héros du déluge mexicain est un certain Cox-Cox ; 
aux Îles Fidji, un seul homme put échapper à la 
destruction. En Égypte, le déluge revêt une autro 
forme, car l’inondation y était rogardée co me un 
bienfait ; mais si la cause ἃ varié, l'effet reste le 
même. 

C’est l’histoire chaldéenne du déluge qui se rap- 
proche le plus de celle de la Genèse. Pendant long- 
temps, nous n’avons eu qu’une seule version chal- 
déenne du récit du déluge ; elle était due à Bérose, 
Phistorien chaldéen bien connu et qui vivait au 


118 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


ive siècle avant J.-C. Bérose nous apprend qu’il a 
copié son texte sur des documents existant encore 
à son époque dans les bibliothèques de son pays ; 
les tablettes indiquent, d’après lui, que le fléau se 
produisit sous Xisuthrus, le dixième roi antédilu- 
vien. Ce dernier, sur l’ordre de Cronos, construit 
un navire, et s’y enferme avec sa famille et ses 
amis les plus chers, etc... A la fin du déluge, 1] 
liche des oiscaux à plusieurs reprises, comme Noé. 
Puis, le navire s’étant arrêté sur une montagne 
d'Arménie, 1l offre un sacrifice aux dieux. 

À part le motif du déluge qui n’est pas indiqué, 
tout le reste concorde assez bien avec le récit de la 
Genèse ; mais comme Bérose avait écrit plus de 
mille ans après Moïse, on pouvait mettre en doute 
la provenance de sa documentation et croire légi- 
timement qu'il avait puisé dans la Bible. Les 
découvertes assyriologiques ont prouvé depuis 
qu'il n’en était rien. 

En 1850, en effet, on découvrait dans les fouilles 
de Ninive, une de ces bibliothèques ayant ren- 
fermé les originaux dont le récit de Bérose n’était 
que la copie. Ges tablettes cunéiformes qu’on peut 
voir maintenant au British Museum, ne datent en 
réalité que du temps d’Assurbanipal, le Sardana- 
pale de Bérose ct des Grecs (vire siècle av. J.-C.), 
mais elles sont elles-mêmes la reproduction de 


TRADITIONS PIIILOSOPHIQUES ET HISTORIQUES 149 


documents qui remontcraient à une époque anté- 
rieure à celle de Moïse. Bérose n'avait donc pas 
reproduit ce dernier. 

Grâce aux travaux de M. Gcorges Smith, nous 
avons aujourd’hui le texte à peu près complet du 
récit du déluge, qui occupe 12 tablettes plus ou 


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Hasisadra racontant l’Histoire du Déluge d’après un cylindre 
babylonien. 


moins mutbilées, mais qu’on est parvenu peu à peu 
à reconstituer. C’est l’une d’elles que nous repro- 
duisons d’après M. Smith. Il y a là tout un poème 
assyrien dont le principal héros, Zzdubar, n’est 
autre probablement que Ice fameux Nemrod. 
Izdubar, désirant éviter la mort, part à la 
recherche d’un picux personnage nommé JJasisa- 
ἄνα, sauvé du déluge et qui avait obtenu l’immor- 
talité ; 1l désire apprendre de lui la manière de 
devenir immortel. Hasisadra — dont le nom n’est 


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dès le malin, 


A Papparition de l’aurore, 


152 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES ΡΗΛΠΛΟΝΒ 


1 s’éleva de Ia base dos cieux, un nuage noir (1). 

Le premier jour, la tempête. Bin tonna et Nobo et Saru 
marchèrent devant. 

Le puissant Ncrgal, l'ouragan il traîna après lui ; 

Ninip vint devant, il renversa (tout). 

Les Annunaki (Génies) amenèront la destruction ; 

Dans leur inarche, ils balayèrent la terre et 

Gomme un combat contre le peuple, ils cherchèrent. 

Le frère ne vit plus son frère ; 

Personne ne se reconnaissait. Dans le ciel, 

Les dieux craignirent le déluge et 

115. cherchèrent un abri, ils montèrent jusqu'aux cieux 
d’Anu. 

Alors les dieux de so tapir comme des chiens, blottis dans 
leurs niches. 

Istar criait comme une enfant... 

« Le monde est redevenu de la boue. 

Les dieux 56 nichaient comme des chiens et étaient assis 
en pleurs ; 

Closes étaicnt leurs lèvres, dans les réunions. 

Six jours οὐ nuils, 

Le vent soufllu, le déluge et les flots saubmergèrent la terro ; 

Le septième jour, dès qu’il apparut, la tempête cessa, le 

flot déchaîné, 

Qui s'était comporté comme un cyclone, 

S’apaisa ; la mer baïissa et le vent destructeur œusi que lo 
déluge cessèrent. 

Je remarquai que la mer faisait son bruit accoutumé 

Et que toute l'humanité était devenue pourriture. 

Comme des roseaux, les cadavres flottaient. 

J’ouvris la fenêtre et la lumière brilla sur ma face. 

Je fus saisi de tristesso, je m’assis et je pleurai ; 

Sur rna face coulèrent mes larmes. 

Jo regardai le pays, les bords de la mer, 


(1) Cf. T. G. Pivcnes, The Old Test. in tho light of the 
histor. rec, of Assyr. and Babyl., pp. 102-107. 


CRADITIONS PITILOSOPHIQUES ET HISTORIQUES 153 


La rérion élevée au-dessus de douze mesures. 
Le vaisseau s'était arrêté au pays de Nisir ; 
La montagne de Nisir avait arrêté le vaisseau et 11 ne 
pourrait passer au-dessus. 
Le premier et le second jour, les montagnes de Nisir 
Arrétaiont le vaisseau et il ne pourrait passer au-dessus. 
Le troisième οὗ le quatrième, la montagne de Nisir, la 
même ; 

Lo cinquième, le sixième, la montagne de Nisir, la même ; 
Le septième jour, quand vint celui-ci, 

Je lâchai uno colombe et elle partit ; 

La colombe alla et tourna, 

Mais il n’y avait aucune place de repos ct 0116 revint 

Je lâchai une hirondelle, et elle partit ; 

L’hirondelle alla et tourna, 

Mais il n’y avait aucune place de repos ct elle revint. 

Je {âchai un corbeau et il partit, 

Le corbeau alla, la course précipitée des eaux, il vit ; 

ΠῚ mangea, il nagea, il croassa et ne revint pas. 

J’envoyai aussi vers les quatre vents, je versai une libation 
J’offris un sacrifice sur le pic de la montagne, 
Les dieux flairèrent l’odeur ; 

Les dieux flairèrent une agréable odeur ; 
Les dieux vinrent en foule, comme des mouches, au-dessus 

du sacrificateur. 
Alors la déesse Sirtu, quand elle vint, 
Montra les grandes amulettes qu Anu avait fes à sa 
demande : 
« Par Îes pierres précicuses de mon collier, que ces dieu: 
ne m’oublient pas ! 

Puisse les dicux venir à mon sacrifice, 
Mais que le dieu Bel n’y vienne point, 
Car il n’a pas pris conseil, et 1] a fait un déluge, 

Et il ἃ livré mon peuple à la destruction. 

Alors Bel, quand il fut venu, 

Aperçut le vaisseau. It Bel se tint encore 

Plein de colère contre les dieux οὐ les esprits des cieux, 


154 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PIIARAONS 


« Quoi, un homme a pu s'échapper ? 

Qu’aucun homme ne soit sauvé de la destruction. ÿ 
Ninip ouvrit la bouche et parla : 

« Qui, si ce n’est Ae a fait connaître ce dessein ? » 
ΔΘ ouvrit la bouche et parla ; 

JT dit au guerrier Bel : 

« 1], le plus sage des dieux, guerrier, 


Vraiment, tu n’as pas pris conseil et tu as fait un déiuge. 


Le pécheur a commis son péché ; 

Celui qui fait le mal a commis son méfait. 

Le pécheur ἃ commis son péché ; 

Sois clément — qu’il ne soit pas retranché des humains — 
laisse-toi fléchir et qu’il ne périsse pas. 

Pourquoi as-tu fait un déluge ? 

Que le lion vienne plutôt, et que les hommes soient 
réduits. 

Que la famine vienne οὗ que le pays demeure ; 

Qu’Ura (la peste) arrive et que le pays domeure. 

Ce n’est pas moi qui ai révélé le jugement des grands 
dieux. 

Hasisadra a interprété un songe et le jugement des dieux, 
il ἃ compris » 

Voici que sa colère fut apaisée et monta Bel dans le vais- 
seau ; 

Ἡ prit ma main et me fit lever ; 

IT fit lever et conduisit ma femme à mon côté. 

Il se tourna vers nous et s’approcha debout : 

« Jusqu'à présent Ilasisadra a été üun homime mortel, et 

Voici que Ilasisadra et sa femme, pour vivre comme sont 
les dieux enlevés, 

1. habitera Hasisadra, dans un licu écarté à l’embou- 
chure des rivières. » 


Malgré quelques divergences inévitables, et pro- 
bablement malgré, dirons-nous, des fautes de tra- 
duction dans le récit assyrien, les deux textes, 
celui de la tablette cunéiforme et celui de la 


TRADITIONS PHILOSOPIIIQUES ET UISTORIQUES 4155 


Genèse, dans la Bible, se ressemblent étonnam- 
ment. [15 résultent évidemment d’une tradition 
commune ; ils ont voulu rappeler des faits ana- 
logues. Mais relisez le récit du déluge d’après 
Moïse, vous sentirez aussitôt quel abîme au point 
de vue philosophique le sépare du poème chal- 
déen. D’un côté, un polythéisme grotesque où les 
dieux « sont tapis comme des chiens », de l’autre 
un monothéisme sublime nous présentant un Dieu 
juste, tout puissant, miséricordieux, tel qu'un de 
nos meilleurs théologiens ne pourrait le désavouer ; 
dans le récit assyrien, une déformation de la divi- 
nité, une dégradation, un abaïssement sans nom ; 
dans Moïse, uné exaltation de l’idée de Dicu qui 
s'appelle Jéhovah « pour toujours ». 

On a dit et répété, depuis un siècle et demi, que 
la narration de Moïse manquait d'unité ; que nous 
nous trouvions en présence de deux récits du dé- 
luge, et on appuie ces assertions sur l’emploi suc. 
cessif ou alternatif des mots Élohim ct Jéhovah 
qui tous deux désignent Dieu, sans doute, mais 
sous des formes différentes ; et l’on en tire la con- 
clusion que oise, pour son récit, aurait puisé à 
deux sources distinctes. 


Je n'aurai garde de m'immiscer dans cette 
querelle de mots, où je me sentirais mal à l'aise ; 10 
préfère avouer immédiatement que la distinction 


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RES 


456 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


entre passages Llohistes et Jéhovistes me paraît 
maintenant quelque peu surannée. Personne en 
eflet, que je sache, parmi les cxégètes contempo- 
rains, n’a émis la prétention de nier que Moïse n’ait 
pu avoir sous les yeux des documents multiples 
pour rédiger la Genèse. Quel historien de nos 
jours ne s’honorcrait d’en faire tout autant ? 

Aussi, la crilique, depuis les découvertes assy- 
riologiques, s’est-elle aiguillée sur un autre ter- 
rain. Après l’accusation portée contre Bérose 
d’avoir copié Moïse, on ἃ fait volte-face οὐ l’on 
soupçonne l’auteur de la Genèse d’avoir puisé aux 
sources babyloniennes : en d’autres termes, outre 
le défaut d'unité qu’on reproche au récit biblique, 
ce dernicr ne 8011}, prétend-on, que la déforma- 
tion ou la copie du déluge chaldéen. 

Quoi d'étonnant ? ajoute-t-on. Parmi les docu- 
ments utilisés, pouvaient figurer certaines tradi- 
tions en honneur chez 165 [Hébreux ; or, Abraham 
avait bien pu les apporter de Chaldée, son pays 
d’origme. 

La question ainsi posée peut être résolue, à mon 
scns, sans avoir recours à des considérations d’or- 
dre linguistique ou grimmatical. 

Tout d’abord, les textes, à y regarder de près, 
sont assez dissemolables ; mais ce que nous pou- 
vons allirmer, c’est que l'unité ne fait pas défaut 


TRADITIONS PHILOSOPIHIQUES ET HISTORIQUES 157 


au poème chaldéen. Si donc, vous portez contre 
Moïse l’accusation du manque d'unité, vous avouez 
par le fait même, qu’il n’a pas copié la version 
assyrienne. 

J'irai même plus loin et j'espère vous prouver 
que si l’auteur du récit biblique ἃ pu utiliser des 
sources diverses, ses documents ne pouvaient être 
d’origine babylonienne ; et c’est ici que l’Astro- 
nomie va singulièrement nous aider. 

Le récit du déluge dans 105 tablettes cunéi- 
formes, on ne saurait trop l’aflirmer, n’est qu’un 
épisode d’un long poème chaldéen contenant toute 
une mythologie astrale : les constellations y jouent 
un rôle prépondérant, comme la Lune et le Solcil ; 
le zodiaque intervient également ct la preuve c’est 
que la tablette consacrée au déluge est précisé- 
ment celle du Verseau, signe tout indiqué pour 
conter les exploits du flot vengeur οὐ du roi de 
l’abime. 

Or, vous aurez beau chercher, presser le texte, 
vous ne trouverez rien de semblable dons la Ge- 
nèse. 

Au reste, pourquoi Moïse aurait-il utilisé cct 
amas de fables mythologiques 81 différentes de ses 
conceptions ὃ 51 d'autre part, nous admettons — 
ce qui est très vraisemblable — que l’auteur de la 
Genèse connaissait ces légendes, ce dernier ne 


158 τῷ} SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PIHARAONS 


pouvail davantage ignorer que déjà les Chaldéens, 
à l’époque d'Abraham, avaient singulièrement dé- 
formé 105 faits historiques. Mais ce qui est plus 
fort, c’est qu’en fait les déformations s’étaient 
opérées de façon inconsciente : les transcripteurs 
du poème d’Izdubar n'avaient rien inventé, ils 
n'avaient fait que répéter une leçon apprise. D’où 
[eur venait-elle ἢ D’une tradition antique, évi- 
demment. Je l’accorde, mais aussi d’une tradition 
qui n’était pas même babylonienne dans son ori- 
gine ; οὗ je vais le démontrer. 

Dans toute la suite du long poème chaldéen, 1] 
est, avons-nous dit, question du Zodiaque ; eh 
bien, aucun des Signes n’est à la place qu’il occu- 
pait à l’époque des tablettes ; 1} y ἃ mieux, les cons- 
tellations qui y figurent sont celles d’un peuple 
habitant au-dessus du 40€ parallèle Nord, alors que 
la latitude de Babylone cst de 8 degrés plus basso 
environ. Tout cela prouve que non seulement la 
version chaldéenne du déluge n’a pas pris nais- 
sance en Chaldée, mais qu’elle a été arrangéc dans 
son pays d’origine au troisième millénaire avant 
J.-C. pour le moins. 

Ainsi, 3 000 ans avant l'ère chrétienne, 1] existait 
une tradition du déluge et cette tradition était déjà 
déformée οὐ amalsamée à des mythes astrolo- 
giques. Si donc l’on admet que Moïse ait puisé : 


TRADITIONS PHILOSOPHIQUES ET HISTORIQUES 150 


des sources plus pures, nous devons aflirmer que 
ces documents devaient être bien antérieurs aux 
légendes ayant inspiré les poèmes chaldéens les 
plus antiques. Cette dernière hypothèse, avouons- 
le, dépasse toute vraisemblance ; la réalité appa- 
raît beaucoup plus simple : Moïse se trouvait en 
présence d’une tradition d’abord orale et qui s'était 
transmise jusqu’à lui par les patriarches. 

Mais si nous avons pris sur le fait, pour ainsi 
dire, la façon dont le récit du déluge s’est déformé 
chez les différents peuples, 1] reste un autre point à 
élucider : la naissance même de ce récit ; et nous ne 
pouvons échapper à cette conclusion qu'il y a là 
l'expression d’une réalité indéniable, presque aussi 
embarrassante pour ceux qui nient toute révéla- 
tion, que Les mystères dont s’enveloppent les pro- 
blèmes relatifs à nos origines. 


CHAPITRE À 


LES TRADITIONS SCIENTIFIQUES 


Nous sommes fort peu renseignés sur nombre do 
‘points relatifs à la science des anciens, encore moins 
sur l’évolution des traditions scientifiques. Cela 
tient probablement à une cause déjà alléguée au 
cours des chapitres précédents : les [8108 scienti- 
fiques n’intéressaient pas le vulgaire qui ne les eût 
pas compris ; ces faits restèrent longtemps, ainsi 
que les explications, l'apanage des initrés, des 
prêtres, des astrologues, en un mot des savants de 
Pépoque et l’on conçoit que ces derniers n’avaient 
aucun intérêt à les écrire, c’est-à-dire à les divul- 
guer. Pour en assurer la transmission, l’enseigne- 
ment oral suffisait. 

Nous avons donné un exemple de la division do 
la circonférence qui est venue jusqu’à nous, mais 
des quantités de notions ont ἀ 8e perdre en route 
avec la décadence des peuples. La meilleure preuve 


LES TRADITIONS SCIENTIFIQUES 161 


>’est que sur beaucoup de points, les Grecs ont dû 
“efaire la science, retrouver des formules déjà 
énoncées avant eux et souvent 115 y sont parvenus 
avec moins de bonheur que leurs devanciers. 

La valeur de π, par exemple, rapport de la cir- 
conférence au diamètre, mal connue des Grecs, 
avait certainement été calculée avec exactitude 
dans l'antiquité. 11 semble même qu’elle se précise 
à mesure que nous remontons la série des âges. 

Les Chinois admettaient pour x le nombre 3 au 
heu de 3,1416, maïs les Japonais employaient 3,16 
depuis longtemps (1). Le British Museum possède 
un document remontant vers l’an 2 000 av. J.-C., 
le Papyrus Rhind, qui prouve qu’à cette époque, la 
quadrature du cercle hantait déjà les esprits. On y 
lit, en effet, que le côté d’un carré dont l’aire est 
égale à celle d’un cercle de rayon donné, est égal à : 


16\: 162 256 
9 ἀμ TT TRE D 


ceci correspond à un rapport de la circonférence 


an diamètre égal à 3,16 : fort bonne approxima- 
tion, en vérité, pour l’époque. 

Les mesures de la Pyramide de Khéops nous 
font entendre qu’au moment de sa construction 


(1) Cf. Mikami, Develop. Math. in China and Japon (Leipzis, 
1912). 


162 τὰ SCIENCE MYSTÉRIEUSK DES PIIARAONS 


ce rapport devait être connu avec beaucoup plus 
d’exactitude. La tradition se serait donc peu à peu 
altérée ou, dans quelques cas isolés, conservée 
tant bien que mal. 

L'histoire du peuple d'Israël va nous poser de 
nouveaux problèmes à ce sujet. 

Le Ier Livre des Rois, dans la Bible, nous donne 
des détails sur la construction du Temple par Salo- 
mon, Ce qui nous reporte à mille années environ 
avant l’ère chrétienne. Nous y lisons, en particu- 
hier, que Salomon fit venir de Tyr un nommé Hiram 
«rempli de sagesse, d'intelligence et de savoir pour 
faire toutes sortes d'ouvrages d’airain ». Hiram 
exécuta entre autres constructions, la fameuse 
Mer d'atrain à laquelle Arago fait allusion dans 
son Astronomie populaire : « 11 faut remarquer que 
la Bible, dit cet astronome, n’est pas un livre de 
science, que le langage vulgaire ἃ dû y remplacer 
souvent le langage mathématique : ainsi on voit 
quelque part un passage dans lequel il est ques- 
tion d’un vase circulaire qui a un pied de diamètre 
et trois pieds de circonférence : or tout le monde 
sait qu’un cercle d’un pied de diamètre a plus de 
trois pieds de circonférence ; ajoutons même que 
la circonférence du vase en question n’aurait pas 
pu être assignée mathématiquement, alors même 
qu'on eût consenti à mettre 150 décimales à la 


LES TRADITIONS SCIENTIFIQUES 163 


suite du chiffre 3, puisqu'il n'existe pas de com- 
mune mesure entre la longueur du diamètre 
d’un cercle et celle de la circonférence qui le ter- 
mine (1)». 

Et Arago ajoute : « Ces vues sur les objections, 
tirées du texte de la Bible, sont maintenant ad- 
mises par les personnes les plus pieuses, même 
dans la capitale du monde catholique. » 

J'ai déjà eu maintes fois l’occasion de faire 
remarquer combien peu nous devions nous fier à 
Arago lorsqu'il s’agit de références. Son Astrono- 
mie populaire est remplie de fautes, d'erreurs et 
d’inexactitudes ; à propos des chiffres qu’il donne, 
il faut toujours aller aux sources. 

Le passage de la Bible auquel il fait allusion est 
certainement celui du fameux Vase de Salomon 
connu sous le nom de Mer d’airain. Et comment 
Arago peut-il parler de pieds à propos de la Bible ? 
Ce mot est complètement inusité dans toute l’Écri- 
ture ; nulle part, il n’y est fait mention de pied. 

L'unité employée est la coudée sacrée et non la 
coudée ancienne en usage chez les Égyptiens, les 
Assyriens, les Phéniciens, les Samiens, etc... voilà 
ce qu'a démontré autrefois Newton. Or, par une 
coïncidence merveilleuse, il se trouve que cette 


(i) Astronomie populaire, t. 11}, p. 24. 


164 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


coudée sacrée des Hébreux, coudée qu'ils appor- 
tèrent en Égypte et qu’ils en remportèrent, coudée 
qu'ils regardaient de temps immémorial comme 
un don de Dieu et qu'ils réservaient exclusivement 
pour les usages sacrés, coudée différente de la cou- 
dée profane des Égyptiens, des Babyloniens et de 
toutes les autres nations, voilà, dis-je, que cette 
coudée était précisément la coudée pyramidale 
dont nous avons si longuement parlé, celle qui 
avait servi à construire la Grande Pyramide. 

Si l’on n’admet pas l’origine divine de cette me- 
sure qui est en rapport avec la longueur de l’axe 
de la Terre, 1] faut expliquer comment les cons- 
tructeurs de la Grande Pyramide l’avaient trou- 
vée; comment il se fait que les Hébreux sont arrivés 
en Égypte munis de celte même unité de longueur. 
De toute façon, on ne peut échapper à cette con- 
clusion qu'avant l'érection de la Grande Pyramide, 
il existait sur la Terre un peuple qui possédait 
cette coudéoe dont 1] a transmis la valeur, et aux 
constructeurs de cet unique monument, et aux 
ancêtres du peuple d'Israël. Et alors revient la 
même question angoissante : Où ce peuple inconnu 
avait-1l puisé cette mesure à laquelle nos nations 
modernes seront obligées de recourir parce qu’elle 
est invariable, comme le faisait remarquer Callet, 
le savant auteur de nos Tables de Towarithmes ! 


- 


LES TRADITIONS SCIENTIFIQUES 105 


Mais revenons ἃ la Mer d’æœrain, le fameux vase 
auquel Arago a fait allusion. Donnons d’abord le 
texte du Ier Livre des Rois (Ch. VII, 23-26) : 

« (Hiram) fit la Mer d’airain fondu. Elle avai! 
10 coudées d’un bord à l’autre, elle était entière- 
ment ronde et haute de 5.eoudées : un cordon de 
30 coudées mesurait sa circonférence... Son épais- 
soeur était d’un palme, et son bord était semblable 
au bord d’une coupe, à une fleur 46.115. Elle conte- 
nait 2 000 baths, avait 4 coudées de diamètro. » 

Évidemment, on pourrait croire, comme le dit 
Arago, que lécrivain sacré s’est contenté de: chif- 
fres approximatifs : 10 coudées pour le diimitre, 
30 pour la circonférence ; mais comment supposer 
tout de même une erreur aussi grossière de la part 
de savants de l’époque, très au courant des sciences 
de leur temps, alors que nous voyons l’auteur du 
Papyrus Rhind, chercher déjà une bonne approxi- 
mation de la valeur de x, dix siècles aupa- 
ravant. 

Je croirais plutôt à lexplication qu’on a donnée 
autrefois Piazzi-Smilh. 1] s’agit ssmplement du dia- 
mètre extérieur et de la circonférence intérieure 
d’un vase dont l’épaisseur n’ébait pas négligeable, 
puisque l’écrivain sacré prend la peine de nous 
dire que cette épaisseur était d’un palme, environ 
Ja largeur de la main. Dans ces conditions, nous 


166 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


n’aurions plus le droit d’affirmer que l’auteur nc 
connaissait pas la valeur de x. 

Maintenant, écoutons Piazzi-Smith dissertant 
sur 06 sujet, nous allons voir surgir d’autres mys- 
tères. 

« Ce vase fut fondu en bronze dans des condi- 
tions grandioses, sous une forme et avec des di- 
mensions (6 m. 30 de diamètre) qu'aucun fondeur 
n’a osé aborder jusqu'ici. Le Livre des Rois nous 
apprend que sa capacité était de 2 000 baths : la 
Mer d’airain avait donc à elle seule 50 fois la capa- 
cité des 10 bassins d’airain contenant chacun 
40 baths (1). 

Cela posé, on nous apprend que la Mer d’airain 
avait 10 coudées d’un bord à l’autre, qu’elle était 
toute ronde, que sa hauteur était de 5 coudées, 
qu'un cordon de 30 coudées entourait son con- 
tour, et que son épaisseur était égale à la largeur 
de la main. La première chose à établir est la forme 
du vase. Quelques-uns l’ont fait cylindrique ; le 
plus grand nombre l’ont fait hémisphérique : cette 
seconde opinion a pour elle, en outre, de ce que le 
vase est dit tout rond, le fait que la profondeur est 
la moitié du diamètre et le témoignage de Fosè- 


(1) Au chap. ΠῚ, v. 5 du livre 1 des Chron., le textile donne 
αὐ 0 batlis pour capacité de la Mer d'airaim ; mais C’osl là 
une erreur due à un copiste. 


LES TRADITIONS SCIENTIFIQUES 167 


phe, l’historien du peuple juif, qui en fait expres- 
sément un hémisphère. 

Nous avons déjà dit que les 30 coudées se rap- 
portent à la circonférence intérieure. Considé- 
rons donc un vase hémisphérique avec une circon- 
férence intérieure de 30 coudées pyramidales, son 
diamètre serait de 238,73 pouces pyramidaux ; 1l 
donnerait pour épaisseur 5,5 pouces, espace que la 
main d’un homme robuste couvrirait à peu près. 

Dans ce cas, la capacité cubique d’un semblable 
hémisphère serait 3 562,07 pouces pyramidaux et 
ce nombre divisé par 50, nombre pyramidal formé 
de 2 et de 5, donne 71,242 pouces cubes pyrami- 
daux. 

Or, coïncidence étrange, ce de:nier chiffre est à 
un sept-millième près, JL capacité de l’Arche d’al- 
liance et du coffre de la Grande Pyramide. » 

Cette Arche d’ Alliance à laquelle 1l est fait ici 
allusion, est celle que Moïse avait construite sous 
les ordres de Dieu pour y renfermer les Tables de 
la Loi : c'était un coffre en bois de sitim et d’aca- 
οἷα, richement orné, dont la Bible nous donne les 
mesures en coudées. | 

Certains égyptologues, comme M. Vernes dont 
nous avons rapporté les élucubrations à propos du 
Veau d’or, et quelques autres auxquels l’imagina- 
tion ne fait jamais défaut, ont vu dans l’Arche 


168 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES ΡΙΠΑΠΑΟΝΒ 


renfermant le Décalogue, condition de l'alliance 
de Jéhovah avec son peuple, une reproduction, 
une réplique plutôt du Naos, petit monument en 
forme de coffre que les Égyptiens avaient placé sur 


leur Bart ou barque sacrée. On leur a répondu avec. 


juste raison que le Naos renfermait de véritables 
idoles, dieux, animaux sacrés, étc., alors que l’Ar- 
che des Hébreux, ne contenant rien de semblable, 
était au contraire une protestation éclatante 
contre 165 doctrines de l’idolâtrie. La constatation 
de Piazzi-Smith vient à point pour réfuter la thèse 
grotesque et invraisemblable d’une assimilation 
toute de fantaisie. 

I est certain que Moïse, quoiqu'il eût vécu 
Jongtemps en Égypte et qu’il eût appris, aucontact 
des. prêtres, les secrets de leur science, n’avait 
jamais — pas plus qu'aucun Égyptien de son 
époque —- pénétré dans l’intérieur de la Grande 
Pyramide, restée inviolée jusqu’à nos temps mo 
dernes par un mode de fermeture. qu’on brisait 
en l’ouvrant. Or, même en admettant que l’Arche 
d'alliance n’ait été que la reproduction du {Vaos 
égyptien, 1) resterait à expliquer comment Moïse ἃ 
pu être amené, humaimement, à {ui donner exacte- 
ment la capacité d’un cotiro enfermé 14 siècles 
avant lui sous des millions de tonnes de pierre. 

li y a plus : ce volume de 71 pouces cubes pyra- 


LES TRADITIONS SCIENTIFIQUES 469 


midaux (exactement 71,242), que nous avons 
obtenu en divisant la capacité de la Mer d’airain 
par 50, est non seulement le volume de l'Arche 
d'alliance et du coffre de la Grande Pyramide, 
mais d’après le texte du Livre des Rois déjà cité, il 
correspond à la capacité de chacun des vases d’ai- 
rain construits par Hiram à la demande de Salo- 
mon, puisque chaque vase avait une contenance 
de.40 baths. 

Nous sommes donc en présence d’une mesure 
de capacité extraordinairement remarquable et 
qui se répèle le long des siècles, sans qu’on puisse 
en apercevoir le mécanisme de transmission. Cette 
mesure d’ailleurs était elle-même un sous multiple 
d’une unité plus considérable : 50 fois 40 baths 
nous donnent 2000 baths, contenance du Vase 
d’airain ; or, cette nouvelle mesure de capacité qui 
vaut 50 fois celle de l’Arche d'alliance et du coffre 
pyramidal, nous la retrouvons dans la Chambre 
du Roi de la Grande Pyramide, où 0116 est repré- 
sentée par uno masse que des joints, ménagés dans 
le lambris de granit lui servant de revêtement, li 
mitent d’une manière apparente. 

Allons-nous dire que Salomon ou Hiram, son 
entrepreneur et architecte, avaient visité l'inté- 
rieur de la Pyramide de Khéops et avaient pu cal- 
culer la contenance de la Chambre du roi où était 


470 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


déposé le coffre, et celle du coffre lui-même ἢ L'’as- 
sertion ne tiendrait pas debout. 

Alors comment expliquer ces données métrolo- 
giques communes à ces trois grands personnages : 
lPArchitecte de la Grande Pyramide, Moïse et 
Salomon : données impliquant, par leur coudée 
identique, une unité égale à la dix-millionième 
partie de l’axe polaire de la Terre, c’est-à-dire des 
rapports si profonds et si cachés avec les attributs 
cosmiques du Globe qu’une science antique, même 
très avancée, devait être totalement impuissante 
à découvrir ? 

Et c’est là que Piazzi-Smith réapparaît avec son 
fameux dilemme dont il écarte définitivement la 
première parte. | 

« La seule réponse possible, nous dit-il, ne 
serait-elle pas que le Dieu d’Israël qui vit pour 
toujours, inspira dans ce but et le descendant de 
Sem, architecte de la Grande Pyramide, et Moïse 
son prophète, et Salomon son élu et son sage par 
excellence ? » 

Nous ne sommes pas obligés évidemment d’ac- 
cepter les suggestions du savant astronome anglais 
-— je vous l’accorde bien volontiers ---- mais alors, 
je vous ferai remarquer que le problème reste irré 
solu ; plus que jamais persiste la question de 
l’origine de ces données mystérieuses. 


“4 


LES TRADITIONS SCIENTIFIQUES 471 


Ce n’est passans raison que nos ancêtres ont dési- 
gné par le mot Bible l’ensemble des Saintes-Écri- 
tures : même à ne les considérer que du côté pure- 
ment humain, celles-ci restent le Livre par excel- 
lence (Biblione). Par le style, par l’élévation de la 
pensée, par l’histoire des peuples en contact avec 
[sraël, elles sont pour le poète, pour le littérateur, 
pour l'historien et le moraliste, une mine inépui- 
sable. C’est donc encore à la Bible que nous nous 
adresserons pour pénétrer dans ce monde antique 
que les inscriptions hiéroglyphiques et cunéiformes 
ne suffisent pas tougours à évoquer. 

Nous commencerons par un épisode de l’histoire 
si captivante de Joseph. On se rappelle que Joseph, 
fils de Jacob et de Rachel, fut vendu par ses frères 
à une caravane de marchands ismaélites qui, de 
Galaad, allaient en Égypte vendre leurs aromates. 
Après les péripéties que tout le monde connaît, 
Joseph, jeté en prison, est appelé devant le Pha- 
raon pour lui expliquer deux songes que ce dernier 
avait eus la nuit précédente. La scène se passe vers 
l'an 1850 avant J.-C. 

« Dans mon songe, dit Pharaon à Joseph, je me 
tenais sur le bord du fleuve et voici que montaient 
du fleuve sept vaches grasses et de belle appa- 
rence, et elles se mirent à paître dans la verdure du 
rivage. Après elles, montaient sept autres vaches, 


172 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PIHARAONS 


chétives, laides et décharnées ; je n’en ai pas vu 
de pareilles en laideur dans tout le pays d'Égypte. 
Les vaches chétives et laides dévorèrent les sept 
premières, les grasses ; celles-ci entrèrent dans leur 
ventre sans qu'il parût qu'elles y fussent entrées ; 
leur aspect était aussi laid qu'auparavant. Et je 
a’éveillai. | 

« Je vis encore en songe sept épis qui s’élevaient 
sur une même tige, pleins et beaux ; puis sept épis 
chétifs, maigres et brûlés par le vent d’orient, qui 
poussaient après ceux-là. Et les épis maigres en- 
eloutirent les sept beaux épis. J'ai raconté cela 
aux scribes et aucun ne me l’explique. » 

« Joseph dit à Pharaon : « Le songe de Pharaon 
est un ; Dieu a fait connaître à Pharaon ce qu’il va 
faire. Les sept belles vaches sont sept années, et 
les sept beaux épis sont sept années ; c’est un seul 
songe. Les sept vaches chétives et laides qui mon- 
taient après elles, sont sept années et les sept épis 
vides brûlés par le vent.d’orient seront sept années 
de famine. » 

« Ainsi que je l’ai dit à Pharaon, Dieu a fait voir à 
Pharaon ce qu’il va faire. Sept années de grando 
ahondance vont venir dans tout le pays d'Égypte. 
Sept années de famine viendront ensuite, qui 
feront oublier toute cette abondance dans le pays 
d'Égypte, et la famine consumera le pays. On ne 


LES TRADITIONS SCIENTIFIQUES 178 


s’apercevra plus de l’abondance qui aura été dans 
lo pays, tant sera grande la famine qui suivra ({).» 

C’est alors que Joseph conseille au Pharaon 
d’amasser du blé pendant les sept années d’abon- 
dance, afin de subvenir aux besoins de tous pen- 
dant la famine qui suivra, puis, le récit con- 
tinue : ; 

« Les sept années d’abondance qu’il y eut en 

Égypte étant achevées, les sept années de famine 
commencèrent à venir, comme Joseph l’avait 
annoncé. Il y eut famine dans tous les pays, tandis 
qu’il y avait du pain dans tout le pays d'Égypte. 
De toute la terre on venait au pays d'Égypte pour 
acheter du blé auprès de Joseph, car la famin: 
s'était aggravée sur toute la terre (2). » 
_ Certains détails de l’histoire de Joseph qui 
n'avaient pu être donnés que par un homme 
vivant au milieu des Égyptiens et à la cour des 
Pharaons, avaient cependant été l’objet de vives 
critiques de la part d’historiens toujours en quête 
de prendre en défaut le texte biblique ; les décou- 
vertes et la lecture des inscriptions ont fait main- 
tenant table rase de ces attaques injustifiées, mais 
il y a lieu d’insister ici sur ce: famines auxquelles 
l'écrivain sacré fait allusion. 


C Genèse, XLI, 14-31. 
2) Genèse, XLI, 53-57. 


| ABBË Moneux La Science mystérieuse des Pharaons 


174 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


Nous pouvons dire d’abord que cette sorte de 


fléau est de tous les temps. Avant les facilités de | 
communications, notre contrée a vu de ces périodes | 
où le sol, produisant des récoltes en quantité trop | 


faible pour nourrir ses habitants, la famine se fai- 
sait rudement sentir. Ceci explique les déplace- 
ments de certaines tribus vers des contrées plus 
riches. La vallée si fertile du Nil, peu sujette à ces 
disettes périodiques, fut souvent le rendez-vous 
des peuples voisins. C’est ce que nous montrent de 
nombreux documents égyptiens. Sur un tombeau 
de la XIIe Dynastie, par exemple, est représentée 
l’arrivée d’un chef nomade, un sémite selon toute 
vraisemblance, accompagné de sa famille et de ses 
| serviteurs ; ces étrangers, désignés sous le nom | 
d'Amu, racontent les inscriptions, viennent en Ἰδοῦ τ δ Le. 
Égypte poussés par la famine qui désole leur pays ἣν ὋΣ 2 ἼΤΩ x ἢ; CIRE AB RCE ne 
et l'officier du Pharaon, Osortésen II, subvient | | | τὸς 
aux besoins de tous, en faisant cultiver les champs 
et en donnant de quoi se nourrir aux plus nécessi- 
teux (1). 

Les déplacements des IHyksos, qui amenèrent 
ces nomades de l’Arabie septentrionale en Égypte, 
n’eurent probablement d’autres causes que les UT 


RÉ 2-2 


AL 
HET 


Jp | 


ἢ A rerere ses iQ 
Er? ΞΕ ΞΞ reset 
LEE EE pu pee Er D ἜΞΩ μαγαλε μῦς 


PLANCHE VII 


] 
| VUE Du SEUMINN, PRISE D 'IEN AS 

, , A ἢ ἱ 
| sécheresses prolongées. De même, c’est la famine | Au premier plan se trouvent des inseriptions hiéroglyphiques, Cette 
| ] parlie du Sphinx ἃ été dégavee [610]. récenonent. 

(τ) CE Bruasen, lisloire de l'Egypte. L’auteur donne la 

| | rcpieseutation de ia scène dont il est question ici. 
|| 
| 


A. Doin et Οἷς, Éditeurs, Paris. 
Page 174 (Photo Keystone. 


ΩΝ. 


au pays de Chanaan, qui poussa ses habitants vers 
la vallée du Nil. 
Toutelois, malgré le limon fertilisant apporté 
par son fleuve, l'Égypte ne fut pas exempte de ces | 
sortes de tribulations. La sécheresse en Abyssinie | 
amena souvent la famine sur la terre des Pharaons. | 
Dans des temps plus proches, quelques siècles | 
| 
| 


(A pe nn te 
ae τῶν αὐ νην après l'invasion arabe (640 ap. J.-C.), des famines 
y sévirent à plusieurs reprises durant la période 
qui s'étend de 900 à 1300 après J.-C. La plus ter- 
rible, commo la plus longue, dura sept années : 
de 1065 à 1072. 

Joseph fut le ministre d’un roi-pasteur, car les 
Hyksos avaient déjà envahi l'Égypte et la famine 
qui se fit sentir sous ce Pharaon de race sémitique 
nous est confirmée par des documents où Joseph 
est désigné sous le titre babylonien d’Abrek, Aba- 
rakhu étant à Babylone le nom d’un des cinq 
grands officiers de l’État. 

Maintenant une question se pose naturellement : 
Laissant de côté pour lo moment le texte si expli- 
cite de l’Écriture, Joseph pouvait-il, scientifique: 
ment, prévoir une période de famine ? 

Voyons tout d’abord ce que la science nous 
enseigne à l'heure actuelle sur ce sujet. Tout le 
; monde ἃ entendu parler des taches solaires. Les 
| anciens les connaissaient fort bien, car un grand 


NET.) 


apr im δ er put 
31) à ἐν 


| ABBÉ MOnEux La Science myslérieuse des Pharaons 
d, LES TRADITIONS SCIENTIFIQUES 175 


PLANCOFLE 1 


LES ΡΥ  ἘΞι κ' ΠΟΥ ΙΝ 


12 


€. Doin et ὁ. ΓΜ ΓΟ, Paris, Que prise 11:11. Avion, reproduite avee 
l'autorisation du Ministère de Ja 
Guerre et de la Marine d'Esryple,) 


Ϊ 
| 
| 
| 


176 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


nombre d’entre elles sont visibles à Τ᾽] nu. Ovide 
ne nous raconte-t-il pas qu'à Ja mort de César, le 
Soleil parut obseurci. En l’an 807 de notre ère, on 
croit voir passer Mercure sur l’astre du jour ; en 
840, Vénus a le même honneur : or, dans les deux 
cas, ces planètes sont invisibles sans instruments 
erossissants ; c’étaient donc des taches qu’on 
avait aperçues. 

1.es auteurs du Moyen-Age ont souvent signalé 
des signes dans le Soleil. Les écrivains sacrés em- 
plcient les mêmes expressions à propos de la fin du 
monde ; ce qui prouve que dans l'antiquité le phé- 
u“omène des taches était connu des observateurs. 
De fait, les Chinois avaient noté la présence des 
taches bien longtemps probablement avant l’ère 
chrétienne, mais leurs annales anciennes sont 51 
sujetles à caution qu’on ne saurait rien préciser 
sur ce point. Toutelois, en ce qui concerne ἰὰ réa- 
lité de ces formations, signalées par les observa- 
teurs de l’Extrême-Orient, aucun doute ne peut 
subsister : dans Îcur littérature, les taches sont 
comparées tantôt à un œuf, tantôt à une datte 
où à une prune. L'ouvrage de Ma-Twa-Lin con- 
tient un Lablean remarquable de 45 observations 
de ce genre, faites entre 301 et 1205, c’est-à-dire 
dans un intervalle de 904 annécs. 

Toutciois, c’est seulement après 1610, date de 


LES TRADITIONS SCIENTIFIQUES 177 


invention des lunettes, qu’on arrive à découvrir la 
péridiocité du phénomène : tous les onze ans envi- 
rou οὗ en moyenne, 1] y ἃ recrudescence de taches 
sur le Soleil ; c’est Ià pour ainsi dire une des formes 
de l’activité de notre astre central, le maximum de 
taches correspondant, ainsi que je l’ai démontré 
dès 1900, dans le Problème solaire, à une élévation 
de température des enveloppes du Soleil. 

Près d’un siècle avant moi, d’ailleurs, le fait 
avait été pressenti par Sir William Herschel, au 
moyen de considérations extrêmement curieuses. 
Après s’être demandé si les variations des taches 
ont quelque influence sur la rigueur ou la douceur 
des saisons, cet astronome pense que nous avons 
des éléments pour résoudre la question, indirecte- 
ment tout au moins, dans l'influence des rayons 
solaires sur la végétation et la culture du froment 
en Angleterre : « N°y a-t-1l pas là, écrit-1l en 1801, 
un critérium certain de la quantité de lumière et 
de chaleur émise par le Soleil, puisque le prix du 
blé représente exactement la rareté ou l'abondance 
de sa production absolue dans notre région ? » 

« En examinant la période comprise entre 1650 
et 1713, il semble probable, ajoute-t-il, d’après le 
cours normal du blé, qu’il se produisait une rarcté 
ou un défaut temporaire de la végétation en géné- 
ral quand le Soleil n'avait pas de taches ; ces appa- 


1473 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PILARAOUNS 


renccs scraient donc les symptômes d’une émis- 
sion abondante de lumière et de chaleur (1). » 

Et il conclut que les conditions de sécheresse et 
d’humidité peuvent fort bien dépendre de la quan. 
tité des rayons solaires qui nous sont envoyés. 

Au cours de mes travaux sur le Soleil, J'ai eu 
l’idée de vérifier les vues intuitives d’Ierschel, en 
tablant non plus sur une région déterminée, mais 
sur la terre entière. Eh bien, vous pouvez voir sur 
le tableau dressé par moi à la fin du siècle dernier, 
que la courbe de production du blé dans le monde 
suit pas à pas celle de l’activité solaire manifestée 
par les taches ; les deux maxima coïncident à une 
année près (Voir le diagramme). 

À la quantité de chaleur reçue du Soleil, s’ajoute 
aussi le taux de sécheresse et d'humidité. En fait, 
dans les régions tropicales où le climat est plus 
légulier que chez nous, les alternances de pluie ou 
de sécheresse sont régies par le eycle solaire de 
11 ans, le maximum de pluie coïncidant avec une 
recrudescence des taches. 

À Bogota, à Ceylan, dans les Indes, c’est un fait 
bien connu que 5 ou 6 années de sécheresse alter- 
nent avec Ὁ ou 6 années d'humidité ; et cette dis- 
tribution est calquéo sur la variation du cycle 


(1) CF. Th, Moñgux, Les Ligues de la Science, &. 1, Doiu 
dd., Paris. 


LES TRADITIONS SCIENTIFIQUES 1,9 


solaire. C’est à tel point φα’δὰχ Indes, par exenijile, 
la famine arrive à peu près tous les onze an. 
Toutefois, il ne faut pas chercher dans l’allure des 
courbes une régularité mathématique. On a observé 


Bo γα 1Üq 1098 1095 1094 1295 9 


La production du Blé, sur la Terre ontière, 
suit pas à pas la courbe dos taches solaires. 


en effet des minima éloignés de 8 ans 2/10 ct on cr 
a signalé aussi dont l'intervalle était de près de 
15 ans, de 1784, 7 à 1798, 3 par exemple. 

Pour Îles maxima, les différences sont encore 
plus accusées : nous connaissons une période de 


180 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


7 ans 3/10 seulement, une période de 13 et une 
autre de plus de 16 ans (de 1788, 1 à 1804, 2} 

Les 7 années d’abondance, suivies de 7 années 
de famine, annoncées par Joseph et que la Bible 
nous assure s'être réalisées, sont donc tout à faii 
vraisemblables ; mais, en raison de l’irrégularité 
des périodes solaires dont la cause nous échappe, 
aucun astronome actuel n’est en mesure d’affr- 
mer en quelle année tombera exactement tel ou 
tel maximum de taches, de pluies, etc. A moins 
de supposer chez Joseph une science humaine 81 
extraordinaire qu’elle ait dépassé de beaucoup la 
nôtre, sa prévision d’abondance et de disette pour 
une année définie reste donc, humainement par- 
lant, l’un des faits les plus mystérieux et les plus 
incompréhensibles que nous offrent l’Écriture. 

On pourrait alléguer, semble-t-il, que la pré- 
diction pouvait n'être qu'approximative et que le 
futur ministre du Pharaon avait fort bien pu se 
baser sur une loi empirique, c’est-à-dire cexpéri- 
mentale et semblable en tout point à celle que 
nous possédons, puisqu'il suffit d’observer un 
grand nombre de evceles solaires et d’en déduire 
une moyenne. Joseph aurait eu ainsi, à un ou deux 
ans près, l'époque d’un maximum de taches, donc 
d'humidité et de sécheresse consécutive ; les con- 
sidérations que ie vais développer sommairement 


LES TRADITIONS SCIENTIFIQUES 181 


sont de nature à montrer la fragilité d’une telle 
hypothèse. 

L’alternance des périodes sèches et pluvieuses 
ea corrélation avec le cycle undécennal des taches 
solaires, cesse d’être nettement marquée en dehors 
de la région tropicale. Les fluctuations de la pluie 
offrent moins d'amplitude à mesure qu’on s'éloigne 
de l’équateur et parfois on rencontre des années 
très pluvieuses dans une période qui, à ne consi- 
dérer que la courbe des taches, devrait être sèche. 
Mais comme l’activité solaire est sujette à des sou- 
bresauts qui renforcent certains maxima, ces der- 
niers finissent seuls par se traduire sur la courbe 
des pluies. 

En fait, il paraît à peu près prouvé aujourd’hui 
que ces à-coups se font sentir toutes Ics trois 
périodes, c’est-à-dire que tous les 55 ans environ, 
l’activité solaire augmentant, nous constatons une 
recrudescence de pluies. Cette pluviosité s’accuse 
surtout par le niveau des grands lacs qui est 
soumis à une oscillation périodique de même durée 
que les phénomènes enregisirés à la surface du 
Soleil (1). | 

Malheureusement, là encore, aucune régularité 


(1) Sur les rapports de la climatologie avec le Soleil, voyez 
Th. Moreux, Où en est l’Astronomie ἃ et les Enigmes de lu 
Science, t, I. 


482 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


absolue dans l’amplitude : tout se passe comme si 
à côté des cycles de 11 ans οὐ de 35 ans, il en exis- 
tait un troisième, séculaire celui-là, qui vient inter- 
férer avec les deux premiers. Ceci expliquerait ces 
longues accalmies solaires où [05 maxima sont peu 
accusés et ces grandes périodes caractérisées par de 
larges variations. 

Envisagée à La lueur de ces considérations, lu 
climatologie de l'Égypte nous apparaît extrême- 
ment complexe. À ne considérer que la latitude, il 
est évident que la pluviosité en Égypte ct dans 
toute la région avoisinante, doit refléter les cycles 
solaires de 11 ans et de 35 ans. Les discttes au- 
raient donc dû s’y faire sentir à peu près périodi- 
quement, sans qu’on puisse cependant les prédire 
exactement à deux ou trois années près. 

En réalité, l'Histoire nous apprend que les 
famines étaient assez fréquentes dans les pays 
limitrophes de l'Égypte, mais il était loin d’en 
être ainsi dans la vallée du Nil. C’est qu’en fait, 
cette vallée assez étroite devait surtout sa fertilité, 
non aux pluies périodiques, mais aux inondations 
de son fleuve. | 

Le mécanisme de ces crues était inconnu des 
anciens Égyptiens, aux yeux desquels le Nil 
n'apparaissait qu'entre Éléphantine et 1116. de 
Philæ, près de la cataracte de Syène. Nous sommes 


LES TRADITIONS SCIENTIFIQUES 183 


un peu mieux renseignés aujourd’hui. Les « larmes 
d'Isis pleurant son époux » οὗ amenant les débor- 
dements du fleuve ont une double origine : d’abord, 
les pluies annuelles qui s’abattent régulièrement 


Der et + den en à τος 0 à ee τ one prenne etre pa + | Le 24406 0e cmt ee mue 


Le cours du Nil. 


sur Ja partie supéricure de son cours, c’est-à-dire 
à 6000 kilomètres de son embouchure, et qui 
vicnnent grossir ses puissants affluents ; puis, les 
eaux des grands lacs Victoria οὐ Aïbcrt-Nyanza 
auxquels 11 sert pour ainsi dire de déversoir naturel, 


194 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


Or, ces lacs sont dans la région équatoriale et 
leur niveau, mieux encore que celui des lacs euro- 
péens, reflète toutes les vicissitudes de l’activité 
solaire (1). 

Pour que la famine arrive en Égypte, il est donc 
surtout nécessaire que le manque d’eau se fasse 
sentir de ce côté ; cette circonstance, jointe à des 
minima de pluie en rapport avec l’état du Soleil, 
peut seule amener une disette marquée : tout cela 
est évidemment soumis à des lois, maïs si nous 
commençons à soupçonner ces dernières, nous 
sommes loin de les avoir entièrement mises au 
Jour. | 

Vous le voyez maintenant, la prédiction des 
famines pour l'Égypte, plus encore que pour les 
aubres contrées, offre d’inextricables difficultés. 
Raison de plus pour nous émerveiller de l’inter- 
prétation exacte que donna Joseph des songes du 
Pharaon. Nous ne pouvons supposer un instant 
que les Égyptiens et les Hébreux soient arrivés 
par la seule observation à concevoir le mécanisme 
des inondations du Nil, liées en partie aux fluc- 
Luations de l’état physique du Soleil. Alors, d’où 
Joseph tenait-1l sa faculté de prédire exactement 
une période d’abondance suivie d’une famine 


(1) V. les courbes pluviométriques de ces lacs dans Les In- 
fluences astrales,parl'Abbé MorEux(Doin οἱ αἰ", éd., Paris). 


πο το τοις nié 
PEL -- 


er RTE Ἢ 0 79 80 90 1900 10 
Γ 1830 40 : 50 
Ï 


eches 1} ἡ | | 
Solcires | | 
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Pluies 


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3 N/aris 


| | | | 
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| du le PAR 
Froduction en France y Μῶν ΒΕΣ 
Nombre diceberds 2 
75ches | 
solaires 


1830 40 80 60 70 60 90 1900 [0 20) 


“ΧΙ ΣΧ ΩΣ 
pen 


og oo oo rom me “pe — om. me mm Moine — = 


Diagramme établi par l'Abbé MorEux et montrant Ia relation 
tre l’activité solaire ct certains phénomènes terrestres d’ordre 
surtout climatologique, 


189 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


d’égale durée ? Humainement, le fait est inexpli- 
cable et aussi mystérieux que la valeur de la cou- 
dée sacrée. 


L'histoire de Joseph n’est pas le seul exemple 
relatif à la science que la Bible offre à nos médi- 
tations, mais il faut se borner sous peine d’allonger 
indéfiniment ce chapitre. Toutefois, pour terminer, 
on me permettra de citer un étrange calcul auquel 
s’est livré un astronome à propos de deux passages 
de Daniel, dans la Bible. 

On sait que Daniel enfant avait été emmené en 
captivité à Babylone par Nabuchodonosor après 
la prise de Jérusalem (606 av. J.-C.). Le roi le fit 
venir bientôt à la cour avec deux autres jeunes 
Hébreux, afin « qu'ils appriîssent la littérature et la 
langue des Chaldéens » (1), c’est-à-dire l’étude des 
livres sacrés confiée aux prêtres et qui comprenait, 
outre l’astrologie, l’astronomie ct la météorologie 
de l’époque. 

Or, parmi les prophéties que Daniel fit plus tard, 
il en est une qui ἃ de tout temps exercé la sagacité 
des exégètes. Il est question de deux périodes 
de temps mystérieuses : la première, formée d’un 
temps, d'un demi-temps ct de deux lemps, est de 
1 260 années ; la seconde est de 2 300 soirs et 


(1) Dane, I,4. 


-: τῷ 


LES TRADITIONS SCIENTIFIQUES 187 


matins, jours ou plutôt années, si l’on se réfère 
à d’autres textes analogues où la longueur de la 
période est plus clairement désignée (1). Α quoi 
se rapportent ces nombres ? II était naturel qu’on 
cherchât du côté de l’Astronomie et voici l’inter- 
prétation qu’en a donnée de Chéseaux. 

Ce savant est d’ailleurs bien connu ; c’est lui qui, 
en mars 1744, découvrit la belle comète qui porte 
son nom. [ l’aperçut pour la première fois à Lau- 
sanne, en Suisse, où 1] excrçait l’Astronomie ; 
l’astre était composé de six appendices lumineux 
courbes, disposés en éventail, particularité assez 
rare dans le domaine cométaire. Entre autres 
études, de Chéscaux nous ἃ laissé un ouvrage 
introuvable en France aujourd’hui, mais qui ἃ été 
conservé à la bibliothèque de Lausanne ; 11 cest 
intitulé : Remarques sur Daniel. 

Pour comprendre comment l’auteur a été amené 
à écrire sur un tel sujet, il faut savoir que de Ché- 
seaux avait découvert le cycle de 315 ans, après 
lequel le Soleil οὐ la Lune reviennent, à 7 ou 
8 minutes d’arc près, au même point du ciel d’où 
ils étaient partis. Or, ce nombre 315 est précist- 
ment le quart de 1 260, nombre de Daniel. De 
Chéseaux en conclut que la période de 1 260 ans 
devait être, elle aussi, un cycle luni-solaire. 


(1) DanteLz, VIIL 12 ot VIII, 14. 


188 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


En effet, après 1 260 années juliennes, de Soleil 
et la Lune reviennent à 1/2 degré près au même 
point de l’écliptique. 

Examiné de la même manière, converti en ure 
période de 2 300 ans, le second nombre de Daniel 
s’est montré un cycle aussi parfait ; donc l’errcur, 
dix fois moindre que celle du cycle de Callipe (1 
était exactement celle du cycle de 1 260 ans. 

Cette égalité d’erreur forçait à conclure que la 
différence entre les deux cycles — soit 1 040 ans — 
devait être elle-même un cycle parfait, à la fois 
solaire, lunaire οὐ diurne, cycle longtemps cherché 
par les astronomes qui avaient fini par le déclarer 
chimérique ou impossible. Son accord avec les 
observations et les Tables astronomiques les plus 
célèbres est extraordinaire. Les positions qu'il 
donne diflèrent moins des positions réelles que 
celles des Tables ne diffèrent entre elles ; l’erreur 
commise est moyenne entre les erreurs des Tables : 
0°,45 pour le Soleil ; 0°,26 pour la Lune. 

Le Soleil fait 1 040 révolutions par rapport au 
premier point du Bélier, en 379 852 jours ; or, la 
Lune par rapport au Soleil, accomplit le même 
nombre de révolutions complètes dans le même 


(1) Callipe vivait en Grèco au rve siècle av. J.-C. 1] avait 
précédemment amélioré les calculs de ses devancicrs, con- 
cornant los cycles solaires, lunaires et planétaires. 


LES TRADITIONS SCIENTIFIQUES 189 


laps de temps. Le cycle de Daniel donne pour la 
longueur de l’année tropique 365 jours 5 ἢ, 48 m. 
55 s. alors qu’on admeb aujourd’hui la même 
valeur à 9 secondes près. 

A ce résultat déjà extraordinaire pour l’époque, 
s’en ajoute un autre signalé encore par de Ché- 
seaux. Dans l’année 652, date très rapprochée de 
la prophétie de Daniel, l’équinoxe de printemps, le 
solstice d’été et l’équinoxe d’automne arrivèrent 
tous trois à la même heure, à midi, au méridien 
de Jérusalem, ainsi que l'exige le mouvement qui 
résulte de la période de 4 040 ans! 

Qui done, conclut de Chéseaux, ἃ pu amener 
Daniel à faire allusion à des périodes ayant des 
rapports si merveilleux avec le mouvement des 
astres ? 

Dans une lettre datée du 12 juin 1771, le savant 
astronome De Mairan écrivait à ce sujet à de Ché- 
seaux : « El n’y ἃ pas moyen de disconvenir de ces 
vérités et de ces découvertes, mais je ne puis com- 
prendre comment ct pourquoi elles sont ainsi réelle- 
ment renfermécs dans l’Écriture. » 

Déjà, l'Académie des Sciences, sur le rapport de 
Cassini, avail déclaré toutes les méthodes suivies 
pour le calcul des mouvements du Soleil οὐ de la 
Lune, déduites du cycle de Daniel οὐ de Parrivée 
des équinoxes et du solstice au méridien de Jéru- 


| 
| 


190 LA SCIENCE MYSTÉRICUSE DES PHARAONS 


salem, très démontrées et parfaitement conformes 
à l’astronomie la plus exacte. 


Depuis, la question a été étudiée par des astro- 
nomes modernes (1), Bell Dawson, E. W. Maunder, 
le Docteur H. Grattan Guinness, et tous ont conclu 
que, quelle que soit la signification intrinsèque de 
la prophétie de Daniel, les nombres mis en avant 
appartiennent à un cycle astronomique extrême- 
ment parfait. Ce cycle était certainement inconnu 
des Chaldéens, aux yeux desquels Daniel passait 
effectivement pour un des plus grands savants de 
l’époque. 


* Aïnsi, la science dont a fait preuve le prophète 
hébreu est presque aussi déconcertante que 168 
faits incroyables de la Grande Pyramide. D’un 
côté, une étude approfondie des mouvements 
célestes qui force même actuellement notre admi- 
ration et dont les conclusions ne seront retrouvécs 
que longtemps après ; de l’autre, un monument 
impérissable venant ouvrir l’ère de l’architecture, 
non par un début insignifiant, destiné à s’accroître 
à travers les siècies sous forme de progrès lents et 


(1) CE. Gr. Guinness, Crealion cenfred in Christ, p. 344 εἰ 
"3. W. MAUNDER, Astronomy of the Bible, p. 357. 


LES TRADITIONS SCIENTIFIQUES 191 


continus, maïs par un élan de science, de majesté 
et d’excellence incomparables, atteignant d’un 
seul coup un idéal que, peut-être, l'humanité ne 
dépassera jamais. | 


Hxplicauon astrologique de la succession 
des noms des jours dans notre semaine, 


13 


CHAPITRE ΧΙ 


LE RÉCIT DE LA «GENÈSE » 
ET LA SCIENCE 


Le problème de nos origines a de tout temps 
attiré l'attention des penseurs : L'homme qui ré- 
fléchit veut savoir d’où il vient, et l’attrait du mys- 
tère de son passé n’a d’égal que celui de sa destinée. 
Voilà pourquoi les essais de Cosmogonie sont tou- 
jours d’actualité ; pour le savant, 1ls ont un autre 
avantage ; ils marquent pour ainsi dire, les étiages 
atteints au cours des siècles par le développement 
de la pensée ; toutes les cosmogonies sont en effet 
des œuvres de synthèse fixant les progrès de l’es- 
prit humain dans les domaines les plus divers. 

Toutefois, mon but, en écrivant ce Chapitre, 
n’est pas précisément de retracer les efforts de la 
science à travers les siècles, pour nous fournir la 
solution de cette énigme sans cesse renaissante ; je 


LE RÉCIT DÉ LÀ € GENÈSE » ET LA SCIENCE 493 


l'ai essayé à différentes reprises et je renvoie le lec- 
teur à mes travaux sur ce sujet passionnant (1). Je 
voudrais aujourd’hui me placer à un autre point de 
vue qu'aucun de mes prédécesseurs n’a encore envi- 
sagé. 

Quand on étudie les anciennes cosmogonies, on 
ne peut se défendre d’un sentiment qui s’impose 
malgré soi de la manière la plus impérieuse : à côté 
de divergences de vues, de détails souvent enfan- 
tins, parfois burlesques, on aperçoit des affirma- 
tions toujours identiques. D’où cela peut-il prove- 
nir ? Les peuples, pensera-t-on, ont pu se copier 
les uns les autres. Cette raison, exacte tout au plus 
pour les Romains qui ont imité les Grecs, pour ces 
derniers qui ont puisé chez les Égyptiens, ete. ne 
saurait être valable pour certaines nations de l’an- 
tiquité, fort éloignées les unes des autres. Il est 
douteux, par exemple, que les Chinois aient copié 
les Hindous, les Égyptiens, etc... ou inversement. 

Mais 1] reste une autre hypothèse : Tous les 
peuples n’auraient-ils pas puisé primitivement à 
une tradition commune, transmise d’abord orale- 
ment à travers la longue série des siècles, puis fixée 
irrévocablement à une certaine époque à l’aide de 
l’écriture et cela dans chaque nation particulière ἢ 


(4) V. mon ouvrage : Origine οἱ formalion des Mondes (Doin, 
éd, Paris). 


194 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


Cette théorie qui nous ἃ donné les meilleurs ré- 
sultats au cours de nos précédentes investigations, 
est la seule qui puisse expliquer divergences et 
points de contact : les altérations inévitables ont 
amené la diversité ; les traits communs attestent 
l'unité d’origine. 

C’est à ce point de vue quelque peu nouveau 
qu’il convient d'examiner les cosmogonies an- 
ciennes et plus particulièrement celle de Moïse con- 
signée dans la Genèse.. 

Il y a quelque cinquante ans, nombre d’exégètes 
avaient cherchéà accorder le récit biblique avec les 
données de la science à leur époque : l’idée ne man- 
quait ni de hardiesse ni de grandeur. Concordistes 
et anticoncordistes croisèrent le fer en des joutes 
savantes restées dans toutes les mémoires. Depuis, 
le vent a tourné, et les idées se sont orientées dans 
une tout autre direction. 

Au reste, on a fait observer que la Bible n’a ja- 
mais eu la prétention d'exposer une doctrine scien- 
tifique οὗ l’on a eu raison ; mais cependant, les faits 
qu’elle énonce sont-ils exacts ou ne le sont-ils pas ? 
Sont-1ls symboles ou réalités historiques ἢ 

Entre temps, des documents précieux émanés de 
l'autorité ecclésiastique qui, seule, ἃ mission do 
donner une interprétation vraie des Écritures, 
sont venus à point pour éclairer la route. Dans son 


LE RÉCIT DE LA « GENÈSE » ET LA SCIENCE 1495 


Encyclique du 18 novembre 1893, Léon XIII, fai- 
sant siennes les idécs de saint Augustin, nous rap- 
pelait les paroles du célèbre Docteur : « L'esprit de 
Dieu qui parlait par la bouche des écrivairs sacrés, 
n’a pas voulu enseigner aux hommes ces vérités 
concernant la constitution intime des objets vi- 
sibles, parce qu’elles ne devaient leur servir de 
rien pour leur salut. (1) » « Ces auteurs, ajoute 
Léon XIII, décrivent les objets et en parlent, ou 
par une sorte de métaphore, ou comme le compor- 
tait le langage usité à cette époque. De même, dit-il 
encore, à propes de l'interprétation des Écritures 
par les Pères de l’Église, il faut distinguer avec 
soin dans leurs explications ce qu’ils donnent 
comme concernant la foi ou comme lié avec elle, 
ce qu'ils affirment d’un commun accord. » 

L'autre document émane de la Commission bi- 
blique dont les décisions ont été ratifiées par lo 
chef Suprême de l’Église. Après avoir constaté 
l’'historicité des trois premiers chapitres de la Ge: 
nèse, cette Commission officielle laisse libre chacun 
de nous d'interpréter, après mûr examen, suivant 
sa propre opinion, les passages de ces chapitres que 
les Pères et les Docteurs ont diversement compris 
sans rien enseiguer de tartain, sauf réserve du juge- 


(1) SAINT AuGusTriN, De Gen. ad, ill, 11, cb. TX, 26. 


100 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


ment de l’Église et en se maintenant dans les ana- 
logies de la foi. 

À la question suivante : « Faut-il régulièrement 
et toujours chercher dans le premier chapitre de la 
Genèse la propriété du langage scientifique ? » la 
Commission répond : Von. 

« Dans la dénomination οὗ la distinction des 
six jours dont parle la Genèse au chapitre premier, 
le mot hébreu yém (jour) peut-il être pris, soit 
au sens propre pour un jour naturel, soit au sens 
impropre pour un certain espace de temps, et 
cette question est-elle librement ouverte aux dis- 
cussions des exégèbes ? » À cette question finale, 
la Commission biblique a répondu carrément : Oui. 

On nous ἃ souvent reproché, à nous hommes de 
science catholiques, de ne pouvoir aborder cer- 
taines questions qu’à la condition d’abdiquer notre 
jugement d'esprit raisonnable ; c’est là une très 
grosse erreur encore trop répandue malheurcuse- 
ment dans le grand public. 

En ce qui concerne l'interprétation du premier 
chapitre de la Genèse, les textes officiels, dont je 

viens de donner le résumé, nous mettent au con- 
traire tout à fait à l’aise. Voilà ce que nous devons 
proclamer très haut et c’est la principale raison 
pour laquelle j'ai tenu à les transcrire 10]. 

L'Église, en la circonstance, fait preuve de la 


LÉ RÉCIT DE LA « GENÈSE » LT LA SCIENCE 197 


plus grande sagesse. Le système du concordisme 
poussé à l’excès est un exercice dangereux : Le 
texte biblique est en effet immuable, alors que ia 
Science est en perpétuel devenir ; mais d’un autre 
côté la Bible est écrite dans une langue beaucoup 
moins riche que la nôtre, et certaines expressions 
resteront longtemps encore entourées d’obscurité. 
Dans ces conditions, ne serait-1l pas téméraire de 
vouloir tout expliquer ? 

Ces réserves admises, ἢ faut dire aussi qu’à 
l'heure actuelle, quoi qu’en pensent certains sa- 
vants et quelques exégètes, la Cosmogonie est de- 
venue une véritable science avec ses principes et 
ses lois : d’un côté, elle se rattache à PAstronomie 
physique, à l'observation, et de l’autre 6116 s'appuie 
sur les fondements de la Mécanique céleste, l’une 
des plus belles conquêtes de la pensée humaine ; 
elle est aussi tributaire de la Géologic à laquelle 
elle peut demander une aide précieuse. 

Sans doute, il reste encore bien des problèmes 
irrésolus ; Ie mécanisme du point de départ de nos 
origines nous échappe, mais sur beaucoup de points, 
malgré la diversité apparente des systèmes, nous 
avons de bonnes précisions. 

Je n’étonnerai personne néanmoins, en disant 
que la plupart des exégètes n’ont de la sctence cos- 
mogonique que des aperçus de seconde main, mau- 


198 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


vaise posture, en vérité, pour situer à leur véri- 
table place Ics notions acquises et les corollaires 
douteux, pour distinguer en un mot le certain du 
probable. 

L’hébreu que j'ai appris dans ma jeunesse, je l’ai 
acquis en vue spécialement d'essayer de com- 
prendre fa Genèse, et depuis, c’est-à-dire pendant 
vingt-cinq ans, je n’ai cessé de m'occuper de Cos- 
mogonie. Après avoir étudié tous les systèmes, je 
me suis laissé aller à édifier à mon tour une théorie 
de l’origine et de la formation du système solaire. 
Hypothèse évidemment, mais qui a au moins le 
mérite d’être la dernière, de tirer profit, par consé- 
quent, des progrès de mes devanciers. D'ici cin- 
quante ans, d’autres idécs surgiront, mais ce qui 
esb acquis restera, comme demeurent certaines 
pierres de l’édifice commencé il y ἃ plus d’un siècle. 

J’ouvre 101 une parenthèse et je demande à mes 
lecteurs de ne point voir en ces détails personnels 
un amour-propre d'auteur ; mieux que personne, 
j'ai pu, au cours de mes études, apprécier la vanité 
de la science humaine qui nous montre le néant de 
notre intelligence vis-à-vis de l'infini s’offrant sans 
cesse, mais 806 dérobant toujours à nos investiga- 
tions. Comme EH. Fabre, l’éminent naturaliste de 
Sérignan, ie sais que plus j'apprends, mieux je 
comprenus que je ne sais rien, et cependant, si, en 


LE RÉCIT DE LA « GENÈSE » ET LA SCIENCE 199 


fisant le récit de la Genèse écrit par Moïse, je vois 
quelque accord avec ce que la science m’a appris 
de plus certain, qui donc me déniera le droit de 
l’affirmer et de le publier ? 

Qui donc oserait me reprocher une telle manière 
d'agir, en tout point si conforme à la pure doctrine 
enseignée par Léon XIIT : « Ainsi, nous dit l’En- 
cyclique Providentissimus Deus, la connaissance 
des faits naturels sera-t-elle d’un secours efficace 
pour celui qui enseignera l’Écriture sainte ; grâce 
à elle, en effet, il pourra plus facilement découvrir 
et réfuter les sophismes de toutes sortes dirigés 
contre les Livres sacrés. » 

« Aucun désaccord réel ne peut exister entre la 
Théologie et la Physique, pourvu que toutes deux 
se maintiennent dans leurs limites, prennent garde, 
suivant la parole de saint Augustin, de ne rien 
affirmer au hasard et de ne pas prendre l'inconnu 
pour le connu (1). » 

Revenons maintenant à notre sujet. 

Le récit de la Création par Moïse est placé au 
début de la Genèse. Comme les versions qu’on 
trouve un peu partout sont parlois inexactes ot 
souvent paraphrasées, je crois bon de donner 10] le 
texte traduit à peu prés mot à mot sur l’hébreu ct 


(1) In Gen. op. ünper;., 1X, 30, 


ee eu À - πὰ παππ ταπαν πα 


τα «ὕ.......................---- -:.... un 


200 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DÉS PIIARAONS 


rétabli dans son ordre primitif, en tenant compte 
des différentes sources approuvées (1). 


LA CRÉATION D’APRÈS LA Genèse. 


1) Au commencement Elohim créa les Cieux et la 
Terre. 
2) Or, la Terre était invisible ct sans forme ; 
Les ténèbres étaient à la surface de l’Abîme, 
Et l'Esprit d'Elohim planait sur les caux. 
3) Klohim dit : « Qu'il y ait de la lumière », 
Et il y eut de 14 lumière. 
4)  Elohim vit que la lumière était bien. 
Elohim sépara la lumière d’avec les ténèbres. 
5) ἃ Elohium nomma la lumière jour, et les ténèbres 
nuil. 
Il y eut soir, il y eut malin : un jour. 


6)  Elohim dit : « Qu'il y aït une expansion entro les 
eaux, 
Et qu'il soit uno séparation entre Ies eaux et les 
eaux. » 
Lt il en fut ainsi. 
71  Hlohim fit donc l’expansion (2). 
Lt il sépara 105 caux qui sont au-dessous de l’expan- 
sion, des eaux qui sont au-dessus de l’expansion. 
8) Et Elohim nomma l’expansion ciel. 
Llohim vit que lPexpansion était bien. 
Et 1l y eut soir, et il eut matin : second jour, 


(1) Vulgate, Septante el [lulique. 

(2) Certains autours traduisent par éfendue 
plus loin que 16 vrai sons est une expansion. 

Dans tout le morceau, les chiffres en regard du texte corres- 
pondent aux versels du 1° chap. do la Genèse, Les coupures 
ue sont porsonnolles ; 10 les ai introduites ici pour mieux faire 
ressortir les diverses idées, mais celles n’exisltent pas daps le 
texiv qui n’esl pas un puèrne. 


5 JIOUS Verrons 


LE RÉCIT DE LA « GENÈSE »:‘ET LA SCIENCE 201 


9) 


10) 


11) 


18) 


19) 


Elohim dit : « Que los eaux qui sont #rus le ciel ge 
rassemblent en un seul lieu, ot que le sec pa- 
raisse. 

Et il en fut ainsi. 

Lt les eaux qui sont sous le ciel se rassemblèrent en 
une même masse, et le sec apparut. 

Elohim nomma le sec terre et nomma mer le rassem- 
blement des eaux. 

Et Elohim vit que cela était bien. 

Elohim dit : « Que la terre produise la verdure, 

De l’herbe portant semence selon son espèce. 

Des arbros portant un fruit selon leur espèce, ayant 
en lui leur semence sur la terre ». 

Et il en fut ainsi. 

Et la terre produisit de la verdure, 

Do l’herbe portant semence selon son espèce 

Et des arbres donnant du fruit ayant en lui leur 
semenco selon leur espèce. 

Et Elohim vit que cela était bien. 

ἢ y eut soir οὗ il y eut matin : troisième jour. 


Blohimn dit : « Qu'il y ait des luminaires dans lPéten- 
due des cieux pour distinguer le jour d’avec la 
nuit. 

Qu'ils servent de signes et pour les époques, et pour 
les jours, et pour les années. 

Et qu’ils servent de luminaires dans l’étenduo des 
cieux pour luire sur la terre. 

Et il en fut ainsi. 

Elohim fit donc les deux grands luminaires : 

Le plus grand luminaire pour présider au jour ; 

Le plus petit luminaire pour présider à la nuit ; 

Hit aussi Les étoiles. 

Et Elohim les plaça dans l’élendue des cieux pour 
Juire sur la terre. 

101 pour présider au jour et à la nuit. 
εἴ pour distinguer la lumière des ténèbres. 
Et Elohim vit que cela élait bien. 


Et il y eut soir, et il y eut matin : quatrième jour. 


20% 


20) 


21) 


29) 


23) 


24) 


25) 


26) 


21) 


LA SAIRNCE MYSTÉUIBUSE LES PHANRAONS 


Elohim dit : « Que les eaux foisonnent d’une multi- 
tude d’êtres animés 


Et que les volatiles volent au-dessus de la terre, sur 


la face de l'étendue des cieux ». 

Et il en fut ainsi. 

Elohim créa donc les grands monstres marins, 

Et toutes sortes d'êtres animés rampants dont pul- 
lulaient les eaux, et selon leurs espèces, 

Et toutes sortes de volatiles ailés selon leurs espèces. 

Et Elohim vit que cela était bien. 

EÉlohim les bénit en disant : « Soyez féconds, multi- 
pliez-vous et remplissez les eaux des mers, 

Et que les volatiles se multiplient sur ia terre ». 

Et il y eut soir, et il y eut matin : cinquième jour. 


Elohim dit : « Que la terre fasse sortir dos êtres vi- 
vants selon leurs espèces : 

Bétail, êtres rampants et bêtes de la terre, selon leurs 
espèces ». 

Et il en fut ainsi. 

Elohim fit donc les bêtes de la terre selon leurs es- 
pèces, du hélail selon son espèce et tous les êtres 
qui rampent sur le sol suivant leurs espèces. 

Et Elohim vit que cela était bien. 

Elohim dit : « Faisons l’homme à notre image, selon 
notre ressemblance, 

Et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les vo- 
latiles des cieux, sur le bétail, sur touto bête de la 
terre et sur tout être rampant qui rampe sur la 
terre ». 

Elohim créa l’homme à son image : 

À l’image d’Ilohim, il le créa ; 

Mälc et femelle, il les créa. 

Flohim les bénit et Elohim leur dit : « Soyez féconds, 
multipliez-vous, remplissezla terre et l’assujettissez. 

Dominez sur les poissons de la mer, sur les volatiles 
des cieux, et sur toute bête de la terre et sur ἰοὺ 
être rampant qui rampe sur [ἃ terre :. 


+ 


LE RÉCIT DE LA € GENÈSE » UT LA SCIENCE 203 


31) Et Llohim vit que tout ce qu’il avait fait était très 
bien. 
11 y eut soir, et il y eut malin : sixième jour. 


4) Alors furent achevés le ciel eb la Eerro et toute leur 
ordonnance (1). 
2)  Elohim acheva au sixième jour l’œuvre qu'il avait 
voulu faire, 
Et au septième jour il se reposa de toute l’œuvre 
qu’il avait voulu faire. 
3) Jlohim bénit le septième jour ct le consacra. 
Parce qu’en ce jour-là, il avait cessé l’œuvre entière 
de la création. 


&)  Telles sont les origines du ciel et de la terre quand ils 
furent créés. 


Nous reviendrons sur la haute portée morale et 
intellectuelle du récit de Moïse, mais auparavant, 
voyons si, pour sa rédaction, l'écrivain sacré ἃ 
puisé, comme on l’a prétendu, à des sources pro- 
fanes. 

Le peuple hébreu étant descendu d'Abraham, 
né lui-même à Ur, en Chaldée, la narration de la 
Genèse a dû contracter plus d’un emprunt, dit-on, 
aux légendes assyrio-chaldéennes. 

Avant la découverte des inscriptions cunéi- 
formes, nous n’avions que de vagues données sur 
les idées que pouvaient se laire de la création Îles 
premiers habitants de la Mésopotamie ; un récit de 
Bérose et un autre de Damascius étaient bien 1η- 


(1) Ce verset commence le chap. IT de la Genèse. 


204 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


suffisants pour nous renseigner, lorsqu’en 1875, 
M. G. Smith exhuma de la bibliothèque de Ninive, 
des briques contenant une cosmogonie chaldéenne. 
C’est un long poème composé de 12 tablettes, hé- 
las ! affreusement mutilées, mais dont les frag- 
ments, tels quels, n’en sont pas moins fort intéres- 
sants. Ils ne datent à la vérité que de l’an 670 avant 
J.-C. ; toutefois les mythes astraux qu'ils con- 
tiennent prouvent, comme pour le poème d’Izdu- 
bar, que nous sommes en présence de copies d’ori- 
ginaux remontant à vingt siècles en arrière pour le 
moins. [18 sont donc bien antérieurs à Moïse, et 
Abraham a pu en avoir connaissance. 

Quelques extraits sufliront ici pour notre but. 
La première tablette suppose le chaos et nous ra- 
conte la génération des dieux : 


Autrefois co qui est en haut no s'appelait pas encore 1e 
ciel ; 

Et ce qui est en bas sur la terre n’avait pas de nor: 

L’abîme infini fut leur origine. 

La mer qui a tout engendré, était un chaos 

Les eaux furent rassemblées ensemble. Alors 

C'était une obscurité profonde, sans aucune lueur, un vent 
d'orage sans repos. 

Autrefois les dieux n’existaicnt pas encore, 

Aucun nom n’était donné, aucun destin déterminé, 

Et furent faits les grands dieux ; 

Le dieu Lakmu, le dieu Lakamu existèrent seuls. 

Un grand nombre de jours et un long temps s’écoula… 

Le dieu Anu.… 


LÉ RÉCIT DE LA € GÉNÈSE » ET LA SCIENCE 205 


Les trois tablettes suivantes n’ont pas été re- 
trouvées ; un fragment de la quatrième se rapporte 
au desséchement de la terre. 

La cinquième tablette correspond au quatrième 
jour de notre Genèse ; c’est la création des astres 
déjà divinisés. Les planètes y ont Icurs demeures ; 
nous retrouvons les dieux Bel et Ac du poème 
d’'Izdubar, ce qui prouve que tout le récit est fondé 
sur une tradition antique née ailleurs, dans une 
contrée plus septentrionale, comme pour le déluge. 
Mais cette tradition s’est encore altérée en passant 
par limagination panthéiste des Chaldéens. Ju- 

gez-en plutôt : 


Il répartit les mansions (1), sept en nombre, pour les 
grands dieux, 

Et désigna les étoiles qui seraient les demeures des sept 
lumast (Ὁ) 

1] créa la révolution de l’année οἱ la divisa en décades. 

Et pour chacun des douze mois, 11 fixa trois étoiles. 

11 attribua sa mansion au dieu Nibir, pour que les jours 50 
renouvellent dans leurs limites. 

ΠῚ mit à côté de celle-ci la mansion do Bel et de Α9... 

Nannar (la Lune) fut chargé d’éclairer la nuit. 


« Mensuellement, sans interruption, remplis ton disque. » 


(Description des phases de la Lune) 
« Lève-toi, couche-toi, selon les lois éternelles ». 


Sur la septième tablette nous relcvons le passago 


suivant : 


(1) Mansion, demeure. 


206 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


Quand les dieux dans leurs assemblées eurent créé... 
Etaient salisfaisants les grands monstres (marins). 
ls en firent des créatures vivantes. 


Sur la tablette relative à la création de l’homme, 
malheureusement très mutilée, M. Smith à relevé 
le nom de Admi ou Adami, forme assyrienne de 
l’hébreu Adam. 

En lisant tous ces textes, 1l est impossible de ne 
pas être frappé par des ressemblances entre les nar- 
rations chaldéennes et génésiaques, mais la simili- 
tude n’est que de pure forme ; elle n’existe que 
pour certaines expressions : le chaos du début, 
l’'Abime primordial, c’est-à-dire les eaux, l’océan 
du commencement des âges ; les luminaires qui 
servent de signes pour régler les années et les mois. 

Quant au fond, tout est différent. Moïse a pu 
connaître, soit par la tradition, soit par sa science 
-— car il avait été élevé par les prêtres égyptiens — 
les idées des Chaldéens, leur 1dolâtric, leur Pan- 
théon de dieux ridicules, toutes les fables de leur 
Mythologie ; il était au courant de leur astrologie, 
mais rien de tout ceci n’a pu lui servir, et siquelques 
expressions sont les mêmes dans les deux récits, 
cela prouve tout simplement que les deux écri- 
vains, l’israélite et le mésopotamien « nous ont 
transmis une même tradition qui ἃ été commune à 
l’origine, mais qui ἃ pris des nuances diverses en 


LE RÉCIT DE LA « GENÈSE » ET LA SCIENCE 207 


passant par des canaux distincts. Aïnsi s’ex- 
phquent les divergences et les traits de ressem- 
blance » (1). 

On ἃ dit aussi que Moïse avait colligé des docu- 
ments de sources différentes, les uns Jéhovistes, 
les autres Elohistes : thèse bien insoutenable ct 
sans portée après les découvertes de M. Smith. 

Le récit des origines, d’après les documents 
assyriens, montre, je l’ai déjà établi, que la tradi- 
tion commune, la vraie souree dont sont dérivés et 
le récit mosaïque, et les narrations relatives à la 
création chez beaucoup d’autres peuples, existait 
pour le moins au troisième millénaire avant lire 
chrétienne. 

Étudions maintenant d’un peu plus près le texte 
de la Genèse. 

Celui qui lirait la Bible comme un livre ordinaire, 
peut être assuré de ne rien comprendre à son lan- 
gage et de n’en tirer aucun profit. Les Pères de 
l'Église l’ont fait remarquer depuis longtemps, 
ΕἼΔΟΥΣ ΓΘ offre plusieurs sens ; le premicr cst sym- 
bolique : 11 vise un enseignement doctrinal ; le sc- 
cond est hébraïque : 1l s'adresse à un peuple défini 
auquel 1] doit se faire comprendre ; et ces deux sens 
ne doïvent en aucune façon être opposés au troi- 


(1) τῆ, Vraouroux, La Bible ef les découvertes modernes, 
Le 1, p. 191 (Bercho et Tralin, éd., Paris). 


14 


208 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


sième, le sens lutiéral historique qui constitue le 
fond des récits. 

C'est ainsi que le premier chapitre de la Genèse 
doit être interprété et alors tout s’éclaire d’une lu- 
mière aveuglante. 

Moïse devait insister sur les grandes vérités reli- 
gieuses qu'Israël, sans cesse en contact avec les 
nabions païennes, avait trop tendance à oublier : 
Dieu, Créateur et non simple organisateur du 
monde ; Dieu créateur de l'Univers qu'il avait tiré 
du néant ; Elohim avait fait Les Cieux et la Terre et 
c’est ce que chantera le Psalmiste : 

« Au commencement tu as fondé la Terre 

Et les cieux sont l’ouvrage de tes mains (Ps. 102, 26). 
Louez Jahvé, invoquez son nom. 

Taites connaître parmi les peuples ses hauts fails.. 


Car tous 105 dieux des peuples sont des idoles 
Lt Jahvé a fait les cieux (Chron., XVI, 8, 26). 


Dieu, Providence et souverain Maître ; il dicte à 
la nature ses lois ; à son mot d’ordre la lumière pa- 
raît, la mer se retire, la terre produit ses fruits : 


C’est d’après tes lois que tout subsiste jusqu’à ce jour 


[(Ps. 109, 91.) 


C’est Dieu enfin qui ἃ créé l’homme et l’a fait à 
son Image : 


Quand je contemple tes cieux, ouvrage de tes mains, 
La Lune cet les toiles que tu as créées, je m’écrie : 


LE RÉCIT DE LA ( GENÈSE » ET LA SCIENCE 209 


Qu’est-ce que l’homme pour que tu te souviennes de lui ; 
Tu l'as fait de peu inférieur à Dieu... 
Tu lui as donné empire sur l’œuvre de tes mains (Ps. 8, 4, 
C7) ; 
Et c’est pourquoi l’homme rendra à Dieu ses 
hommages au nom des créatures : 


Que la terre bénisse le Seigneur, 
Qu'elle 16 loue et l’exalte à jamais. (Dan, TII, 74.) 


De même, est-1l évident que le but de l'écrivain 
sacré, en montrant l’œuvre des « six jours de Dieu » 
et le repos de Jéhovah au septième jour, est d’in- 
sister vis-à-vis des hommes sur la nécessité pour 
eux du repos sabbatique. L’exemple vient de 
haut ; l’origine de la semaine est divine : 


« Ne manquez pas d’observer mes sabbats... Ce sera 
entre moi et vous un signe à perpétuité ; car en six jours 
Jéhovah a fait 105 cieux et la terre et le septième jour, il a 
cessé son œuvre οἱ il s’est reposé » (£x. XX ΧΙ, 13, 17). 


Voilà qui répond à ces savants d’autrefois nous 
enseignant, sans sourire, que la semaine tirait son 
origine des quartiers de la Lune. C’était l'opinion 
de Bailly, de Montucla, de Laplace qui, faute de 
références, n’hésitaient jamais à « imaginer » l’His- 
toire. Arago avait donné cette explication d’une 
manière timide et en hésitant ; mais ceux qui l’ont 
paraphrasée dans la suite ont accepté l’hypothèse 
comme une vérité démontrée ct depuis, vous trou- 


210 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


verez celle-ci dans toutes les Astronomies popu- 
laires, et dans bon nombre de manuels clas- 
siques. 

« Les peuples antiques, y lisons-nous, possé. 
daient déjà notre. semaine de sept jours, calquée 
sur la durée des phases lunaires. » Allégations 
toutes inexactes : si la révolution de la Lune peut 
très bien servir à établir un calendrier avec des 
mois lunaires, 1l est impossible de compter des pé- 
riodes de jours entiers au moyen des phases de 
notre satellite. | 

Aussi, et le fait cst maintenant hors de doute, 
aucun peuple antique n’a employé la semaine de 
sept jours (1). Sous ce rapport les Hébreux font 
tache, pour ainsi dire, parmi les nations ; eux seuls 
ont pratiqué ce système de comput, et encore cette 
division du temps était-elle indépendante de leur 
mois et de leur année. L'origine de notre semaine 
est donc bien d’ordre religieux et non astrono- 
mique. 

Tous les autres peuples avaient divisé leurs mois 
en trois parties de 10 jours chacun : c’étaient les 
décans que nous retrouvons aussi bien chez les 
Égyptiens que chez les Babyloniens et les Chinois. 

Toutefois, la semaine des Hébreux a dû être la 


(1) CE. G. Biaourpan, L’Astronomie, Evolulion des idées et 
des mélhodes, Ὁ. 60. 


LE RÉCIT DE LA € GENÈSE » ET LA SCIENCE 211 


division admise primitivement par l'humanité ct 
ce qui le prouve, c’est précisément le fameux poème 
chaldéen de la création, qui malgré les retouches à 
travers les siècles, avait conservé intacte la tradi- 
tion commune des six périodes, mais avait oublié 
la septième purement idéale. Aux sept jours de la 
semaine, les astrologues avaient peu à peu substi- 
tué les décades, trois pour chaque mois, correspon- 
dant chacune à une étoile. 

Cependant la tradition populaire, toujours lente 
à détruire, n'avait pas tout oublié : d’une part, 
nous voyons que le nombre sept était resté aussi 
bien en honneur chez les Assyriens ou les Babylo- 
niens que chez les [ébreux, et d'autre part, détail 
plus typique, ce nombre avait servi de base à des 
pratiques superstitieuses touchant certains jours 
multiples de sept. 

Chez les Babyloniens, par exemple, les 7, 14, 21, 
28 de chaque mois étaient considérés comme né- 
fastes ; 11 fallait co jour-là s’abstenir de certains 
actes bien définis : « [0 pasteur des grands peuples 
(le roi), lisons-nous sur une tablette, ne mangera, 
ni viande rôlie, ni pain préparé avec du sel ; 1l ne 
changera pas le vêtement de son corps ; 1l n’endos- 
sera pas un vêtement blanc et ne pourra faire de 
sacrifice. Il ne montera pas sur son char ct ne pro- 
noncera aucun décret. Le prophète ne rendra pas 


212 LA SCIENCE MYSTÉRILUSE DES PITARAONS 


d’oracle, le médecin ne posera pas la main sur le 
malade, etc... » 

Remarque identique pour les Égyptiens au sujet 
des mêmes jours du mois. À ces époques néfastes, 1] 
ne fallait pas sortir, ne pas s’embarquer sur le Nil, 
ne pas se baigner, ne pas travailler, ne pas manger 
de poisson, ne pas manger du tout, etc... (1). 

Ne souriez pas, faites une enquête sur nos mœurs 
contemporaines, vous serez édifiés sur l'influence 
du nombre 13 οὐ du vendredi | 

Le sens symbolique dans le premier chapitre de 
la Genèse suflit, 1] me semble, pour justifier lem- 
ploi du mot yôm qui signifie littéralement jour, 
mais qui peut fort bien indiquer des périodes, des 
laps de temps indéterminés. 

On serait tenté de croire qu’une telle interpréta- 
tion est toute moderne ; or, il suffit d'interroger la 

littérature ancienne pour voir qu'il n’en est rien. 
Un bon nombre de Pères, entre autres saint Angus- 
{in, remarquerons-nous avec M. Hamard, et toute 
l’école exégétique d'Alexandrie, ont attribué à ce 
mot jour, un sens métaphorique ; d’autres avaient 
déjà entrevu le système des périodes. 

En fait, le texte même des Écritures nous invite 
à accepte: cette interprétation. En dehors des se- 


(1) Ph. Viney, La Religion de l’ancienne Egypte, p. 222. 


᾽ν a on — “- 
--- = ὧν 


LE RÉCIF DE LA € GENÈSE » ET LA SCIENCE 2183 


maines d'années, calquées sur la semaine ordinaire, 
la Bible ne connaît pas d’autre série que le dér, 
période assez vague qui est la durée de la vie hu- 
maine. Partout ailleurs, 1] est question de temps, de 
demi-lemps comme dans Daniel, où le système des 
semaines d'années reparaît ; l’heure de saint Jean 
dans sa première Épitre est un {emps, remarque 
saint Augustin (1) : les mille années de l’Apoca- 
lypse désignent de même une période. 

Si nous étudions de plus près le commencement 
de la Genèse, nous remarquerons avec beaucoup de 
Pères que le premier jour fut sans matin, le dernier 
sans soir, οὗ que trois de ces jours ont préexisté au 
Soleil. De toute façon, 1] faut admettre le sens de 
période indéterminée pour le septième jour qui 
dure encore, et nous pouvons conclure avec saint 
Augustin qu'il faut entendre les jours de la Genèse 
«non à la manière des jours que nous mesurons et 
comptons par le cours du Soleil, mais d’une autre 
façon » et le savant Docteur continue par une belle 
dissertation sur la lumière de lastre qui, à chaque 
instant, n’éclaire qu’une partie de la Terre (2). 

Au reste, si Moïse nous ἃ donné la narration d’un 
fait dont l’origine remonte à Ja souche primitive de 
humanité, nous pouvons cspéror trouver quelque 


(1) Οἵ, Lottre, 199. 
(2) De Gen. ad. cess., 19-26, —: I, 10, 


214 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


indice de périodes, dans les traditions des autres 
peuples, οὗ c’est précisément ce que nous allons 
constater. 

Les Chaldéens, les Perses, les Phéniciens, les 
Étrusques ont cru à la division de la Création en 
six périodes de longues durées. Le récit de Bérose, 
auteur toujours prolixe οὗ bavard, nous l’apprend 
en ce qui concerne la tradition chaldéenne : la divi- 
sion des jours y est bien conservée avec leurs 
12 heures, 6 pour le jour et autant pour la nuit, 
mais l’auteur prend soin de nous avertir que ce sont 
des jours spéciaux, des jours cosmiques dont les 
secondes représentent nos années ordinaires ; 
chaque minute y équivaut donc à 60 ans ; chaque 
heure à 60 fois 60 années, soit 3 600 ans ; οἵ" le jour 
entier à 12 fois cette dernière valeur, soit 43 200 an- 
nées ordinaires. 

Où Bérosc avait-il puisé d'aussi fantaisistes sup- 
putations ? Nous l’ignorcrons toujours, évidem- 
ment, mais « la morale de l’histoire », c’est la dis- 
tnction entre jours οὗ jours : ceux de la Création 
sont de véritables périodes ; et notez qu’en:la cir- 
constance, Bérose n’était que l’interprète du sens 
traditionnel. 

Reportez-vous aux tablettes chaldéennes, vous 
y trouverez énoncée, quoique sans précision, une 
formule identique pour le fond à celle de la Genèse. 


E RÉCIT DE LA € GENÈSE » ET LA SCIENCE 215 


Δ la tablette où il est question de la génération des 
dieux, nous lisons en effet : « Un grand nombre de 
jours et un long temps s’écoula. » La tradition est 
donc formelle et tout porte à croire que les jours 
mosaïques sont bien effectivement des époques. 

Nous ne nous appesantirons guère sur le sens 
hébraïque renfermé dans la Genèse. Quoique certai- 
nement très instruit, Moïse, pour être compris de la 
masse et afin d'atteindre complètement son but, ne 
devait employer que des mots usuels, ceux du vo- 
cabulaire commun, et c’est en grande partie à cette 
simplicité voulue que la narration doit sa sublime 
crandeur. 

Depuis longtemps, certains exégètes de valeur 
ont donné du texte biblique une interprétation à 
tout le moins originale. Moïse nous représenterait le 
monde comme un édifice à trois étages dont Jého- 
vah est le créateur οὐ l'architecte : chaque partie 
une fois terminée reçoit son ornement, son ameu- 
blement, et toujours en vue de notre utilité. La 
description commence, non par la base, mais par la 
voûte, le ciel où se joue la lumière ; l’auteur, expli- 
que-t-on, suit un ordre de beauté, de dignité : 
l'étage intermédiaire est constitué par le firmament 
séparant les eaux d’en haut des océans ; puis vient 
la terre, fondement et support de l’ensemble : telle 
est l’œuvre des trois premiers jours. 


216 LA SCIENCE MYSTÉRIÈUSE DES PHARAONS 


L’ornementation sera celle des trois jours sui- 
vants : la lumière du premier jour sera localisée au 
quatrième dans le Soleil, la Lune et les étoiles. Le 
firmament et les eaux inférieures du second jour 
seront peuplés au cinquième par les oiseaux et les 
poissons ; la terre soulevée au-dessus des eaux dès 
le troisième jour, recevra au sixième les animaux et 
l’homme. 

Un tel parallélisme devait séduire les docteurs 

du Moyen-Age qui n’eurent garde de l'oublier, 
mais, au fond, celui-ci n’est que de pure forme ; les 
plantes, par exemple, sont déjà l’ornementation de 
la terre au troisième jour | 

Légèrement modifié pour une présentation accep- 
table, ce système, auquel on tend à revenir aujour- 
d’hui, n’évite guère les difficultés. Comme tous 
ceux qui nicnt une succession réelle dans les phases 
décrites, 1] n’explique pas pourquoi, par exemple, 
Moïse continue un morceau censé purement litté- 

raire, par une description de faits chronologique- 
ment enchaînés : la création de homme, sa chute, 
sa descendance, etc. 

€ N'oublions pas non plus, dit à ce propos un 
critique, que la haute portée du document tient au 
faié que l’homme couronne la création terrestre ef, 
que tout dans son habitat ἃ été ménagé pour lui. 
Or, si l’homme n’a pas été récllement créé après 


LE RÉCIT DE LA « GENÈSE » ET LA SCIENCE 217 


toutes les espèces animales, l'effet intentionnel du 
tableau ne répond pas exactement à la vérité, la 
forme emporte le fond. On admettra en consé- 
quence que le dernier événement a été placé de pro: 
pos délibéré à sa place historique (1). 

Mais alors, il n’y a plus de raison de considérer 
le récit de la Genèse comme une série de tableaux 
sans suite ordonnée : la création du jour primor 
dial sans soleil, celle des plantes avant la mention 
de notre astre central, enfin l'apparition de ce der- 
nier seulement au jour suivant, tous événements 
antérieurs à la venue de l’homme, deviennent inex: 
plicables si l’on n’admet pas une succession réelle. 

Moïse avait donc eu un motif sérieux d’annoncer 
les faits dans l’ordre que nous constatons ; en agis 
sant ainsi, il ne faisait d’ailleurs que nous trans- 
mettre une longue tradition et la preuve nous en 
est fournie par le fond même des cosmogonies 
communes à d’autres peuples. 

Notre terrain se trouve maintenant singulière- 
ment déblayé : tout en constatant dans la Genèse 
un sens symbolique évident et une forme singuliè- 
rement adaptée au but poursuivi ; tout en admet- 
tant également un genre de narration cadrant 
avec les notions admises par les Hébreux de lé- 


(1) Cf. A. T. DELATTRE, Les jours de la Créulion. Sc. Cath. 
15 janv. 1892. 


918 [LA SCIENCÉ MYSTÉRIEUSE D£S PHARAONS 


poque, notions qui s'étaient amalgamées avec 
celles du peuple égyptien, nous sommes inélucta- 
blement amenés à reconnaître dans le récit bi- 
blique la présence d’un enseignement possédant 
un sens historique indéniable. 

En d’autres termes, Moïse nous raconte une 
série ordonnée de faits récls, une succession dans 
le temps, soit d’actes divins, soit de causes posées 
par Île Créateur ct dont 1] nous retrace les cflets. 

— Alors, me feront remarquer les exégètes et 
les savants, vous êtes concordiste, c’est-à-dire 
que vous croyez à un accord entre le récit de la 
Genèse ct les données de la Science ? 

— Attendez ; la suite précisera ma position οὗ 
ma réponse. Au reste, telle quelle, la question mo 
semble aussi mal posée qu'inopportune. Mais ce 
que je veux affirmer dès maimtenant, c’est que je 
n'ai ni la prétention, ni la mission d’interprétor 
d’exacte facon le texte de la Genèse. 

En second lieu, je l’ai déjà fait observer, notre 
science est en perpétuel devenir : à côté de résultats 
certains, combien de problèmes posés ot 1rrésolus : 
que de mystères soulevés à mesure que s’élargit 
notre horizoni 

Troisième remarque, enfin : admettons par hy- 
pothèse que nos connaïssances en Géologie, en 
Physique, en Chimie, en Paléontologie, en Cos- 


LE RÉCIT DE LA « GENÈSE » ET LA SCIENCE 219 


mogonie, soient assez développées pour nous per- 
mettre de retracer les stades parcourus depuis les 
origines du monde, comment allons-nous procéder, 
quelle méthode d'exposition devons-nous adopter ? 

Décrire parallèlement les phases d'évolution du 
Globe, les transformations de la flore, les déve- 
loppements successifs de la faune, 11 n’y faut pas 
compter ; semblable tâche est non seulement ar- 
due, mais impossible en fait; à chaque instant, 
nos descriptions risqueraient d’empiéter les unes 
sur les autres ct, le parallélisme étant constarm- 
ment rompu, nous risquerions d’encourir le re- 
proche que l’on fait à Moïse, de n’avoir pas observé 
strictement l’ordre chronologique. Les difficullés 
seraient inextricables si, par surcroît, nous nous 
trouvions dans l'obligation de résumer en une ou 
deux pages, une matière généralement dissé- 
minée et traitée en plusieurs volumes séparés. 

N’allons donc pas exiger de l’auteur de la Ge- 
nèse une œuvre irréalisable et ne cherchons dans 
son récit que les grandes lignes du sujet. Cette 
ossature une fois fixée, nous examinerons 51] 
existe, oui ou non, un accord général entro la nar- 
ration biblique et les conclusions certaines que 
nous offre notre science actuelle. 

Sans nous attarder aux détails, nous pouvons 
résumer ainsi toute l’œuvre des six jours. 


220 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES ῬΠΛΠΑΟΝΒ 

1er jour : Création de l'Univers matériel (les 
Cieux et la Terre), la Lumière et les Eaux. 

2€ jour : Formation de l’expansion, séparation 
des caux supérieures et inférieures. 

3e jour : Apparition de la terre ferme et forma- 
tion des végétaux. 

4e jour : Apparition des astres. 

9e jour : Formation des animaux marins et des 
oiseaux. 

09 jour : Formation de la faune terrestre et 
création de l’homme. 


Un simple coup d’œil sur ce tableau nous 
montre à l'évidence que, l’œuvre du premier jour 
mise à part, tout le reste se réfère à notre planète. 
Le quatrième jour où il est question des astres, 
paraît de prime abord faire exception, mais nous 
verrons que la difficulté n’est qu’apparente. Celle- 
ΟἹ résolue, le problème se simplifie immédiatement ; 
car c’est à la Géologie et à la Paléontologie que 
nous aurons surtout recours, eb personne à l’heure 
actuelle n’oserait soutenir que ces deux sciences 
connexes ne sauraient nous fournir autre chose que 
de vagues indications. 

Autre remarque capitale : La plupart des com- 
mentateurs anciens et modernes qui ont essayé 
d'interpréter le texte de la Genèse, ont tous cher- 


a gl or © og Le om qe ὧν π᾿ a ———— — 


LE RÉCIT DE LA « GENÈSE » ET LA SCIENCE 221 


ché dans leur propre fonds, c’est-à-dire, somme 
toute, à l’aide de leur imagination plus ou moins 
créatrice, la signification des mots hébraïques 
employés par l’auteur du récit ; c’est là, à mon 
avis, une manière détestable de traduire un mor- 
ceau. Une trentaine de versets ne suffisent pas à 
nous donner la clef d’un vocabulaire. Moïse ἃ 


voulu être compris de ses contemporains ; 1l a. 


donc usé nécessairement de mots à sens bien défini: 
mais, du fait qu’il a voulu vulgariser, 1] ne s’en- 
suit pas qu’il nous ait donné des notions commu- 
nément répandues parmi le peuple. La tâche du 
vulgarisateur ne change pas suivant Îles époques : 
elle consiste toujours à donner un enseignement 
sans user des termes techniques qu’'emploient Îles 
savants. 

Il nous faut donc coûte que coûte trouver la 
signification des mots qui sont obscurs pour nous, 
par la simple raison que la langue des Hébreux 
est loin de nous être familière. 

Il n'existe qu’un moyen de sortir de cette im- 
passe, c’est de rapprocher les termes de la Genèse 
des mots analogues répandus à profusion dans 
les Livres suivants. On m'objectera que ces Livres 
ont été écrits par différents auteurs et à diverses 
époques, mais par son esprit, par sa tradition, 
par son but, la Bible est une, et personne, mieux 


222 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


que les auteurs successifs des Livres-saints, n’est 
à même de nous fournir le sens véritable des Écri- 
tures. Analysé à l’aide de ces principes, vous le ver- 
rez vous-même, le texte de Moïse est d’une clarté 
aveuglante. 

« Au commencement Dieu créa les Cieux et la 
Terre. » 

Ainsi s’ouvre la Genèse. On ἃ voulu voir dans 
cette phrase, sublime en sa simplicité, le titre de 
toute la suite, une sorte de résumé du premier 
chapitre. Mais alors 1] faut expliquer pourquoi 
l’auteur qui va bientôt nous parler du ciel, emploie 
101 le mot cieux. C’est que pour tous les écrivains 
sacrés, les cieux indiquent l’Univers, le monde 
entier et particulièrement l’armée des étoiles. Dans 
maints passages, 1l est question de l’armée céleste 
qui obéit aux ordres de Jéhovah, et le contexte ne 
fait aucun doute ; le titre do Dieu des armées qu’on 
a reproché au Dieu d'Israël, n’a jamais vouiu 
désignér un général d'hommes armés (1). 

Au commencement des temps, Dieu a créé la 
substance du monde, celle de l’Univers entier, y 
compris la malière terrestre. 

Ouvrez le livre des Proverbes et celui de la 


(1) Les astres, avec les purs esprits, font partie de l'armée 
du Soigneur, l’armée (isaba) du ciel ; d’où le nom ÆElohé Tse- 
baoth, Dieu des armées, donné à Jéhovah. 


LE RÉCIT DE LA « GENÈSE » ET LA SCIENCE 222 


Sagesse, et vous comprendrez le commencement 
de l’œuvre du premier jour : 

La Sagesse incréée, « souffle de la puissance de 
Dieu » (2), qui n’était autre que le Verbe de Dieu, 
nous dit saint Paul (1), ἃ présidé à la création de 
PUnivers. Elle le dit elle-même par la bouche du 
Prophète : 

Jéhovah m'a possédée au commencement de ses voies 
Avant ses œuvres les plus anciennes. 

J'ai été fondée dès l’éternité, 

Avant l'origine de la Terre. 

Lorsqu'il (Jéhovah) disposa les cieux, j’étais là (3). 


Non, les astres ne furent pas créés au quatrième 
jour, après la Terre, ainsi qu’une lecture rapide de 
la narration de Moïse nous inciterait à 16 croire. 
L'auteur du Livre de Job, interprète inspiré d’une 
Jongue tradition, nous le dit expressément ; Jého- 
vah s’adressant à l’homme, lui parle en ces termes : 
Où étais-tu quand jo posais les fondements de la Terre ? 


Qui en ἃ posé la pierre angulaire 
Quand les astres du malin chantaient en chœur ? (4) 


Les étoiles, soleils de lespace, notre soleil Jni- 
même, masse volumineuse à l’origine, étendant 


(1) Sagesse, VIT, 25, 26. 

(2) Ep. aux Héb., I, 3. 

(3) Proverbes, VIII, 22, 23, 27. 
(4) Job., XX XVIII, 4,0, 7. 


)2% LA SCIENCÉ MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


son atmosphère jusqu'à l'orbite de Vénus, cer- 
taines de nos planètes même, ont donc assisté à la 
naissance de la Terre : Tous étaient présents, voilà 
le sens du début de ce splendide poème sur la 
création. 

Sur ce point particulier, l’Astronomie nous 
offre-t-elle des certitudes ? Assurément. Lorsque 
notre minuscule nébuleuse répartie autour de 
notre astre central, voguait déjà dans les espaces 
célestes, d’autres genèses de monde s’enfantaient 
dans les profondeurs éthérées. Nous appartenons 
à un immense courant d'étoiles ; au cours de notre 
long voyage céleste, nous avons des compagnons 
de route que nous connaissons parfaitement ; le 
bel Antarès du Scorpion, des étoiles de Pégase, 
de Persée, une de Cassiopée, une autre du Cygne, 
etc., ete... Mais avant nous, d’autres systèmes 
étaient nés, soleils déjà vieillis, soleils agonisants, 
astres morts aussi, peuplant depuis des millions 
d'années les vasbes cimetières du ciel. 

De tout cela, Moïse n’avait rien à nous dire : la 
Genése, comme toute la Bible, a été écrite pour 
l’homme ; son but est de retracer pour ses lecteurs, 
les phases de l’évolution de la Terre. 

— Anthropomorphism», dira-t-on. 

Et pourquoi non ἢ Nos séologues, nos paléon- 
tologisLes, nos botanistes, s’occupent-ils des étoiles, 


LE RÉCIT DE LA « GENÈSE » ET LA SCIENCE 223 


des comètes ou des planètes telles qu'Uranus ou 
Jupiter ? 

— D'accord ; mais, objectera-t-on de nouveau, 
l’auteur de la Genèse paraît donner à notre humble 
Terre une bien grande importance au sein de la 
création. — Qu'en savez-vous ? Connaissez-vous 
les idées, je ne dis pas du peuple hébreu ou égyp- 
tien, mais des savants de ces temps lointains ? 
Les résultats exposés au cours des chapitres précé- 
dents sont bien faits pour nous déconcerter ; alors, 
de quel droit jugerons-nous à ce sujet, l’auteur du 
premier Chapitre de la Bible ἢ L’Écriture, nous 
l'avons vu, n’est pas un livre de science, et cepen- 
dant, ceux qui nous l’ont léguée ont laissé parfois 
transparaître des conclusions que ne désavoue- 
raient pas nos modernes astronomes. 

On a prêté à Moïse et aux auteurs sacrés Îles 
idées des Égyptiens sur l'aurore ; sur la constitu- 
tion de la Terre qu’ils auraient supposé plane et 
soutenue par des colonnes ; sur la voûte céleste 
qu’ils auraient cru solide; que sais-je encore ? 
Mais les opinions répandues parmi le peuple no 
nous apprennent rien sur celles des savants. Or, 
les écrivains sacrés étaient certes parmi les plus 
instruits des enfants d'Israël ; et savez-vous com- 
mount 115 parlaient de l'Univers et de la Terre ? 


226 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


Par la parole de Jéhovah, les cieux ont été faits 
Et toute leur armée par le souffle de sa bouche. 
Vois, Dieu est sublime dans sa puissance ; 

Il est puissant par la force de son intelligence (1). 
Jéhovah ! mon Dieu, tu es infiniment grand (2). 
À toi sont les cieux... 

Le monde et ce qu’il contient, c’est toi qui l’as fondé. 
À toi aussi la Terre. 

Tu as créé le Nord et le Midi (3). 

Mon âme bénis Jéhovah! 

Car à Jéhovah sont les gonds de la Terre 

Et sur eux il ἃ posé le Globe (4). 

Il étend le Septentrion sur le vide, 

I] suspend la ‘l'erre sur le rien (5). 

C'est lui qui trône sur le globe de la Terre, 


10. ses habitants sont pour lui comme des sautcrelles (6). 


Ailleurs, le prophète Isaïe nous assure que l’hu- 
manité, représentant la Terre, est comparable 
aux yeux de Jéhovah à la goutle d’eau suspendue 
au bord d’un vase qui déborde, ou à une poussière 
qui détermine à peine dans la balance la plus lé- 
gère inclinaison (7). 

Pourrait-on affirmer, 16 vous le demande, d’une 
façon plus nette l’idée que la Terre est une portion 
infime de l'Univers ἢ 

Avant qu'on eût démontré scientifiquement 


(1) Job, XX XVI, 22. 

(2) Ps., CEV, 1. 

(3) Ps., LXXXIX, 12, 13. 
(4) Samuel, 1{, 8. 

(5) Job, XXVE, 7. 

(6) Zsaie, XL, 22. 

(7) Isaïe, XL, 15. 


LE RÉCIT DE LA « GENÈSE » ET LA SCIENCE 22} 


jisolement de la Terre, sa petitesse relative, sa 
rondeur et sa rotation, ces textes ne laissaient pas 
que d’embarrasser les commentateurs. Longtemps, 
on traduisit le mot globe par cercle, sous prétexte 
que les peuples de l’antiquité croyaient à une 
Terre plane et circulaire, entourée d’eau de tous 
côtés, mais les Grecs qui professèrent la sphéricité 
de la Terre, ne faisaient peut-être que répéter une 
lcçon apprise au contact des savants juifs ou 
égyptiens. Ceci est d'autant plus vraisemblable 
que Platon lui-même a puisé en Égypte la source 
d’un bon nombre de ses conceptions, la métemp- 
sycose par exemple, et peut-être aussi l’idéo 
d’un Médiateur, idée qui, par les Hébreux, s’était 
largement répandue. 

De même, le terme hébreu correspondant au 
mot gond et qui s’appliquait naturellement aux 
pôles du ciel, en latin cardines cœli, expression très 
fréquente dans la Bible, pour désigner l’axe idéal 
autour duquel on voyait tourner les ‘toiles, 
n'ayant aucun sens pour une Terre supposée im- 
mobile, ce terme qui donnait cardines lerræ, deve- 
nait le cauchemar des traducteurs. On substituait 


à ces mots : extrémités de la Terre, colonnes de la 
Terre, etc... Et cependant leur signification, 10], 
n'est pas plus douteuse que dans 105 phrases pré- 
cédentes ; l’auteur des Proverbes compare le pa- 


- κ᾽} ͵δ συ... — 


228 £A SCIENCE MYSTÉBIEUSE DES PIHARAONS 


resseux 80 retournant sur sa couche à « une porte 
qui tourne sur ses gonds » (1) et ’est bien le même 
mot que les écrivains sacrés emploient pour la 
Terre. 

Même en admettani que les auteurs aient été 
inspirés dans ces passages fort étrangers à la foi, 
il est invraisemblable de supposer qu'ils ne se com- 
prenaient pas eux-mêmes. 1] y avait donc autre- 
fois, tout comme aujourd’hui, de très grands sa- 
vants ct 1] est décevant de penser qu’il nous a fallu 
une longue suite d'efforts pour parvenir à retrou- 
ver des notions scientifiques déjà courantes il y a 
quelques milliers d'années. 

Mais revenons au texte de la Genèse. À part le 
mot Cieux de la première ligne, tout va mainte- 
nant se rapporter à la Terre en tant que planîte. 

Or la terre élait invisible et sans forme ; les té- 
nêbres élaient à la surface de l’ A bîme. Faute d’avoir 
eu le sens véritable du mot Abîime, les commen- 
tateurs se sont épuisés à trouver la signification 
de cette phrase pourtant très simple. On a voulu 
voir dans l’Abime, la désignation des espaces 
interstellaires plongés dans la nuit avant l’=ppa- 
rition de la lumière, mais lAbîme dans les Écri- 
tures n’est autre que la mer, les «eaux profondes » ; 


(1) Proverbes, XX VI, 14. 


LE RÉCIT DE LA € GENÈSE » ET LA SCIENCE 229 


c'est l’abyssos des Grecs, l’abîime des tablettes 
cunéiformes que la cosmogonie chaldéenne sup- 
pose sans fond, infini. | 

Après sa phase incandescente, après avoir 
brillé de son éclat propre, la Terre fut peu à 
peu envahie par le froid. Une épaisse couche de 
vapeurs brûlantes entoura notre planète ; tel Jupi- 
ter apparaît aux yeux des astronomes qui con- 
templent son disque nuageux rayé de bandes mul- 
ticolores, réfléchissant en partie la lumière du 
Soleil. 

Au sein de cet amas, mélange des gaz les plus 
divers, une sélection s’opérait lentement ; sur une 
écorce à peine solidifiée, croûte sans cesse dis- 
loquée par les éruptions des gaz sous-jacents, la 
condensation déposait une première enveloppe li- 
quide, océans sans rivages entourant notre planète 
comme d’un obscur vêtement. Si le Soleil volumi- 
neux des temps primordiaux illuminait déjà à 
cette époque la partie supérieure des nuages 
lourds entourant notre minuscule habitat, ses 
rayons étaient impuissants à pénétrer cette enve- 
loppe même gazeuse ; à plus forte raison ces 
mêmes rayons fécondants n’avaient-ils pas encore 
atteint la mince pellicule solide destinée à former 
bientôt nos continents. Partout c'était l'obscurité ; 
les ténèbres étaient à la surface de l’abîme, cou- 


230 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


vraient le grand océan ; la terre, ce qui devait plus 
tard former le sol, était invisible et sans forme 
définie. 

Moïse est bref ; 11 ne développe pas son sujet, 
mais ceux qui viendront après lui, interprètes de 
son texte et fidèles gardiens de la tradition orale, 
fixeront à Jamais cet enseignement. Dans son 
hymne au Créateur, le Psalmiste chantera, en 
parlant de Jéhovah : 


« Il a affermi la Terre sur ses bases. » 


Puis, aussitôt, s’adressant à Lui et parlant de la 
Terre : 


« Tu l’avais enveloppée de l’Abîme comme d’un véte- 
ment » (1). 


Remarquez ce mot « enveloppée », qui ne saurait 
s’appliquer à une Terre plate ; l’auteur sacré, bien 
qu'il parlât pour le peuple, n’épouse pas ses idées 
sur la forme de la Terre ; il ne dit pas : « Tu as 
jeté sur elle, un voile, une couverture », mais « Tu 
l'avais enveloppée par les eaux comme d’un vêle- 
ment » qui fait le tour du corps. 

Job entrera même dans des détails plus circons- 
tanciés ; 1l corrobore la raison que j'ai donnée, 


(1) Ps., GIV, 5, 6. 


LE RÉCIT DE LA € GENÈSE » ET LA SCIENCE 291 


pour laquelle la lumière ne pouvait atteindre 
même la surlace des océans : 


« Qui ἃ formé la mer avec des portes, 
Lorsqu'elle sortit impétueuse du sein maternel : 
Quand je lui donnai des nuages pour vêtements 
Et pour langes d’épais brouillards (1) ? » 


Or, je vous le demande, comment l’auteur des 
Psaumes, celui du Livre de Job, et Moïse lui-même, 
ont-ils pu, à leur époque, se rendre compte du 
passé de notre Globe ; comment ont-ils pu savoir 
ce que notre science actuelle nous enseigne de plus 
certain (2) ? 

Admettre qu'ils eussent acquis ces connaissances 
par une voie scientifique n’est pas soutenable ; 118 


ne faisaient plutôt que fixer une tradition remon- 


tant aux premiers âges de l'humanité, et la preuvo 
c’est que nous retrouvons des linéaments de cette 
même tradition dans toutes les cosmogonies des 
peuples orientaux. 

Le tehom hébraïque, l’abime primordial, devient 
en Chaldée, le tihamat qui offre le même sens, et 


(1) Job, XXX VIII, 9. Le mot langes montre bien qu’il 
s’agit des vêtements de la mer lorsque celle-ci venait de naître. 
Pour la formation des planètes et de leurs satellites, voir mon 
volume : Origine et formation.des Mondes (Doin, éd., Paris). 

(2) Au début, l'atmosphère de la Terre était dense et 
épaisse ; elle s’est raréfée peu à peu surtout en raison do la 
force répulsive des rayons solaires, agissant sur les molécules 
supérieures : voir ma note à l’Acad. dos Sc. (C. R.. févr. 1923) 
et art. Th. Moreux dans Rev. du Ciel (avr. οὗ mai 1923). 


932 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


qui se mue en la déesse Tihavié, la Thavat de 
Bérose. 


Un temps fut où le monde entier n’était que ténèbres οἱ, 
eau, 


nous raconte une ancienne inscription cunéiforme 
et c’est de la mer que fut formé notre monde quand 
Bel, le démiurge, intervint. 

Mêmes affirmations chez les Phéniciens qui 
enseignent qu'à l’origine, « avant que l'esprit 
d'Amour ne se manifestât par son action, tout con- 
sistaié en un air ténébreux, épais et agité et en un 
chaos pareil à l’Irèbe ». 

Le Zèig-Védé, le plus ancien des livres védiques, 
s'exprime ainsi, au sujet des origines : « Qu’était 
lo profond abîme ἢ... Il n’y avait que ténèbres au 
commencement ; enveloppé de ténèbres, tout était 
une mer indiscernable. » 

Le Livre des Lois de Manou, le Vichnou-Pou- 
rana, les textes parsis nous présentent tous, des 
déformations de la cosmogonie biblique, mais ils 
s'accordent avec elle pour nous enseigner que l’eau 
primordiale était sombre d’abord, puis devint 
éclairée par la lumière du jour. Ce dernier passage 

esé très 1mporbant : 1l fixe de façon définitive le 
sens des paroles de Moïse au sujet de la lumière. 

Jamais en effect passage de l’Écriture ne donna 


QT ὰτφ στ πδαενου τπσσοι 


ILE RÉCIT DE LA & GENÈSE » ET LA SCIENCE 23à 


lieu peut-être, à autant de discussions que le verset 
relatif à cette apparition. Les anciens commenta- 
teurs ont tout imaginé pour montrer que la lumière 
pouvait scientifiquement arriver avant Ie Soleil 
dont 1] n’est question qu’au quatrième jour. De- 
vant des explications bien sujettes à caution, on 
comprend pourquoi les exégètes modernes, afin 
d'éviter aussi tout conflit scientifique, se sont 
prudemment réfugiés dans le sens historico-théo- 
logique. Pour ma part, je pense qu’un examen 
attentif du texte biblique est de nature à préciser 
l’idée de Moïse. L'écrivain sacré ne fait aucune 
allusion à la vraie création de la lumière, cet agent 
physique, véritable protée qui se transforme en 
chaleur, en électricité, en énergie de toute sorte ; 
il ne dit pas davantage, comme on l’a traduit 
pendant longtemps : 


« Que la lumière soit οἱ la lumière fut + 
mais : 


« Qu'il y ait do la lumière et il v eut de la lumièro ». 


Nous avons vu que les cieux ont été créés avant 
la Terre ; que les astres ont présidé à la naissance 
de notre planète ; 1] y avait donc, à cette époque, de 
la lumière dans l'Univers, mais cette lumière 
n'avait pas pénétré à travers l'atmosphère terres- 
tre trop dense, elle n’avait pas davantage illuminé 


234 [LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


la surface des grandes eaux, 0116 n’avait pas encore 

atteint les continents enveloppés par l’Abime : 

sous l’ordre d’'Elohim, tout ceci va s’accomplir. 

À la parole du Créateur, l’atmosphère s’épure, 

les rayons du soleil arrivent enfin, quoique encore 
diffus, à la surface proprement dite de notre pla- 
nète ; surface toujours semi-liquide, mais peu 
importe ; dès ce moment, la lumière chasse les 
ténèbres et notre globe planétaire, animé déjà d’un 
mouvement de rotation, va connaître les alter- 
natives du jour et de la nuit. 

C’est alors que Dieu dit : « Qu'il y ait une expan- 
sion entre les eaux », c’est-à-dire un intervalle entre 
l’eau des océans ct les vapeurs qui, nées de la mer, 
viennent se condenser en nuages aqueux dans 
l’atmosphère. Cette expansion, qui constitue pour 
nous l’apparence du ciel, est désignée dans le texte 
hébreu par un mot que les Scptante, influencés 
par les idées cosmologiques de leur époque, ont 
traduit par stéréoma, firmament, voûte solide ; 
rien de tout cela dans la bouche de Moïse : le mot 
hébreu raquiah n’évoque que lidée d’étendue οὗ 
micux d'expansion. 

Beaucoup d’exégètes modernes ont prêté aussi à 
l’auteur de la Genèse, les idées du peuple égyptien 
sur le firmament que l’on considérait sous la forme 
d’un fleuve parcouru par la barque du Soleil, etc. 


LE RÉCIT DE LA « GENÈSE » ET LA SCIENCE 295 


mais les Hébreux connaissaient fort bien le méca- 
nisme de la circulation aéro-tellurique des eaux ; 
les vapeurs s’élevant de la mer pour former les 
nuages qui, à leur tour, se résolvaient en pluie (1). 
On voudrait également nous faire croire que 
Moïse admettait la conception égÿptienne popu- 
Jaire de l’aurore, lumière supposée distincte de 
celle du soleil ; mais, encore une fois, toutes ces 
inepties, bonnes pour le peuple, n'étaient certes 
pas professées par les savants de l’époque. Rappe- 
lez-vous les astronomes chaldéens calculant les 
éclipses et se rendant parfaitement compte du fait 
que la Lune passait alors entre le Soleil οὐ la 
Terre : le Soleil était donc plus éloigné de nous 
que la Lune. Le même raisonnement leur avait 
montré que les étoiles étaient bien au delà du 
Soleil et derrière la Lune qui parfois les éclipsait ; 
la voûte céleste n’était donc qu’une apparence et 
la fiction des sphères de cristal n’était pas encore 
née (2). 
Continuons donc l’étude du récit biblique sans 
nous laisser influencer par les commentateurs de 
toutes les époques, qui n’en ont pas toujours saisi 


(1) C'était aussi l’opinion du regretté Schiaparelli et c’est 
celle qui a été développée depuis peu par M. Maunder, le 
célèbre astronome de }’Observatoire de Greenwich. 

(2) On n’en trouve des traces qu’au n° siècle de l’ère chré- 
ticunce 


| 


236 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


le sens, faute de l’avoir comparé aux divers auteurs 
sacrés, COmINne aux Cosmogonies anciennes nées de 
la même tradition cent fois séculaire peut-être. 


L’écorce de la Terre s’est ridée, des plis se sont 
dessinés à sa surface, les mers ont envahi les fonds ; 
collines et montagnes se sont soulevées, le sec est 
apparu. Et tout ceci, qui nous est enseigné par la 
Géologie, est également dans la Bible. 

« Jéhovah renferma les eaux supérieures dans 
ses nuages et elles ne se déchirèrent pas sous leur 
poids (1). » Quant aux eaux inférieures (les océans), 
« elles s’enfuirent devant la menace de Jéhovah », 
nous dit le Psalmiste ; et, interpellant directement 
le Créateur qui avait déjà affermi la terre : 

Les montagnes surgirent, les vallées se creusèrent, 
Au lieu que tu leur avais assigné. 


J'u poses une limite que les eaux ne sauraient franchir : 
Elles ne reviendront plus recouvrir la terre (2). 


Tel est le commencement de l’histoire géolo- 
eique du globe terrestre ; la suite, d’après la 
Genèse, en est plus impressionnante. De même que 
le troisième jour vit, au début, le rassemblement 
des eaux, la formation des océans et des amorces 
des continents émergés, il présidera à la naissance 


(1) Job, X XVI, 8. 
{2}. 1 ΡΥ 8, Ὁ, 


LE RÉCIT DE LA « GENÈSE » ET LA SCIENCE 237 


de la vie sur la Terre ; et la vie végétale naquit. 
Voilà la vraie caractéristique de la fin de cette 
époque envisagée par l’auteur de la Genèse : le 
développement formidable de la cellule végétale, 
depuis le simple microbe jusqu’à l’algue marine, 
depuis la mousse terrestre jusqu’à la prêle géante 
et les hauts conifères qui, pendant la période pri- 
maire, couvriront l'écorce solidifiée. 

Interrogeons en effet la Géologie, que nous dira- 
t-elle ? Pendant cette période primitive, dans une 
atmosphère chaude et humide, tout imprégnée de 
carbone, la flore se développe à profusion, les 
végétaux s’élancent en forêts impénétrables. Ici, 
00 sont des plantes géantes analogues à nos fou- 
gères, mais dont les dimensions nous effrayent ; [à 
des lépidodendrons analogues à nos mousses avec 
des troncs de 30 mètres de hauteur ; des araucarias 
gigantesques, des champignons et des nénuphars 
monstrueux. Et cette végétation exubérante, où la 
vie se dépense sans compter, envahit toutes les 
régions de l’équateur aux pôles ; immenses forêts 
dont nos géologues trouveront partout la trace, 
jusque dans les déserts actuellement glacés de la 
Sibérie. 

Lt ce merveilleux tableau a été tracé pour la 
première fois par un homme qui ἃ vécu des mil- 
liers d’annécs avant nos savants modernes, par 


223 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSS DES PHARAONS 


quelqu'un qui n’a pu recevoir des prêtres égyp- 
tiens ou des astronomes chaldéens aucune notion 
d’une science absolument neuve, créalion lente des 
Cuvier, des Élie de Beaumont et des Suess. 

C’est à la fin de la période primaire que l’atmos- 
phère terrestre, encore lourde de vapeu:5, s’épure 
tout à fait ct le Soleil paraît, non pas 16 Soleil tel 
que nous le connaissons, mais une vaste sphère 
dont les rayons avaient jusqu'ici enveloppé la 
Terre pour ainsi dire, astre géant semblable à ceux 
que nos mesurcs récentes viennent de nous révé- 
ler ; noyau brillant entouré d’une enveloppe lumi- 
nescente atteignant l’orbite de Vénus (1). 

ses rayons viennent se Jouer dans les couches 
aériennes tout imprégnées encore d'humidité, et 
les paysages qu'ils éclairent sont de fécriques décors, 
où les tons rouges mettent une note d'incendie, où 
les nuages passent déchiquetés par le vent ; lam- 
beaux tour à tour sombres et brillants, aux teintes 
sanglantes de pourpre, aux couleurs cuivrées, aux 
reflets d’émeraude et d’améthyste. 

Et la nuit, à travers les grandes éclaircies, on 
voit surgir la lumière orangée de la Lune ct la 
clarté des étoiles tremblotantes. 


(1) Cf. Th. Moreux : Soleils lilliputiens el Etoiles géantes ; 


Revue du Ciel, mars 1923 et Pour comprendre l’ Astronomie, 
Doin et Cio, éd.). 


LÉ RÉCIT DE LA € GENÈSE » ET LA SCIENCE 200 


Ainsi se réalisait la parole d’Elohim : « Qu'il y 
ait des luminaires dans les cieux... » Elohim fit 
donc les deux grands luminaires. et aussi les 
étoiles. 

Evidemment, il s’agit ici, non de la création du 
Soleil, de la Lune et des étoiles qui. nous l’avons 
vu, date du premier jour, mais de l’apparition des 
astres sur Ja Terre elle-même, dont l’atmosphère 
est alors assez raréfiée pour laisser apercevoir les 
grands luminaires et les étoiles. Jusqu'à ce mo- 
ment d’ailleurs, ainsi que l'indique avec certitude 
la Paléontologie, une lumière diffuse, quoique très 
brillante, avait enveloppé la Terre, et les saisons 
n'étaient pas nées ; pôles et régions équatoriales 
jouissaient du même climat. Nulle part, on ne 
voyait le ciel bleu, ὩΣ les astres qui s’y peignent en 
perspective. 

Ce fut l’œuvre du quatrième jour de changer cet 
état de choses, de laisser apercevoir le Soleil, la 
Lune et les étoiles qui, à partir de cette période, 
vont servir de signes pour les époques, les jours et 
les années. 


Au reste, remarquez que Moïse n’emploic plus 
le mot de création qui ne reviendra qu’à propos de 
l'Homme, ct pour ce qui est des astres, on pourreit 
même discuter sur le mot hébreu ésé qu’on ἃ tra- 

16 


pe 


240 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


duit par fi, mais qui aurait plutôt le sens du 
verbe angiais appointed, sans correspondant dans 
notre langue. Le verset signilierait, en somme : 
Elohim « appointed », nomma à charge de servir de 
signes le Soleil, la Lune et les éloiles. Cette opi- 
nion, défendue autrefois par le Dr S. Kinns, est 
tout à fait plausible et de nature à lever les der- 
mères difficultés (1). 

Si l’œuvre du troisième jour correspondant à 
notre période primaire fut caractérisée par le déve- 
Joppement intensif de la vie générale, celle du cin- 
quième jour va nous révéler des faits aussi dignes 
d'attention. 

L'ère primaire est terminée οὐ la Terre marche 
vers une nouvelle phase de vie. Et parmi tous les 
aaimaux qui vont se disputer les lagunes, les îlots 
émergés, les marécages, l’empire des airs et celui 
des océans, des reptiles gigantesques deviendront 
les rois de celte nature nouvelle. 

Sans doute, notre planète ἃ déjà vu la vie ani- 
male : foraminifères, insectes, araignées, ont peu- 
plé les grandes forêts du carbonifère ; les eaux ont 
été habitées par des espèces ressemblant à nos 
poissons, mais le développement de la faune ébait 
loin d’être comparable à celui de la flore. Et voilà 


(1) Cf. 5. Kinns, Moses and Geology, p. 187. 


LE RÉCIT DE LA « GENÈSE » ET LA SCIENCE 241 


que tout à coup, cette faune encore sommeillante 
envahit les eaux et l'atmosphère ; et quelle faune ! 
Des êtres monstrueux qui vont porter à leur apo- 
géc les manifestations de [ἃ vie animale ; rats, 
détail caractéristique, c’est à la classe des Rep- 
tules qu'échoit cette tâche. 

Interrogeons en effet les assises du Globe ; que 
nous apprennent-elles ? 

Les mers jurassiques ont vu d’énormes sauriens 
dont les espèces sont pour toujours disparues : 10 
plésiosaure de 20 mètres de long ; crocodile par sa 
mâchoire emmanchée sur un cou de cygne, bûto 
apocalyptique dont le corps rappelle celui de Ia 
tortue ; l’icthyosaure, au mufle de dauphin, aux 
yeux à facettes, gros comme la tête d’un homme : 
le mosasaure dont les anneaux se déroulent sur la 
crête des vagues, semblable aux anciens serpents 
de mer des légendes ; le téléosaure, sorte de ga- 
vial géant de 60 pieds de long. Dans les lagunes 
s’ébattent des diplodocus pesant plus de vingt 
tonnes ; des dinosauriens gigantesques, sorte (10 
lézards terribles aux formes 1rréelles : iguanodons, 
brontosaures, diclonius, atlantosaures longs de 
35 mètres. 

L’exubérance de vie ἃ de même envahi les airs. 
Là-haut, sous les nuages bas d’un jour d’orage, 
volent d’élranges créatures : Chauve-souris ou 


242 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE LES PIARAONS 


oiseaux ὃ Ni l’un ni l’autre ; encore des reptiles, 
sauriens ailés, comme les ptérodactyles aux πιᾶ- 
choires de caïmans, aussi longues que leur corps ; 
comme les ptéranodons, véritables aéroplancs vi- 
vants, aux ailes de 8 mètres d’envergurc. 

Voilà ce que nous enseigne la Géologie et, 
remarque absolument déconcertante, tel est éga- 
lement le tableau que nous retrace Moïse de la 
surface de notre planète au cinquième jour. Reli- 
sez mot à mot les versets correspondant à cette 
période géologique. 

EÉlohim dit : « Que les eaux foisonnent d’une mul- 
titude d'êtres animés, et que les volatiles volent 
au-dessus de la terre... » Elohim créa les grands 
monstres marins et toutes sorles d'êtres animés ram- 
pants.… 


On a bien insinué que l’auteur de la Genèse, 
après avoir fait naître la vie végétale, avait déeril 
suivant un ordre logique, la vie animale dans [68 
eaux, puis dans l’air ct enfin sur la terre, mais cette 
réflexion paraît bien pâle à côté du texte biblique 
et de l’enchaînement du récit. 

Tout d’abord, qui done aurait enseigné à Moïse 
que la vie intense des mers s’est développée paral- 
lèlement à celle des airs ; pourquoi n’avoir pas fait 
naître les mammifères avant les oiseaux ou en 


LE RÉCIT DE LA & GENÈSE » ET LA SCIENCE 243 


même temps qu'eux ἢ Et puis, le texte va plus 
Join : il nous apprend formellement l'existence, 
avant celle des espèces qui nous sont familières, 
des grands monstres marins et des reptiles (êtres 
rampants). 

Évidemment, tout cet enchaînement est voulu, 
tous ces termes sont pesés, ont une signification et 
vous avouerez avec moi qu'il est singulier qu'un 
homme vivant il y a 3 300 ans, ait pu nous donner 
en un langage aussi clair que le permettait son 
vocabulaire, un tableau exact des grandes étapes 
parcourues par la faune, au.cours de l’évolution 
de notre planète. 

Maintenant, quelle que soit la part faite à lins- 
piration, il y a encore autre chose : 1] faut expliquer 
comment et pourquoi toutes les cosmogonies an- 
ciennes parlent de ces grands monstres marins qui 
semblent avoir tenu dans les mythologies des 
peuples primitifs, une part si importante ? 

Or, ces cosmogonies, je l’ai suflisamment dé. 
montré, n'étaient nées ni en Égypte, ni en Chal 
dée ; elles existaient deux mille ans pour le moins 
avant Moïse ; l’ensemble des faits que nous expose 
l’auteur de la Genèse reposait donc sur une longue 
tradition, altérée chez les peuples idolâtres et 
conservée dans sa pureblé par le peuple resté 
fidèle au vrai Dieu ; mythe d’un côté, vérité de 


244 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PIHARAONS 


l’autre. ἰού je pose de nouveau la question : D'où 
venait cette tradition qui nous ἃ transmis des 
asserlions cadrant avec notre science actuelle ἢ 

J'attends votre réponse ; quelle qu’elle soit, 
vous n’échapperez pas à cette conclusion, que les 
premiers hommes étaient loin d’être des ignorants 
οὐ des sauvages, et que de toute manière on ne 
peut échapper à une Révélation primitive quo 
nous sugoère la Bible. 


Mais continuons notre enquête et Interrogeons 
de nouveau la science. Depuis l’apparition de la 
vie sur Île Globe, notre planète a bien vieilli : lan- 
cée dans Îles espaces intersidéraux, la Terre s’est 
peu à peu refroidie ; les millions d'années ont 
succédé aux millions d’années ; la croûte du Globe 
chaque jour s’épaissit davantage ; les continents se 
soulèvent ; le Soleil lui-même s’est retiré en decà de 
l'orbite de Mercure et les saisons apparaissent. A 
ces nouvelles conditions d’existence, vont s’adap- 
ter des formes nouvelles plus rapprochées de celles 
qui nous sont familières. 

La période tertiaire commence. 

Une flore tropicale ressemblant à la nôtre se 
mêle aux palmiers, aux fougères ct aux séquoias 
géants de l’ère précédente ; puis viennent les 
figuiers, les chênes, les érables ; les prairies rem- 


LE RÉCIT DE LA « GENÈSE » ET LA SCIENCE 245 


plices de graminées où s’ébattront des troupeaux de 
paléothériums au corps de cheval et à Ia tête de 
tapir ; des xiphodons, élancés comme des gazelles. 

Les grands sauriens ont disparu et de nouveaux 
reptiles envahiront la Terre. Peu à peu, les formes 
s’accentuent ct s’affinent : les savanes des forêts 
verront courir des antilopes οἱ des girafes, et les 
oréadons ruminants habiteront les bords des 
grands lacs ; puis, voici des mastodontes rappelant 
nos éléphants ; des hipparions presque identiques 
à nos chevaux ; de grands singes, hôtes de forêts 
semblables aux nôtres. 

La caractéristique de cette période est dons 
l'apparition cl Ile développement complet des 
mammifères, suivant la parole d’Elohim : « Que la 
terre fasse soriir des êtres vivants selon leur espèce : 
bétail, êtres rampanits et bêtes de La terre. » 


Et dans la grande nuit stellaire, faiblement 1llu- 
minée par les soleils lointains, notre soleil marche 
toujours, entraînant notre planète à sa suite, dis- 
tribuant pournous les étés et les hivers, provoquant 
ici οὖ Jà, le classement de chaque espèce ; à l’équa- 
teur, la faune des tropiques ; aux pôles, les ani- 
maux aux lainages touflus, aux blanches toisons. 

Et Ælohim vit que cela était bien, mais le sixième 
jour n’était pas fini. Après l’apparition des ani- 


246 LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS 


maux domestiques, Elohim s’aperçut qu’il man- 
quait un chef pour dominer sur tous les animaux 
du Globe. 

Sans doute, par leur présence, ainsi que le chan- 
tera plus tard le Psalmiste, toutes ces créatures 
bénissaient le Seigneur ; mais aucune intelligence 
n’était [à pour comprendre ; personne pour con- 
templer cette œuvre merveilleuse et pour remon- 
ter à son Auteur ; personne pour le glorifier en 
toute connaissance de cause, pour jouir de Îa 
beauté de cette nature créée, pour en reconnaître 
les lois, l’enchaînement et l'harmonie ; pour pro. 
fiter sciemment de l’œuvre d’Elohim qui était bien 
et c’est pourquoi, à la fin du sixième jour, Elohim 
dit : « Faisons l'homme à notre image selon notre 
ressemblance. » Et Elohkim créa l'homme à son 
image ; à l’image d'Elohim il le créa... 


Ainsi finit cette magistrale épopée dont Moïse 
n’a pu évidemment que retracer les grandes lignes. 

Or, je vous le demande encore une fois, à vous 
qui avez suivi pas à pas le texte sacré et qui l'avez 
comparé aux acquisilions les plus certaines de Îa 
Géologie, comment Moïse a-t-1l pu connaître ce 
qu’il nous enseigne ; commené a-t-1l pu nous don- 
ner, même l’esquisse et surtout la suite des œuvres 
de Dieu ἢ Les Cieux fondés avant la Terre ; notre 


LE RÉCIT DÉ LA «€ GENÈSE » ET LA SCIENCE 247 


planète enveloppée des eaux primordiales et de 
langes épais de vapeurs, à l’aurore de sa Jeunesse ; 
le voile de l’atmosphère déchiré et l'apparition de 
la lumière chassant les ténèbres ; la naissance de la 
vie commençant par la flore ; le développement 
prodigieux de la végétation, alors que ni le Soleil, 
ni la Lune, ni les étoiles n’étaient encore visibles 
du sol terrestre ; l'apogée de la faune dans des 
monstres, reptiles-sauriens du secondaire ; l’at- 
mosphère envahie par des « volatiles » à la même 
époque, alors que les oiseaux n'étaient pas nés ; le 
règne des mammifères dans la suite des âges et, 
couronnant le tout, la création de l Homme, cette 
intelligence venant, après toutes Ies créatures 
vivantes, prendre possession de son domaine. 

Oui, quand on lit sans idée préconçue le premier 
Chapitre de la Genèse, on ne peut que constater 
chez son auteur une science 81 profonde qu'elle 
dépasse de cent coudécs toutes les notions des 
savants de son époque ; une science même plus 
inexplicable, humainement, que celle des construc- 
teurs de la Grande Pyramide et en même temps 
une divination incroyable des faits les plus cer- 
tains et les plus authentiques révélés par Ja 
Science. 

Et si notre science varie, m’objectera-t-on ὃ 
Évidemment, la science évolue ; mais, en l’oceur- 


ET τ πῶ χα - λαταα, ὦ 


248 γλ SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES ΡΗΛΠΛΟΝΒ 


rence, cette constatation n’infirme nullement mes 
conclusions et voici pourquoi : Il faut distinguer 
dans la science, l’acquis de ce qui est pure hypo- 
thèse ; d’une part, les faits sur lesquels repose Ja 
science et d’autre part, les théories qui cherchent à 
Jes expliquer ; done, une base intangible qui peut 
s’accroître à la vérité, mais qui demeure, et un 
échafaudage plus ou moins branlant que les céné- 
rations de savants édifient tour à tour. 

Or, les faits dont nous avons besoin en Géolosie 
ct en Cosmogonie, pour assurer une comparaison 
efficace avec le récit de Moïse, sont désormais assez 
connus pour que nous ne puissions les mettre en 
doute. Nos acquisitions futures n’y changeront 
rien, pas plus qu’une explication de la gravité ne 
saurait modifier l’expression des lois de la pesan- 
teur, formulées pour la promitre fois par Galilée. 

Toute divergence ne pourrait done provenir que 
d’une interprétation fausse donnée à certains mots 
du récit génésiaque. Ici, nous pouvons facilement 
nous tromper, et la prudence est de règle ; toute- 
fois, sur un grand nombre de points, et je le ferai 
remarquer à dessein, Je me rapproche des idécs 
émises par saint 3asile οὗ d’autres Pères de l'Église; 
je suis donc en bonne compagnie. 

Et puisque nous parlons d’autorités, le lecteur 
me saura gré, je pense, en terminant, de lui narrer 


LÉ RÉCIT DE LA « GENÈSE » ET LA SCIENCE 248 


encore une anecdote toute personnelle : Pendant, 
des années je fus lié de grande amitié avec un de 
mes compatriotes, le regretté Albert de Lapparent, 
celui des savants modernes qui a le mieux embrassé 
tout ce qui concerne la Géologie et la Paléon- 
tologie contemporaines. Comme je demandais à 
l’éminent professeur ce qu’il pensait du premier 
Chapitre de la Bible : « Si je devais, me répondit-il, 
résumer en quarante lignes les acquisitions les plus 
authentiques de la Géologie, je copierais le texte 
de la Genèse, c’est-à-dire l’histoire de la création 
du monde, telle que l’a tracée Moïse. » 

Et comme nous parlions de la science antique, 
le célèbre géologue crut pouvoir me questionner à 
son {our : 

— 10 vous, me dit-il, que pensez-vous des 
mystères de la Grande Pyramide que vous avez 
depuis longtemps étudiée ? 

— Ce que j'en pense, Maître. voilà une ques- 
tion bien embarrassante, ct m'est avis que Piazzi- 
Smith serait plus qualifié que moi pour vous 
répondre. 


τα me ER .---ς-- - == æ 


mm OR 
πὶ μιν ...........--..--.ὕ.. .0ονὔὔὐσσται, στ 


TABLE DES MATIÈRES 


CHAPITRE Τ᾿ — Le secret du Sphinx......... ὃ 
CinapitTRE ΤΠ. --- Comment fut construite la 
Grande Pyramide......... 17 
CnaAPiTRE {Π|. — Les révélations numériques de 
la Grande Pyramide....... 24 | 
CuapiTRE IV. — Les révélations géodésiques de 
la Grande Pyramide.,..... 40 | 
CHAPITRE V. — Les révélations astronomiques 
de la Grande Pyramide..... DD 
Cmarirne VI. — A travers la Science antique... 67 
CuariTRe ΜΈ. -— [’optique des anciens........ 
CiaPiTRE VIEIL. — A la lueur des étoiles. ........ 415 
CuaPiTRE ΙΧ. — Traditions philosophiques et 
Iso ques AL enr. .… 192 
CHAPITRE X. — Les Traditions scicntifiques .. 460 
CiTAPITRE ΧΙ, — Science et Cosmogonie ...,,,4 192 


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